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Publié par le 2 jan, 2015 dans Arts visuels, Cinéma, Danse, Littérature, Musique, Revue de l'année 2014, Théâtre | commentaires

2014: la liste d’Andrea

Autant être franche, je ne suis pas de celles qui scrute l’ultra-contemporain pour y dénicher les grands artistes de demain. Bien au contraire, je laisse les autres et le temps faire le sale boulot d’écrémage et je pioche dans ce qu’il reste. Ma liste est à l’image de cette lenteur avec laquelle je décortique le quotidien ; elle est faite d’œuvres qui ne sont pas forcément sorties en 2014 mais que j’ai découvertes dans l’année.

FILMS

Inside Llewyn Davis, les frères Cohen, 2013

Il y a quelque chose de réconfortant dans une vie faite de la répétition des mêmes moments ratés, tant qu’on ne nous enlève pas la possibilité de croire qu’on vaut mieux que ça. Les frères Cohen livrent ici le portrait ironique et mélancolique d’un musicien, pas forcément raté, mais peut-être pas assez talentueux ou simplement chanceux pour sortir de l’ombre. On retrouve l’humour noir des réalisateurs, balancé d’une grande tendresse.

 

Citizenfour, Laura Poitras, 2014

Un documentaire qu’il faut absolument aller voir, ne serait-ce que pour donner un sens au courage d’Edward Snowden, qui s’est condamné à une vie de paria pour défendre notre droit à la vie privée. Puis revenir chez soi, penser à toutes ces choses qu’on donne sur Internet – nos opinions, nos désirs, nos itinéraires quotidiens, nos états d’âme, notre temps – et à la valeur de ce que l’on a un jour appelé «la vie privée».

 

Jeune et Jolie, François Ozon, 2014

Pour la façon dont Ozon a réussi à protéger le monde adolescent des jugements moraux des adultes. Le réalisateur ne condamne rien, n’explique pas pourquoi la jeune Isabelle décide de se prostituer, ne la victimise pas. La caméra se rend même parfois complice des clients en érotisant un corps que l’on voudrait trop jeune pour être sexy. Dérangeant, et moteur de longues discussions.

 

The Squid and The whale, Noah Baumbach, 2005

Le père est un monstre d’égoïsme et d’arrogance, la mère est pathétique, les enfants ont absorbé leurs pires traits de caractère. Dans cette comédie méchante sur la famille, on ne peut plus départager les victimes des bourreaux tant chacun est haïssable. Une version divertissante de Scènes de la vie conjugale, avec autant de grinçant, mais davantage d’humour.

 

LIVRES

Encaisse, Fabienne Yvert, 2014

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Dans Encaisse, Fabienne Yvert rassemble la liste des phrases qui n’ont l’air de rien mais nous coupent l’herbe sous le pied – «ça ne va pas être facile de trouver un moment pour toi», «malgré l’intérêt indéniable de votre projet, nous sommes au regret»… Tant qu’à y être, lisez aussi Papa part – Maman ment – Mémé meurt et ses autres livres d’artiste.

 

Royauté, Alexie Morin, 2013

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On a beaucoup parlé de Chien de Fusil, et pas assez à mon goût de ce court récit paru à l’occasion des dix ans du Quartanier. Un livre que j’ai relu plusieurs fois pour tenter de comprendre ce qui, en lui, me rappelait la Maladie de la mort de Duras. L’inconsistance des personnages? Les questions sur l’amour? Sur la mort? Ou peut-être sur quelque chose qu’on pourrait appeler masochisme pour faire simple, mais qui est plutôt de l’ordre du trop vivant, de ce qui détruit quand on est trop vivant.

 

Les dix amours de Nishimo, de Hiromi Kawakami, 2013

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Dix voix de femmes se succèdent pour esquisser le portrait en creux de l’homme qu’elles ont aimé à différents moments de sa vie. Au fil des pages, une grande sensibilité se dévoile sous la futilité apparente de ce Nishimo, aussi insaisissable que le sentiment amoureux dont tous les personnages sont en quête. Un style d’une grande simplicité, qui a presque l’air d’être facile, comme tous les autres romans de Kawakami.

