Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 1 nov, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

BD québécoise : La grande noirceur, de Philippe Girard

 

La grande noirceur(lettre de l’auteure à Philippe Girard)

Cher Philippe,

J’aime tes grands-mères.

Oui, je les aime. Pas comme les gars des Trois Accords aiment LEUR grand-mère. Non. J’aime tes grands-mères parce qu’elles font de magnifiques héroïnes de bandes dessinées.

– Katerine

La mauvaise fille

En 2012, tu nous as présenté Margaux Bernier, ta grand-mère paternelle. Dans La mauvaise fille (Glénat) j’ai découvert une femme forte, indépendante et fière. Un brin féministe, avant la lettre. Une femme qui refuse de suivre la voie qu’on a tracée pour elle. Bref, un p’tit bout de femme a qui on accole le sobriquet de «mauvaise fille» dans le Québec sclérosé des années 1920.

À la fin de La mauvaise fille, j’étais sous le charme de ta mamie, Philippe. Elle m’avait eue! J’voulais être son amie. En fait, je la trouvais fascinante. Peut-être parce que je suis passionnée d’histoire, et qu’on nous raconte rarement celle-ci du point vue des femmes.

La mauvaise fille, de Philippe Girard

 

L’autre grand-mère

Cet automne, tu nous présentes ton autre grand-mère, Anna Donati. Dans La grande noirceur (Mécanique générale), on découvre une immigrante italienne qui peine à s’intégrer dans le Québec – toujours aussi pogné – de la fin des années 30.

Cette mamie-là, je la sens plus fragile. Elle est encore moins libre que la première, juste parce qu’elle est un peu différente.

Même si la «vraie» Grande Noirceur – celle des historiens – ne commence au Québec qu’en 1945, la période de l’entre-deux-guerres (que tu décris si bien) n’en est pas moins sombre et désolante pour autant. Surtout pour les femmes.

À l’époque, un teint olive pis un accent italien, c’est tout ce que ça prend pour passer pour une «étrange». Malheureusement, ta mamie trouverait peut-être que les choses n’ont pas beaucoup changées…

 

La vilaine fille

Anna, c’est la vilaine fille par défaut, celle qu’on accuse sans preuve. Par exemple, quand un jeune Canadien français se lance devant une voiture pour sauver la vie de ta grand-mère, les commères disent plutôt que c’est ELLE qui l’a poussé, parce qu’il  refusait de l’épouser. Et quand Anna décide de se rendre au chevet du jeune homme pour lui faire la lecture, les langues sales colportent qu’Anna a sans doute des choses à se faire pardonner. Après tout, le pauvre garçon est plongé dans un profond coma et ne s’en tirera probablement pas.

C’est alors que ce produit une chose inattendue. Ta grand-mère, trouvant la lecture de la Bible ennuyeuse comme la pluie, décide plutôt de puiser dans la «grande» littérature: Baudelaire, Zola, Milton… Ces moments de lecture se transforment en bulles d’évasion, de rêvasserie et même de douce transgression, à une époque où L’éducation sentimentale de Flaubert est encore à l’index.

C’est qu’elle a un p’tit côté coquin, ta mamie. Sous son manteau de jeune fille rangée, on découvre un être de chair, de sensualité et même d’érotisme (oh, le vilain mot.).

 

La grande noirceur, de Philippe Girard

La grande noirceur en couleur

Pour bien illustrer la noirceur de l’époque, tu as choisi tes couleurs avec soin: marron, gris foncé, taupe, charbon. Tes fans vont vite reconnaître ta palette, à a fois terreuse et rétro.

En fait, toute l’action de La grande noirceur semble se dérouler à lumière tamisée, entre chien et loup. L’ambiance y est mystérieuse, mais surtout oppressante. On étouffe. On cherche la lumière. Comme ta grand-mère.

Une seule couleur vive illumine les cases : c’est le rouge de la robe d’Anna. Rouge pétant. Rouge je-veux-aimer-et-être-aimée. Rouge laissez-moi-vivre.

Et que dire du décor? J’apprécie ton désir de recréer la ville de Québec telle qu’elle était à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Pour y arriver, tu as fouillé dans tes albums de photos de famille. J’admire ta minutie. J’en aurais pris des planches et des planches…

 

Le vrai du faux

Quand on y pense, tes deux grands-mères ont plusieurs points en commun. Elles se démènent pour trouver leur place dans une société dominée par le clergé. Elles écoutent leur coeur et leur instinct. Elles veulent faire le bien, mais sans dogmatisme.

Pis après ça, tu t’étonnes que je les aime autant, tes grands-mères?

Je t’entends me dire que tes scénarios, ben c’est quand même de la fiction. Que tes récits sont inspirés de faits réels. Et qu’il a donc un peu/beaucoup de Philippe dans ces deux personnages-là.

Dis-moi, Philippe…peux-tu dire à tes grands-mères qu’elles me manquent déjà? J’ai l’impression qu’elles n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. En tout cas, si elles ont encore un brin de jasette, n’hésite pas à me faire signe. Je serai toute ouïe.

Le blogue de Philippe Girard

Le site de Mécanique générale

 

Philippe Girard

Philippe Girard

À propos de Katerine Verebely


Curieuse culturelle à temps plein.



%d blogueurs aiment cette page :