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Publié par le 30 oct, 2014 dans Bande dessinée, Littérature | commentaires

Quatre Bds qui ne parlent pas (ou presque) de l’Halloween à lire pour l’Halloween

Voilà voilà. Voici venu ce temps de l’année où notre fil Facebook est pollué par une pléthore de liens Buzzfeed sur les costumes d’Halloween les plus trash, les recettes de cupcakes à la citrouille et la paranoïa collective sur les tires Sainte-Catherine au crack. Si vous lisez les journaux traditionnels avec des comics strips dedans, vous êtes depuis au moins une semaine en contact avec les vieux gags recyclés de Garfield sur les films d’horreur sans parler de Ben et Blondie qui hem… restent aussi ennuyants que d’habitude.

J’étais censé vous parler, ce mois-ci, de Simon Hanselmann et d’Alex Schubert dont certaines publications paraissent sur la page de comics de Vice. C’était avant que Megahex (Hanselmann) devienne un des Best-Sellers du New York Times et que tous les critiques de BD de la blogosphère aient dit ce qu’ils en pensait.

Je vais donc y aller de mes suggestions BD pour accompagner la déprime douce-amère de l’Halloween et du changement d’heure. J’ai choisi des albums qui parlent peu ou presque pas de l’Halloween, mais qui satisferont, je l’espère, ce besoin saisonnier de spookiness.

Charles Burns –  X’ed Out, The Hive et Sugar Skull (2010-2014)Burns

Charles Burns est un vétéran et un maître de la bande dessinée et j’avoue que j’aurais pu choisir n’importe quelle autre de ses œuvres, aussi halloweenesques les unes que les autres. Le caractère intertextuel d’œuvres comme Big Baby et Skin Deep, qui réfèrent avec inventivité aux classiques pré-comic code[1] d’EC Comics du genre de Tales from the Crypt. J’aurais pu aussi vous parler de Black Hole qui est souvent considéré comme son chef d’œuvre, mais je crois justement que Burns atteint de nouveaux sommets avec sa dernière trilogie (qui est, sauf erreur, celle qui empreinte le moins au genre de l’horreur). Faisant ouvertement référence à Tintin, elle est, dans le format (A4), très proche de la BD franco-belge. Si nous restons en territoire connu sur le plan du dessin, Burns utilise ici un trait beaucoup plus clair, très agréable à l’œil, et on s’éloigne de cases très denses de Black Hole. Si c’est le cas, c’est probablement en grande partie à cause de la couleur dont il se sert comme s’il avait attendu toute sa carrière pour l’utiliser à un point tel qu’elle semble être un enjeu principal de la narration.

Selon l’idée de base de Burns, les trois tomes de la trilogie, X’ed Out, The Hive, et Sugar Skull étaient censés être considérés comme séparés (voir son entrevue au New-Yorker), mais au cours des six ans du processus créatif à leur origine, les trois volumes semblent, selon l’auteur, se compléter parfaitement. Il reste quelque chose de cette hésitation sur la nature de cette trilogie : même si l’on y suit l’aventure plus ou moins linéaire d’un personnage, l’adaptation au fil du récit demeure laborieuse d’un volume à l’autre. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas du tout une faiblesse de construction, au contraire. Burns nous laisse ici un véritable casse-tête Bédéïstique. Les 3-4 époques différentes de la vie (physique ou inconsciente) de Doug sont organisées de façon arbitraire pour créer une confusion presque totale. Tout ne s’explique véritablement que vers la fin du troisième tome et le véritable plaisir de lecture est de ressortir de ce labyrinthe à rebours en relisant (immédiatement si possible) toute la série; ce qui en ferait, si on le veut bien, une hexalogie. L’intérêt de cette deuxième lecture s’explique aussi par la quantité d’indices laissés çà et là dans le texte pour permettre au lecteur conspirationniste de faire toutes les hypothèses qu’il voudra.

L’univers de Burns dans cette trilogie à la jonction de Tintin (assez peu quand même) et de W. S. Burroughs se déploie de façon souvent cauchemardesque autour de personnages désabusés aux aspirations artistiques contre-culturelles. Une imagerie fantastique pleine des créatures mutantes et/ou dégoûtantes meuble l’inconscient de Doug dans un non-lieu rappelant l’interzone du Festin nu ou certains décors des romans de Volodine.

À lire autant pour les frissons d’horreur que pour ceux que vous donnera la construction vertigineuse de ce récit.

 

Simon Hanselmann – Megahex (2014)

MegahexJe ne pouvais pas m’empêcher d’écrire quelques lignes sur Megahex. Si vous n’avez pas encore lu cet album, il se peut que vous soyez contraints à patienter pour sa seconde impression, je crois qu’il est encore discontinué. Vous pouvez aller consulter quelques inédits sur le site de Vice ou sur son compte Tumblr.