 

La condition pavillonnaire, Sophie Divry, 2014

La-Condition-PavillonnaireDans ce roman acide sur la famille (encore), Sophie Divry pose un regard quasi sociologique – et impitoyable – sur l’existence d’une Emma Bovary contemporaine, prise dans la banalité d’une vie qu’elle aurait voulu croire originale. La cruauté du regard posé sur la famille ressort en filigrane dans le style de l’auteure : la narration à la deuxième personne, les rares conversations qui ne font que reprendre des phrases clichées, la manière de décrire les détails du quotidien, la porte du frigo, l’installation d’un tapis, pour leur donner l’importance et l’espace que seuls les grands événements méritent. Un livre que j’ai dévoré.

 

Histoire d’une larme, Katsumi Komagata, 2012

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Un enfant se dispute avec un ami. Il verse une larme. Cette larme roule sur sa joue et tombe par terre… Les livres pour enfant de Komagata sont toujours faits avec un soin particulier, dans le choix des papiers, des couleurs, du format. Le texte et le dessin minimalistes sont d’une grande poésie. Une occasion pour moi de parler aussi de la librairie parisienne Les Trois Ourses, que j’ai découverte cette année et qui se consacre entièrement au livre d’artiste pour enfant.

 

MUSIQUE

Les albums que j’ai écoutés en boucle cette année:

Hot Dreams (2014) de Timber Timbre (et ses précédents albums)

Love Letters (2014) de Metronomy

Philharmonics (2010) et Aventine (2013) d’Agnès Obel
(que je pensais pourtant avoir épuisés en 2013, mais qui m’ont accompagnée pendant les mois qui ont suivi son show au Gésu en février 2014)

Beware of the Maniac (2006) et Time to Die (2009) de The Dodos

Un printemps avec Tired of America de Rufus Wainwright
(À cause de Xavier Dolan)

… ma fidélité au Live à Montreux de Nina Simone
(pour m’imprégner régulièrement de sa colère)

Et l’année qui se termine sur beaucoup de Fever Ray

… les albums Swim et Our Love de Caribou

…et Warpaint de Warpaint (2014).

 

THÉÂTRE ET DANSE

L’Homme atlantique (et La Maladie de la mort) de Christian Lapointe, 2014

Crédit: Yan Turcotte

Crédit: Yan Turcotte

Parce que Christian Lapointe reprend deux des plus beaux textes de Marguerite Duras sur l’incapacité à aimer dans une mise en scène sobre et fascinante, tout en ajoutant au texte de Duras une réflexion sur la construction d’un récit et sur la place du spectateur. Le choix d’une gestuelle dépouillée, la scénographie, la répartition des voix entre les trois comédiens, la prestation sans fausse note d’Anne-Marie Cadieux et de Jean Alibert en font la plus belle pièce de théâtre vue depuis très longtemps.

À lire également:

Critique de L’homme atlantique présenté au FTA2013

Grand singe, Nicolas Cantin, 2009

 

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Magnifique découverte grâce à la Maison de la Culture Frontenac qui repassait la pièce cet automne. J’aime le travail minimaliste, brutal que Nicolas Cantin impose aux interprètes pour parler du couple, de ses fêlures aussi. La présence de la parole, qui dit souvent qu’elle n’est pas entendue. L’alternance de mélodies douces de vieux crooners et d’un punk rock déchainé. L’initmité crue, animale. L’importance accordée aux petits gestes, et même l’importance accordée à ce qu’il ne se passe pas entre deux gestes.

À propos de Andrea C Henter


Andréa poursuit actuellement un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM. Elle s'intéresse particulièrement aux récits de l'oubli et aux formes d'écriture dans le monde des arts visuels, et combine à ses recherches une pratique littéraire et visuelle. Elle tient le blogue www.fadingpaper.blogspot.ca. Dans le cadre de sa participation à MMEH, elle parlera d'arts visuels, surtout de livres d'artistes et de fanzines.



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