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Publié par le 14 mar, 2015 dans En une, Varia | commentaires

Ma mère, last call

Crédit: Witchoria

Crédit: Witchoria

Acropolis Adieu. Non, ceci n’est pas un édito sur Mireille Mathieu. C’est plutôt la phrase qui m’est venue en tête en donnant un titre temporaire à ce texte: MMEH adieu.

Oui, vous avez bien lu: MMEH tire sa révérence. Après presque 6 ans d’existence, 6 années à tenir à bout de bras une plateforme de façon bénévole, il est temps pour moi de passer à autre chose. Je m’étais toujours dit que le jour où je ne donnerais plus l’énergie nécessaire et je commencerais à relâcher, ce serait celui où je fermerais la shop. Eh bien voilà, ce jour est arrivé.

MMEH ça a été toute une aventure et tout un défi. Parti de rien (et avec rien), sinon la passion des mots et des idées, ce petit blogue a fait beaucoup de chemin depuis. Pendant 3 ans toute seule, j’ai arpenté la ville de Mtl de fond en comble pour voir shows de musique, théâtre, danse, performance. J’ai aussi lu. Beaucoup. Un peu essoufflée (!), j’ai alors pris la décision de transformer MMEH en webzine collaboratif. Des gens se sont donc greffés à celui-ci et j’ai eu la chance de travailler avec des talents extraordinaires et des plumes incroyablement solides. Ce blogue est devenu, à ma grande surprise, une référence dans le milieu culturel. Honnêtement, jamais j’en aurais espéré autant.

Je suis extrêmement fière d’avoir créé ce projet et d’avoir réussi – même sans but précis, sinon être rigoureuse, proposer du contenu de qualité et réfléchir intelligemment sur la culture – à faire de MMEH un lieu fédérateur. Qu’est-ce qu’on s’est cassé la tête (avec bonheur) à questionner les créations culturelles, à analyser des productions artistiques, à tomber en amour ou encore détester avec passion des oeuvres. On a eu la chance d’assister à des choses grandioses, d’autres qui l’étaient moins, mais tout ça nous menait toujours de l’avant, plus loin dans nos réflexions sur l’art.

Et puisque, comme Sophie Calle (mais j’ai un moins gros égo ;) ), je ne fais pas de différence entre l’art et la vie, voilà que celle-ci me rattrape et me demande de souffler un peu. Car c’est exigeant tenir MMEH. C’est exigeant quand on l’est, pour soi-même et pour les autres. Et je le suis. Et sachant que je commence à laisser aller, à apporter moins de soins, à me fatiguer, je refuse que ce projet que j’ai créé de toutes pièces et qui me tient à coeur, en souffre. Tant qu’à offrir la moitié de ce que MMEH peut être, j’aime autant quitter.

Je mentirais de dire que c’est une décision facile; ce ne l’est pas. Du tout. Mais alors qu’elle pourrait me faire de la peine (elle m’en fait quand même, sachez-le), elle me soulage avant tout. C’est donc qu’il s’agit de la bonne décision à prendre. Et la vie m’emmène vers d’autres horizons que j’ai envie d’explorer, ailleurs qu’ici.

Je ne vous redirai pas les autres raisons qui font en sorte que j’en viens à ce constat: vous m’avez assez lue (et entendue chialer) sur l’envie de lenteur, sur la pression indue du milieu journalistique et culturel, sur la difficile conciliation entre exercice analytique et journalistique versus la demande de promotion, sur la relation amour-haine avec les relationnistes et j’en passe. Vous le savez.

J’ai plutôt envie de terminer MMEH sur une note positive et, surtout, en posant un regard sur l’avenir.

Parce qu’il y a plein de choses que j’ai envie de faire. Parce qu’à travers MMEH, je m’y suis connue et comprise et mon amour des mots et des idées n’en sort que décuplé. Vous n’en aurez pas fini avec moi et vous me verrez sévir sur le web comme jamais! ;)

Je n’ai jamais lancé MMEH pour devenir journaliste, ni critique culturelle, ni quoi que ce soit de précis. La ligne de pensée de ce blogue a toujours été: le plaisir, la découverte, le défi d’entrer en contact avec des créations qui détonnent et qui brassent les idées. Ma plume a évolué, mes intérêts aussi, et je pense pouvoir dire de même de ceux qui sont passés ici. Le projet a servi de tremplin pour s’ouvrir les yeux, pour se botter le derrière un peu et ne pas stagner. Ça m’aura appris, entre autres, à faire les projets pour moi-même et jamais pour les autres. Parce que, quand on attend que les choses se passent, elles ne se passent pas. Alors autant y aller avec votre vision des choses, avec vos tripes et votre “gut feeling”; ce seront vos meilleurs guides. Il reste peu de lieux de liberté dans le monde des médias, trop pris dans la tyrannie du clic. L’infobésité nous guette et, à mon sens, il faudra réapprendre à souffler, à apprécier plus doucement, à réfléchir à ce qui nous tombe entre les mains ou devant les yeux avant d’y aller d’un commentaire senti sur les réseaux sociaux.

