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Publié par le 17 déc, 2014 dans Arts visuels | commentaires

De l’art entre les lignes

Le mois de décembre, mois officiel des listes imposées et fantasmées ne s’en tirera pas sans une liste de livres et revues d’art. Suivant le cours de l’obsession saisonnière, voici une sélection de six références qui se sont glissées entre les lignes de mon calendrier en 2014.

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L’hiver des revues : HB et Toilet Paper

L’identité forte de l’une et de l’autre en fait des objets graphiques et curieux, qui jouent le jeu de l’image avant tout.

HB, petite dernière des revues québécoises, en est à son 3e numéro, et continue de tenir ses promesses d’un écrin de qualité pour le médium du dessin. Thématique sans être directive, elle laisse l’œil voguer sans cadre d’un dessin à l’autre mêlant des talents méconnus ou reconnus d’ici et d’ailleurs.

Toilet Paper est un objet-ovni initié par une pointure de l’art contemporain, Maurizio Cattelan. Magazine kitsch, saturé, provocateur et hors du temps (le numéro 10 est daté de… 1944) , il donne toute la place à ces images de seconde zone réhabilitées dans des montages que l’on aurait pu croire une dramatique erreur rescapée des années 1980. Ici, elles existent encore, ont encore beaucoup à dire et beaucoup de rétines à imprégner.

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Le printemps de l’humour : Peter Fischli & David Weiss, Will Happiness Find Me?

Caustique, humoristique et accessible, le duo suisse Peter Fischli & David Weiss distille sa dose d’absurde en une version imprimée. À coup de questions existentielles et décalées, ils ont composé un petit livre qu’on pourrait assimiler à un livre de prière sans complexe et sans religion. Portées par des angoisses irréelles, ces « prières » sont en fait un protocole de travail répétitif et sans but, où des dizaines d’interrogations sont lancées par l’un ou l’autre des artistes à raison d’une par jour. Elles se succèdent dans le livre comme des secrets à peine déballés, griffonnés dans l’instant avec tout l’humour et la distance cynique dont sont capables ces deux inclassables de l’art.

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L’été du politique : Jacques Rancière, Le partage du sensible

Le partage du sensible nous fait entrer dans le politique avec intelligence et accessibilité. Les mots de Jacques Rancière, fondateurs pour beaucoup d’artistes contemporains, retracent ici une réflexion à la fois vivante et précise, qui ouvre une porte sur une esthétique politique sans tout questionner ni faire polémique, mais davantage en donnant l’envie d’aller plus loin et de comprendre les liens qui allient l’esthétique au politique.

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L’automne de l’action : Adaptive Actions, HETEROPOLIS

Le duo québécois (Jean-François Prost et Jean-Maxime Dufresne) joue de l’hybride et des formes d’art apparaissant là où on les attend le moins. Sous l’étiquette d’Adaptative Actions, ils ont fait appel à 53 contributions pour composer un livre à multiples entrées à l’image d’une cartographie des possibles et impossibles de lieux urbains à s’approprier, analyser ou réinventer. L’utopie y croise l’action concrète et le livre devient un puits sans fond d’où émergent les « causes minoritaires, les attitudes de vies urbaines alternatives, les contre-conduites et les créations artistiques citadines travers lesquelles l’imaginaire et la création personnelle influent sur le quotidien ». À glisser dans les moments quotidiens de nos vies pour renouer avec la résistance créative et le pouvoir de l’invention.

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L’hiver de la photographie : Maryse Goudreau, L’appel

L’année s’achève sur une rencontre avec l’artiste québécoise Maryse Goudreau qui partage son territoire de vie entre Montréal et la Gaspésie et qui a fait de ce dernier son territoire de jeu photographique. Ses œuvres sont rarement laissées muettes et solitaires dans un atelier : elles font plutôt partie intégrante de projets incluant les habitants de villages, militant pour la sauvegarde de lieux cruciaux et s’insèrent ainsi directement dans le paysage gaspésien. Une photographie humble et investie d’enjeux sociaux des plus actuels au Québec, que le livre retrace grâce à de nombreuses reproductions des projets in situ, accompagnées de plusieurs essais et d’un journal de bord de l’artiste retraçant le vandalisme d’une de ses œuvres.

À propos de Claire Moeder


Claire Moeder est commissaire, auteure et critique d’art. Ses articles, chroniques d’expositions et ses recherches sont autant de moyens de s’interroger sur ce qui fait toute la singularité et la richesse d’une exposition. Son goût pour les mots, combiné à un goût pour les longues déambulations dans les musées, l’ont menée à écrire sur cet espace complexe qui accueille les œuvres et influence l’expérience du visiteur. Chroniqueuse d’exposition depuis 2010 diffusée en ligne sur ratsdeville, depuis 2014 sur mmeh et à la radio (Quartier Général, CIBL), elle compte également plusieurs articles publiés dans des revues québécoises (Esse, Ciel Variable, Zone Occupée) et françaises (Marges). Elle a contribué au catalogue d’exposition du Mois de la Photo à Montréal (2009) et à la première monographie de Christian Marclay dédiée à son œuvre photographique (2009).



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