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Publié par le 25 jan, 2015 dans Varia | commentaires

ÉDITO. Ti-Mé Show: un choix gênant pour Radio-Canada

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Je ressens le besoin d’ajouter mon grain de sel à tout ce battage médiatique (plutôt négatif) autour du Ti-Mé Show. Même si je n’ai pas du tout envie de donner de la visibilité à cette émission en abordant le sujet, il me faut parler du malaise que tout cela sème chez moi. Et aussi de la colère.

Dès le départ, j’étais inconfortable avec cette idée de show avant même qu’il soit en ondes. L’annonce a été faite et je me suis dit: ben voyons. Ressortir des boules à mites de vieux personnages de la télévision – adorés du public québécois, soit – pour en faire une forme de talk show (on n’a pas déjà assez des Enfants de la télé pour se complaire dans la nostalgie?) avec des vedettes de l’heure? Dans ma tête, il y déjà là un bel anachronisme.

Comment et pourquoi Ti-Mé s’inscrit dans l’actualité en 2015? C’est pourtant un personnage fictif qui existe dans le huis clos bien précis qu’est sa famille dysfonctionnelle. C’est là où il prend tout son sens, là où il est drôle. Le sortir de cet environnement revient nécessairement à créer un décalage étrange: Ti-Mé, la caricature du mononcle par excellence, ne fait pas rire dans la vie de tous les jours. Alors qu’on se bat déjà au quotidien pour sortir des clichés et stéréotypes de toutes sortes, voilà qu’on met de l’avant un personnage ancré dans son univers bourré de blagues qui deviennent alors vulgaires et lourdes.

Dans ce show où l’on présente Julie Snyder – certainement une des femmes les plus influentes de la télévision – comme “ (Elle est) la preuve que derrière chaque grand homme se cache un p’tit paquet de nerfs.” (Référence à la phrase douteuse de Legault?), on est en droit de se dire: mais pourquoi? D’ailleurs, la première émission commence avec une entrevue où Ti-Mé redevient un peu Claude Meunier (mais déguisé?) pour faire parler Snyder de sa contribution à la naissance du Ti-Mé Show. Difficile de souligner à plus gros traits l’aspect incestueux de la patente. On se garde une petite gêne peut-être?

J’ai beau chercher, je ne comprends pas du tout l’intérêt de ce talk-show (qui n’en est pas un selon Meunier, mais ce n’est pas très clair, voir statut Facebook plus bas) où l’on continue ad nauseam à ressortir la blague de matcher Pogo, maintenant (et inutilement) coanimateur.  On a même créé une page spéciale sur le site de Radio-Canada, sorte de concours pour trouver une douce moitié à Pogo qui cherche “Une femme franche, qui saura se faire entendre lorsque je serai absent”, lui qui “(…) aime la femme pour ce qu’elle est… c’est-à-dire… euh… pas un homme!”. Ouf.

Et, est-ce moi qui vit sur une autre planète, mais rire de Priscilla, le personnage créé par Jean-Michel Anctil (qui s’habille en femme pour l’incarner) en disant sur Facebook “On a beau dire…vrai que Priscila est « beau bonhomme »!”, ce n’est pas drôle. On rit de qui là? D’un homme qui s’habille en femme? Vraiment? En voulez-vous du mononcle, en v’là. Rires gras et tapes sur les cuisses, nous voilà.

Sur Facebook, on m’a demandé de lâcher les baskets de Meunier parce que je partageais les textes de plusieurs journalistes qui sont du même avis. Il y a d’abord eu dans le Journal Métro où on a parlé d’inertie de la télévision, et ensuite dans Le Devoir où le Ti-Mé show a été qualifié de “niaiserie en trop”. À son tour, Cassivi a tenté de comprendre “Quelle mouche a piqué Claude Meunier?” qui s’en est pris ouvertement aux critiques. Surenchère? Acharnement? Si vous voulez, mais je le vois surtout comme une incompréhension profonde (et je ne suis manifestement pas la seule) de ce choix douteux dans cette ère où une majorité de gens écoutent la télévision sur le web et ont accès à des productions télévisuelles et cinématographiques de qualité et de tous horizons. Ce show, c’est de la télé de petite envergure, de la télé pour ceux qui pensent petit, de la télé de niveau “Fait chaud, ça pue pis on est ben.”