De mon côté, j’ai envie de lire de longs articles, de prendre le temps de comprendre un essai, d’apprécier le style d’un(e) auteur(e) en savourant chaque mot, d’aller voir une pièce de théâtre sans avoir de deadline en tête. Je ne veux plus sentir de pression liée à l’appréciation d’une oeuvre. Je veux aller voir des créations qui m’enchantent ou m’irritent sans avoir le tic-tac de l’horloge qui égrène le temps que j’ai entre la réception d’une création et le compte-rendu que je dois en faire.

MMEH a tenté la lenteur et ce fut parlant à travers la marée d’offres et de demandes. La plateforme ferme, mais sachez que la lenteur n’est pas pour autant un échec. Par contre, ce rythme exige beaucoup (peut-être plus même que le rythme régulier, puisqu’il faut gérer sur une plus longue période et aussi tenir son bout, côté liens avec les relationnistes) et demande de se couper de certaines formes de créations, comme les spectacles, où ça ne fait plus sens d’en parler si on veut conserver l’aspect lent et détaché de l’actualité.

Le blogue est-il mort? questionnait récemment La Presse. Drôle à se demander quand on annonce qu’on tue le sien. Je pense que la question à poser est plutôt : où en sont les médias? Entre du clickbait et des vidéos de chats, entre le long read ou les dossiers de fond, ils seront amenés à se questionner sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils ont comme visées, sur ce qu’ils apportent dans le paysage médiatique. Un “ménage naturel” se fera (et se fait) entre ceux qui s’adapteront à la demande (exigeante) et ceux qui diront stop. Alors, d’une certaine façon, je dis stop. Même si je crois qu’il y a encore de la place pour des MMEH. J’espère que d’autres prendront le relais sans faire de compromis sur ce qu’ils sont et ce qu’ils ont à dire. J’en vois déjà trop se plier à la pression ambiante. Oui, c’est drôle de dire “tenez bon” dans les circonstances, mais je le pense quand même. 6 ans, c’est pas rien, et j’estime avoir donné ce que je pouvais pour changer les choses, pour apporter un regard neuf sur la culture. Ma réflexion se poursuivra, mais différemment. Mais avec la même rigueur, toujours. Et le même souci de transparence. Et une envie de dialogue. Plus que jamais. Et c’est aussi ça la fermeture de MMEH; passer d’une plateforme web pour discuter et décider d’aller vers la vie, à la rencontre des gens, à la rencontre de discussions en face à face. Voilà, en gros.

Alors, avant de vous dire où je poursuivrai mes réflexions, j’aimerais faire une fleur à des gens et des projets qui réfléchissent intelligemment le web et les sujets d’actualité, qu’ils soient culturels ou non.

D’abord, merci à Mathieu Charlebois qui a été un co rédac-chef hors pair, un mentor, un conseiller, mais surtout un ami toujours là pour m’aider et me rassurer. MMEH n’aurait jamais survécu aussi longtemps sans lui, sachez-le. Suivez-le où qu’il soit, où qu’il écrive, il mérite tous vos clics et vos J’aime.

Merci également à Dominique Charron qui m’a conseillée, toujours intelligemment, qui m’a révisée et rassurée, elle aussi, de nombreuses fois. Suivez sa page Peuples visibles qui effectue une revue de presse intelligente de l’actualité autochtone. Elle est aussi la voix de la Revue Liberté, à laquelle vous devriez vous abonner right now.

Merci à toute l’équipe actuelle et passée de MMEH. Chacun(e) de vous avez contribué à ce que le projet grandisse et devienne aussi solide. Je suis choyée d’avoir pu éditer et réviser vos plumes et vos belles idées.

***

MMEH est mort, vive MMEH? Je vais plutôt dire: vive les médias qui resteront – malgré la folie furieuse qui sévit dans le milieu de l’information – qui poursuivent une réflexion pertinente et questionnent la société dans laquelle on vit à travers des sujets variés et toujours intéressants. Je les aime et ils me semblent incontournables.

Au Québec

À l’essai

Je suis féministe

Catherine Voyer-Léger

Françoise Stéréo

Revue Jeu

Le Devoir (la section Livres est vraiment intéressante)

Pop-en-stock 

Figura, centre de recherche sur le texte et l’imaginaire 

Ailleurs

Arte 

Feminist Frequency

Slate.fr

Vice

Aeon

France Culture (particulièrement les émissions Les nouveaux chemins de la connaissance et La marche des sciences)

Nautil.us

 
Et comme chantait Mireille Mathieu (tant qu’à faire):

“Ce soir c’est notre dernier soir

Demain matin je partirai

Tu resteras dans ma mémoire

Comme un bonheur comme un regret”

***

Si vous avez envie de continuer à me suivre, ça peut se faire là:

Facebook

Twitter

Châtelaine (je suis une de celles qui vous parle sur les réseaux sociaux et j’y fait quelques textes) et Club de lecture Châtelaine

BRBR

Mon projet TRANS/figurations sur Trouble.voir.ca et la page Facebook du projet

Lire (je suis celle qui vous parle via la page FB et Twitter)

Et un tout nouveau projet s’en vient. Je vous le donne en mille… ça parle de bouffe! ;)

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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