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Publié par le 17 jan, 2015 dans Musique | commentaires

Vieux classiques vintage #2: party et look Renaissance: Purple Rain, Prince & The Revolution (1984)

Purple-Rain

Si on retourne en 1984 et qu’on décide de jouer à «trouvez l’intrus» ou «What’s Wrong With This Picture?» dans l’univers de la musique pop, on en ressort avec une réponse des plus inattendues, car l’artiste le plus freak est également le plus populaire de l’heure: Prince!

Hé oui: au beau milieu des albums à la mode comme Thriller, Born In The U.S.A. et Synchronicity trône Purple Rain, monument pop sorti en plein lendemain de récession pour nous rappeler, à grands coups de paroles salaces et de synthétiseurs élégants, que la vie est un gros party qui mérite bien rien de moins que d’être vécu en portant le plus beau suit pourpre de style Renaissance qu’il soit possible de trouver. Au diable Ronald Reagan et son célèbre «It’s morning in America»; Prince est dans la place, et il n’y aura pas une récession ou un certain durcissement des moeurs pour l’arrêter. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de Purple Rain, ce côté ado qui fait qu’en dépit de questionnements profonds (perceptibles dans les textes), c’est l’insouciance, la joie et l’exubérance qui sont aux commandes de la vie (et qui pourrait bien s’en plaindre?).

Bon, un gros penchant pour le party et une certaine naïveté ne suffisent pas pour justifier cinq 45 tours dans le Billboard Hot 100 et 24 semaines au numéro 1 du Billboard Album Charts, mais la popularité de Purple Rain vient fort probablement de l’efficacité et de l’originalité de son mélange des genres (ok, ok: le film y est pour quelque chose aussi, c’est certain, mais j’ai pris le parti de ne pas en parler ici).

Bien qu’il soit un pur produit des années 80 (voir la pochette de l’album, la production hyper léchée et glam, de même que la batterie électronique présente sur tout le disque ou presque), Prince a su manier des influences pop, rock, R & B, gospel, psychédélique et même métal pour créer des pièces qui dépassent leurs propres balises et transcendent leur époque pour, trente ans plus tard, ne pas avoir pris une ride. On dirait même que le disque a un son étrangement proche de nous sans pour autant nous être déjà connu comme si, à l’image de son créateur, il venait d’un univers parallèle ou d’un futur qui n’arrivera peut-être pas, mais qui se laisse facilement imaginer. C’est là l’essence même de la musique de Prince: à la fois populaire et radicalement autre, soumise à aucune contrainte de style et à aucun code commercial.

Évidemment, avec le nom de Prince vient un parfum de scandale, et Purple Rain ne fait pas exception à la règle, car outre l’association entre sexe et religion qui rampe un peu partout dans les paroles de l’album (on pourrait ajouter, à l’analyse, la frontière particulièrement floue entre Prince, le statut d’idole et Dieu, comme dans l’équivoque «I Would Die 4 U»), la pièce «Darling Nikki», qui nous relate la rencontre – et la nuit qui s’ensuit – d’une fille qui se masturbe dans un lobby d’hôtel en regardant une revue cochonne, aura précipité l’apparition des autocollants «Parental advisory: explicit lyrics» après que la femme d’Al Gore ait entendu sa fille l’écouter.

Notons également le début de «Computer Blue», qui nous présente Wendy et Lisa – membres du Revolution et conjointes dans la vraie vie – sur le point de s’adonner à rien de moins qu’une petite séance «kinky» dans le bain. Voilà de quoi faire lever les sourcils des amateurs de musique d’alors et choquer les parents des hordes d’adolescents qui se sont lancés sur l’album à sa sortie… Mais rien ne pouvait arrêter la machine Purple Rain, et le film n’a fait qu’amener encore plus d’attention sur Prince.

Ce trip bizarre commence donc sur le petit sermon d’ouverture de «Let’s Go Crazy» pour exploser tout en rock avant de nous précipiter dans l’intro déroutante et le son sunshine pop de «Take Me With U». Deux 45 tours pour ouvrir un album, vraiment? Ben quin! On peut passer à la ballade intense «The Beautiful Ones», nous amenant de son profond cri du coeur à la coquine «Computer Blue» et la provocante «Darling Nikki» avec son propos ouvertement sexuel et son mélange de pop, de story-in-song et ses accents métal (vous en conviendrez, le double «bass drum» dans la seconde moitié de la chanson ne saurait avoir d’autre origine). Une fois sortis du lit avec Nikki, Prince ne perd pas de temps: l’intro hendrixienne de la géniale «When Doves Cry», méga tube s’il en est (et sans basse, s’il-vous-plaît!), ouvre la face B de Purple Rain avec son rythme cyclique et irrésistible. Heureusement, ça ne s’arrête pas là, car la fête se poursuit sans discontinuer avec la quasi disco «I Would Die 4 U» qui s’enchaîne à «Baby I’m A Star», pièce dont toutes les qualités prémonitoires sont encore plus évidentes aujourd’hui. L’album s’achève avec l’anthémique «Purple Rain», ballade relevée de gospel et de solos de guitare de la plus haute qualité, en plus d’un autre de ces textes chers à Prince qui oscillent entre amour et religion, Dieu et lui-même.
Ainsi, trente ans plus tard, Purple Rain demeure toujours aussi solide et cohérent, et sa pérennité pourra toujours compter sur le génie de Prince et sa capacité exceptionnelle a prendre tous les sons qui ont condamné d’innombrables albums des années 80 à demeurer enfermés dans leur époque ou, au mieux, à être relégués au rang d’agréables souvenirs pour ceux qui étaient là. S’il mérite sa place dans les anthologies des meilleurs albums de tous les temps, il mérite tout autant votre attention, car c’est un ovni pop qui résonne encore à la perfection aujourd’hui.

Prince & The Revolution, Purple Rain (1984)

Pour acheter l’album, rendez-vous sur Discogs

http://video.naij.com/view=6qgucczw

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



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