Conséquemment, ce n’est pas sur Meunier que j’ai envie de taper. Comme n’importe qui (même si l’on n’oublie difficilement qu’il est plogué d’un bord et de l’autre), il a le droit d’aller proposer un concept d’émission à Radio-Canada. C’est tout à fait légitime, même après les flops qu’ont été Detect Inc. et Adam et Ève. Là où j’ai un problème, c’est au niveau des processus décisionnels de Radio-Canada. Déjà sur papier, c’était limite. Qui a pris la décision de mettre de l’avant cette formule télévisuelle archaïque dans lequel un auteur et humoriste – qui a prouvé à maintes reprises qu’il n’arrivait pas à se renouveller – reçoit des vedettes lui-même déguisé en Ti-Mé? Qui  a applaudi devant ce projet qui fait reculer la télé 20 ans en arrière? J’en veux à Radio-Canada d’y aller vers un choix de matante et de mononcle. Dans la situation où se trouve actuellement le télédiffuseur public, c’est gênant. Gênant de donner, encore et toujours, une tape dans le dos à Meunier alors que de jeunes créateurs font la file pour tenter de percer dans le milieu. Gênant d’utiliser nos taxes (tiens donc, l’argument d’une majorité de ceux qui se plaignent lorsqu’on met de l’avant l’émergence et l’expérimental) pour, carrément et comme le dit si bien Hugo Dumas, nous servir un tv dinner réchauffé et sans goût.

“Ça va renflouer les coffres pour créer d’autres contenus!” m’a-t-on dit hier dans un souper. Où ça? Un air de famille a servi à créer quoi? C’est ma toune? Et C’est ma toune, le Ti-Mé Show? Si c’est ça, on tourne en rond sur un temps rare. “La majorité du Québec n’est pas comme toi dans un petit milieu intellectuel branché!” Ouch, mais ok. Vrai que les préoccupations de la majorité des gens ne sont ni une télé saine et ni un univers de la critique culturelle florissant. On parle plutôt de télé divertissante. Et de promotion l’fun. Pas de critique. C’est drôle, Meunier non plus ne semble pas apprécier. Pour preuve, sa sortie sur Facebook contre Hugo Dumas et Richard Therrien.

 

À ce sujet, il faudrait peut-être rappeler à Meunier (et je n’aborderai même pas la façon complètement inadéquate et problématique de gérer le compte Facebook comme il le fait) que si un coanimateur “en gros, ça se ferme la boîte”, (dixit Ti-Mé dans son show), il en va autrement des critiques et du public. Lancer une oeuvre dans la sphère médiatique, ça s’appelle affronter des opinions autres que la sienne. Et c’est dans l’ordre naturel des choses. Et aux gens qui réagissent sur la page Facebook du personnage (mais que Claude Meunier gère comme… Claude Meunier?) et traitent de jaloux et de chialeux les gens qui questionnent l’émission, je dirai: de grâce, faites la différence entre des personnes qui s’interrogent sur le contenu offert par un diffuseur public dont le mandat est de proposer une “ large programmation qui renseigne, éclaire et divertit” et ne devrait – en aucun cas – être assujetti aux cotes d’écoute. Le Ti-Mé Show divertit, me direz-vous peut-être. Soit. Mais il reste légitime de pointer du doigt que, dans les dernières années, R-C n’a pas tellement contribué aux portions “renseigne et éclaire” de son mandat.

Je rappellerai simplement que le 16 novembre dernier, des milliers de personnes sont allées marcher en soutien à Radio-Canada. Pour dénoncer des coupures majeures qui ont menées à des pertes d’emploi pour nombre d’employés, la fermeture de studios et, on s’en rappelle, la fermeture du costumier, rien de moins que le plus grand en Amérique du Nord. Les costumes de la P’tite vie s’y trouvaient probablement. Ce qui me fait dire que c’est d’autant plus gênant, de la part des décideurs de Radio-Canada et Meunier, après ceci et la démonstration d’un amour indéfectible du public, de présenter le Ti-Mé Show.

Parce que dans la vie, on ne peut pas faire table rase du passé et le reconstruire en sélectionnant seulement ce qui nous arrange ou arrange nos ami(e)s.

Et je vous remets le cri du coeur de Charles Tisseyre. Parce qu’il dit tout.

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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