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Publié par le 16 fév, 2015 dans En une, Musique | commentaires

Vieilles Affaires Vintage #8: la prêtresse Crie et les synthétiseurs: Illuminations, Buffy Sainte-Marie (1969)

BuffySainteMarieIllu

Enchanteresse? Sorcière? Sirène? Prêtresse Crie? À l’écoute d’Illuminations, sixième album en carrière pour Buffy Sainte Marie, on hésite entre des qualificatifs qui semblent évidents sans pouvoir s’arrêter sur un seul. La raison en est simple: voici un disque dont l’écoute nous empêche de cerner ce qu’on entend de façon claire, comme si on était en face d’une dune qui change constamment sous l’effet d’un vent puissant.

Plus curieux encore, Illuminations est un pur ovni dans une œuvre par ailleurs marquée par la folk, le country et la « protest song », ce qui ne laisse rien présager des forces à l’oeuvre ici. On peut, d’emblée, évoquer l’esprit de la fin des années soixante avec tout ce qu’il suppose du côté du rock, de l’underground, du psychédélisme et de l’ésotérisme, mais il manque encore des éléments – certes capitaux, mais fuyants – pour s’en faire un portrait juste. Il règne ici une ambiance sombre, une facture mystérieuse dans la production de l’album qui lui donne une saveur gothico-inquiétante (faute d’un meilleur terme), une menace latente que seul le groupe Comus, deux ans plus tard, réussira à approcher.

Dès le début de « God Is Alive, Magic Is Afoot », le ton est donné : tout (ou presque) est traité au synthétiseur Buchla et avec de spacieuses couches d’écho, ajoutant à ce poème de Leonard Cohen encore plus de spiritualité et de mysticisme qu’il n’en contenait déjà, et le son strident de l’orgue dans « Mary », couplé au vibrato sur-Piafesque de Sainte Marie, continuent d’ouvrir l’espace sonore du disque sans pour autant miser sur un grand nombre d’instruments. C’est là le secret du succès d’Illuminations : premier album enregistré en quadriphonie, il mise autant sur une instrumentation gardée au strict minimum que sur une panoplie d’effets pour entretenir un son à la fois intime et atmosphérique. Même les pièces rock (« Adam » et « He’s A Keeper Of The Fire ») obéissent à cette esthétique, et les chansons sont presque toutes liées entre elles par des interludes mettant en valeur les effets sonores, formant un complément antithésique – mais ô combien approprié – aux élévations incandescentes et aux ondulations de la voix exceptionnelle de Buffy Saint Marie (jetez une oreille à « Better Find Out For Yourself » et « With You, Honey », avec leurs pirouettes vocales, pour des exemples particulièrement convaincants). L’album se referme sur lui-même avec « Poppies (For Mr. Allerton) », ses couches de voix angoissantes nous ramenant au début de ce joyau obscur qu’est Illuminations (et qui vaut clairement d’être réécouté).

Buffy Sainte-Marie, Illuminations (1969)

Pour acheter l’album, rendez-vous sur Discogs

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



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