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Publié par le 28 oct, 2014 dans Cinéma, Littérature | commentaires

Bleu Nuit, Histoire d’une cinéphilie nocturne – Bien plus que de la nostalgie

Bleu Nuit

Tous les samedis, tard le soir entre 1986 et 2007, passait sur la maintenant défunte chaîne TQS, une série de films érotiques. De cette programmation éclectique — parfois de la pornographie soft, parfois simplement un film indépendant sortant des normes — seulement deux constantes peuvent être établies : une promesse de nudité et un nom plein de sous-entendus: Bleu Nuit. Encore aujourd’hui, quand on entend cette expression, plusieurs impressions viennent à l’esprit : souvenirs d’un éveil sexuel maladroit et gênant (ne le sont-ils pas tous?), films à qualité discutable, à la fois plein de mystères et aujourd’hui désuets, vieillots et souvent ridicules.

Pourtant, qu’on le veuille ou non, un sourire à la fois coupable, complice et nostalgique fera forcément apparition. Bleu Nuit, sa logique de diffusion, et les films qu’elle projetait, font partie d’une époque révolue. À partir du moment qu’un événement aussi marquant s’éteint, il est pertinent, pour ne pas dire essentiel, d’en parler, de l’analyser, d’en rire, oui, mais aussi de s’en souvenir et de le revisiter. C’est ce que se propose le livre Bleu Nuit, Histoire d’une cinéphilie nocturne, dirigé par Éric Falardeau et Simon Laperrière. Falardeau est auteur et cinéaste (réalisateur de Thanatomorphose), et Laperrière est critique et programmateur pour le Festival Fantasia.

Cathon

Crédit: Cathon

Un ouvrage revenant sur Bleu nuit ne pourrait pas être écrit par une seule personne. C’est un sujet qu’on peut aborder objectivement ou personnellement, mais idéalement de plusieurs points de vue. Il y a tout simplement trop de choses à dire, trop de perspectives, trop de films, trop de souvenirs associés pour qu’on puisse vouloir se limiter à un seul regard. Le présent ouvrage a eu la bonne idée de prendre la forme d’un collectif qui se présente, telle la programmation de bleu nuit, sous moult visages : historiques, critiques, émotifs, sobres, comiques, cocasses et parfois même mélancoliques. On y trouvera donc des essais, des critiques de films (très rarement complaisantes), des récits, des entrevues (entre autres avec Brigitte Lahaie, l’actrice X; le cofondateur de TQS, Guy Fournier; et Claude Fournier, le réalisateur du film culte Deux femmes en or), ainsi que des illustrations de Jimmy Beaulieu, Cathon, Pascal Girard et Gabrielle Laïla Tittley.

C’est un bel objet que ce livre. Avec sa couverture à couleur évocatrice, ses pages roses remplies de souvenirs tabous, sa table des manières qui reprend le graphisme du programme TV Hebdo, et ses dessins. Et que dire de la délicieuse et hilarante surprise qui attend le lecteur au milieu du livre, telle une affiche au centre d’un magazine cochon? Si tout le monde peut y trouver son plaisir, que ce soit le néophyte n’ayant jamais connu l’événement rassembleur que fut Bleu Nuit, ou le cinéphile ému se remémorant page par page chaque moment de son éveil sexuel, c’est bien parce que l’objet examiné était plus qu’une plage horaire, plus qu’une série de films coquins mal écrits; c’était un rendez-vous cinématographique qui dépassait les frontières du Québec, un assemblage de sous-genres aujourd’hui disparus, une mentalité, une façon de faire l’érotisme, mais aussi une façon de le voir, de le jouer et de le vivre. Se pencher sur les diverses facettes de ce programme, c’est, oui, revisiter une certaine ouverture à la sexualité ayant marquée quelques générations, c’est sombrer dans un élan nostalgique et se rappeler l’époque des téléthons, des VHS, des vidéos-clubs, du câble, mais c’est aussi examiner, dépecer, défaire, reconstruire, réinventer et surtout se souvenir et refaire vivre une industrie, une mentalité, une époque, mortes et enterrées pour le meilleur et pour le pire. Ça, les auteurs et collaborateurs de Bleu Nuit, Histoire d’une cinéphilie nocturne l’ont très bien compris.

À propos de Boris Nonveiller


Sans se douter à quoi cela l’engagerait, Boris Nonveiller naquit en 1984 partageant l’année de naissance de multiples chef-d’œuvres tels Once Upon a Time in America, Terminator, Les Aventures de Buckaroo Banzai, Stranger Than Paradise, Paris Texas, Conan le destructeur, This is Spinal Tap, sans oublier les premières œuvres des frères Coen et de Lars Von Trier. Cette parenté accidentelle, ainsi que ses presque moins accidentelles études en philosophie, littératures et cinéma, l’auront destiné à se passionner pour les sommets et les bas-fonds des productions cinématographiques anciennes, mais aussi contemporaines. Amateur d’analyses pertinentes et de sur-interprétations ludiques, il écrit également des critiques de cinéma et de théâtre pour le webzine Les Méconnus.



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