Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 16 nov, 2014 dans Musique | commentaires

Vieilles Affaires Vintage #6. Hindoustaquoi? Hindoustani! : Call of the Valley, Brij Bhushan Kabra, Shivkumar Sharma & Hariprasad Chaurasia (1967)

SHS67

Quand on vous parle de musique indienne, quelle est l’image qui vous apparaît par défaut en tête? Le sitar. Bien sûr. Comme je m’amuse à vous gorger de surprises une fois par mois, hé bien, voici ce que vous n’entendrez pas sur Call of the Valley, chef-d’oeuvre de musique hindoustanie (ce terme renvoie spécifiquement à la musique du nord de l’Inde), paru en 1967 sur l’étiquette EMI Records: du sitar! Pantoute!

Bien qu’il s’inscrive parfaitement dans la longue tradition de la musique classique indienne, les musiciens présents sur ce disque jouent d’instruments considérés (à l’époque) au mieux populaires, au pire vulgaires; on retrouve donc Brij Bhushan Kabra à la guitare  »slide », Hariprasad Chaurasia au bansuri (une sorte de flûte traversière en bois), et Shivkumar Sharma au santoor (qui est un cousin plus ou moins éloigné du dulcimer), accompagnés par deux instruments typiques pour la section rythmique, soient les tablas et le tamboura. Il est à noter que chacun de ces musiciens est devenu, suite au succès retentissant  de l’album, un maître reconnu de son instrument, et lesdits instruments ont, de ce fait, automatiquement gagné le respect et l’acceptation des grands pontes de la musique classique indienne. Outre ce tour de force chez la gent musicale, Call of the Valley détient également le titre d’album Indien le plus vendu au monde, pouvant compter sur l’appui de stars occidentales comme Bob Dylan, David Crosby ou George Harrison, qui en sont tous des fans affirmés. Pas beau, ça?

Qu’est-ce qui peut expliquer ce succès et cette popularité pour un album nous venant d’un lieu et d’un genre aussi particuliers? L’absence de sitar et de sarod y est certes pour quelque chose, et c’est précisément le son plus doux des instruments ici présents qui, jumelé aux pièces du répertoire hindoustani classique, nous fait écouter des ragas authentiques presque sans qu’on s’en aperçoive. Cet espèce de bilinguisme stylistique mélange donc innovation et tradition, et n’importe quel auditeur qui se respecte n’en suivra qu’avec davantage d’entrain l’histoire racontée par ce cycle de pièces, qui expriment en musique la journée d’un berger de la région du Cachemire. On passe donc du calme et de l’incertitude de l’aube avec la magnifique Ahir Bhairav / Nat Bhairav au confort et à l’intimité de la nuit avec Rag Pahadi, et malgré tout ce que pareille trame narrative peut laisser supposer, toutes les pièces ont le chic de générer un sentiment d’apaisement, et on peut autant écouter la totalité de l’album avec une attention soutenue que le laisser jouer en musique de fond sans jamais éprouver le moindre ennui, ou la moindre envie de faire jouer autre chose. Et si deux mots peuvent résumer ce qui se dégage de Call of the Valley, ce serait  »atmosphérique » et  »délicat ». Je vous laisse le loisir de deviner pourquoi.

La bonne nouvelle pour l’auditeur moderne n’est pas tant la présence de trois pièces additionnelles que leur cohérence impeccable avec le reste de l’album, gâterie malheureusement trop rare dans le royaume enchanté de la réédition, où les extras s’adressent souvent aux spécialistes, aux fans endurcis ou aux  »complétistes » plutôt qu’aux néophytes (autre chose rare, la nouvelle pochette, bien que moins collée à l’histoire qui nous est donnée à entendre ici, n’enlève rien au charme champêtre et à l’environnement sonore de l’album). Ainsi, si vous vous obstiniez à chercher la porte d’entrée de ce temple particulièrement imposant qu’est la musique indienne et que les danses et les voix nasillardes de Bollywood sont un peu  »too much » à votre goût, misez sur Call of the Valley. C’est un cheval gagnant, garanti!

Brij Bhushan Kabra, Shivkumar Sharma & Hariprasad Chaurasia, Call of the Valley (1967)

Pour acheter l’album, rendez-vous sur Discogs

Ahir Bhairav/Nat Bhairav by Brij Bhushan Kabra/Hariprasad Chaurasia/Shivkumar Sharma on Grooveshark

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



%d blogueurs aiment cette page :