Pour ceux qui n’en ont pas entendu parler encore, disons que l’univers de Megahex se base sur trois personnages principaux dont un couple (Megg et Mogg)[2] composé d’une sorcière sans pouvoirs magiques et de son chat noir, lesquels passent leurs journées à se droguer à regarder la télé. Le troisième personnage est un hibou anthropomorphe qui essaie de se sortir de cet univers malsain, mais ne cesse d’y retomber malgré les agressions incessantes de ses camarades. C’est une BD construite sur la structure de la sitcom, mais qui, tout en versant dans le trash et le vulgaire, atteint les profondeurs tragiques de l’âme de ces stoners. L’usage de l’aquarelle et des couleurs douces rend ce livre très agréable à lire surtout pour les pages où la prise de drogue fait exploser la palette.

À lire couché en boule en mangeant des bonbons.

 

Kolbeinn Karlsson – The Troll King (2010)

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Restons dans le psychédélique avec Kolbeinn Karlsson et The Troll King, une BD qui nous ramène aux racines païennes et de notre chère Halloween et son côté Troll Métal. Ce petit livre qui se lit en quelques minutes vaut la peine d’être relu aussi souvent que possible. Il comporte plusieurs récits hors du temps, tous empreints d’un folklore mystico-surréaliste aux développements souvent comiques et inattendus. On y rencontre deux « Ewoks » (qui ne ressemblent pas trop à ceux de StarWars) qui vivent reclus dans les bois, n’en sortent que pour faire l’épicerie (en niqab) et qui donnent naissance, suite à une cérémonie mystérieuse, à leurs deux enfants. On retrouve aussi l’histoire un peu hallucinatoire de la transformation d’une carotte anthropomorphe en un arbre majestueux qui, lui-même, donne naissance à d’autres petites carottes. Les qualités de cet ouvrage assez difficile à résumer résident d’abord dans l’univers mystérieux et magique qu’il développe. Sans jamais (ou presque) que nous soit expliqué quoi que ce soit sur la nature des actions relatées, nous traversons ce monde de rites, de mythes, de relations familiales hors du commun et d’expériences transcendantes. Il s’agit surtout d’histoires de mises au monde, d’une certaine poétique atypique de la naissance. Au final, c’est surtout le dessin naïf, grotesque et vivement coloré sur papier noir qui rend l’expérience de lecture de ce récit onirique tout à fait particulier. Avec souvent pas plus qu’une ou deux cases par pages, ils sont un enjeu central de la BD.

Difficile de ne pas faire la comparaison avec Forming de Jesse Moynihan à la différence que cette dernière tombe un peu trop souvent dans une scatologie un peu débile ce que Karlsson ne fait presque pas.

 

Ratigher — Trame : Le poids d’une tête d’une tête coupée (2013)

Trame

Vous avez peut-être entendu parler de ce fumetti paru l’an passé en traduction française aux éditions Atrabile. Ratigher, nom qui dans le monde francophone n’évoque pour l’instant pas grand-chose, publie sur la branche italienne de Vice, mais n’a pas fait paraître d’autres Bds en format long sauf erreur de ma part. Vous pouvez trouver en téléchargement gratuit et légal (en anglais) le très court Black Yawn  sinon c’est à peu près ça, à moins de lire l’italien.

Trame raconte l’histoire plutôt macabre d’un couple assez nanti qui doit rejoindre des amis à une fête. En attendant au bord d’une falaise l’heure propice pour se rendre au party, une créature plutôt immonde leur demande de l’amener avec eux.

Je dois taire toutes autres informations qui pourraient gâcher le plaisir de lecture. Il s’agit d’une œuvre assez violente et sans pitié pour son lecteur, quoiqu’il ne s’agisse pas particulièrement d’horreur graphique. C’est plutôt un récit sur les zones ombrageuses de la conscience ainsi qu’une attaque assez peu politically correct du monde bourgeois. Son style de dessin tend plus vers l’iconique que vers le réalisme avec assez peu de traits et une utilisation basique du noir et blanc avec quelques gris donner un peu de profondeur. L’utilisation savante de la prolepse ou flashforward rend la lecture particulièrement intéressante en dévoilant des moments inattendus de l’histoire qui ont pour effet de faire appréhender au lecteur les pires développements de cette catabase.

Probablement la plus macabre des quatre BDs que je vous suggère pour la fin de l’automne.

 

Vous m’en voudrez peut-être de n’avoir mentionné aucune BD québécoise alors que Pow pow vient justement de lancer deux titres (Les cousines vampires, et 23h72) susceptibles d’entrer sur cette liste. Je n’ai pas eu l’occasion de les lire, mais d’après ce que j’ai vu ça s’annonce plutôt bien.

Allons! Bon changement d’heure!

[1] Le Comic Code Autority, instauré en 1954, a limité pendant de nombreuses années la publication de BD d’horreur en interdisant autant la violence et les personnages de vampires, loups-garous et morts-vivants que les mots « horreur » et « terreur » dans le titre.

[2] Il s’agit de la revisite ironique d’une émission pour enfant, ceux qui ont lu le livre reconnaîtront cet épisode traumatique inspiré de cet épisode.



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