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Publié par le 29 nov, 2014 dans Littérature | commentaires

La danse des obèses: sensualités et sensorialités

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Les parutions chez Leméac ont souvent de quoi intriguer. D’abord, leurs couvertures sont, la plupart du temps, très belles et accrocheuses; ensuite, ils ont une sélection de romans qui explore efficacement les méandres complexes de l’être humain, sans compter des auteur(e)s extrêmement solides (Élise Turcotte, Simon Boulerice et Audrée Wilhelmy, pour ne nommer que ceux-là). C’est une maison d’édition dont j’attends toujours avec impatience les nouvelles parutions.

Et, puisque j’aborde la question du visuel, je dois dire que celui de La danse des obèses est d’abord ce qui m’a fait accrocher. Simple, mais très beau, délicat et sensuel, c’est la vue de cette silhouette enrobée et  fleurie qui m’a donné envie de mettre la main sur ce bouquin. Et ensuite, bien évidemment, la lecture de son résumé.

En très bref, on y suit Émile, un jeune homme obèse qui a toujours été mal dans sa peau. Pas seulement à cause de l’ampleur de son corps, mais également parce qu’il n’arrive pas à s’aimer, à se voir comme une personne aimable et désirable. Il erre dans la vie sans trop savoir vers où il s’en va et tente, tant bien que mal, de se remettre d’une relation amoureuse dans laquelle il s’est fait manipulé et heurté au plus profond de lui-même. En pleine reconstruction donc, mais sans trop savoir par où ni par quoi commencer, il se retrouve un soir dans une fête glauque et orgiaque organisée par un artiste plutôt éclaté. Ce sera le lieu de deux rencontres marquantes: celle de la séduisante Johanna vers qui il sera, d’emblée, extrêmement attiré. Et celle de Jean-Marc, l’artiste qui organise ces soirées déjantées. Débuteront alors deux relations où la sensualité, le désir et le corps seront les éléments centraux.

C’est un roman où l’on entre véritablement dans la tête d’un personnage en grand questionnement et qui nous tient toujours très près des sensations corporelles; tout est vécu par un être hypersensible et dont le corps reçoit tous les contrecoups de façon presque décuplée. On sent la lourdeur, on sent la sueur, la chaleur, la difficulté de mouvement. On se sent également pris au piège, non seulement dans la tête de cet homme dont les réflexions ne prennent jamais de pause ou presque, mais aussi dans ce corps dont l’auteur réussi à nous vêtir du début à la fin du récit. C’est véritablement ça: on a cette forte impression de s’habiller de la peau de cet homme et de subir tout avec lui, que ce soit les soirées déjantées où la drogue et l’alcool coule à flots; les malaises face à la nudité et la sensation d’être observé et analysé; les baises senties et passionnées, etc. Il y a une grande sensualité à travers tout le récit, même si elle est souvent trouble et incertaine.

Tout, sans exception, passe par le filtre de ces sensations qui, disons-le, sont extrêmement prégnantes et poignantes pour le lecteur. Bien qu’il y ait des dialogues et des liens qui se tissent entre les différents personnages (Johanna, Jean-Marc, Cédric, la mère d’Émile), on a vraiment cette impression constante d’être confiné dans un petit recoin de la tête d’Émile, comme un spectateur impuissant. On en sort la tête un peu brumeuse, comme d’une forme de rêve éveillé.

Le regard sur l’art est aussi intéressant, bien qu’on nous laisse un peu sur notre faim côté approche artistique, description des œuvres et processus de création. On regrette que cette partie ne soit pas plus détaillée. En même temps, comme le regard est véritablement tournée vers Émile, on peut comprendre que le tout reste un peu flou, même si on arrive tout de même à s’imaginer une sorte d’Andres Serrano, en plus soft.

Un roman sensuel et charnel où l’art et la vie se mélangent de façon troublante.

La danse des obèses de Patrick Isabelle, Leméac, 2014, 152 pages

Pour écouter l’auteur en entrevue à Lectures et châtiments, à CIBL

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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