Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 24 oct, 2014 dans Littérature, Musique | commentaires

L’évolution du métal québécois: combler le vide avec du bruit

Couverture-Web

La relation passionnelle qu’entretiennent les fans québécois pour le métal d’ici et d’ailleurs ne reste plus à prouver. Au tournant des années 2000, par exemple, après une période plus qu’éprouvante pour les amateurs du genre (rappelez-vous de Load et Reload de Metallica, ou encore l’éclosion de groupes nu-métal de troisième ordre), le Québec sera parmi les premiers en Amérique du Nord à accueillir en triomphe une nouvelle vague de groupes européens qui, contrairement à nos voisins du Sud, semblent avoir gardé la flamme du métal bien intacte. C’est aussi à ce moment que plusieurs groupes québécois de haut calibre se forment, se reforment, ou recommencent tout simplement à jouir d’une popularité qu’ils ne connaissaient plus depuis belle lurette. Aujourd’hui, la Belle Province est l’hôte d’un des plus grands festivals du genre en Amérique du Nord et est devenu un arrêt incontournable pour les métalleux de toutes provenances.

Si l’effervescence du métal en sol québécois n’est plus un secret pour personne, son évolution, elle, restait à être écrite. Rêve caressé par plusieurs, il reviendra finalement à Ian Campbell, ancien vocaliste du groupe Neuraxis, à initier le projet et à Félix B. Desfossés de non seulement écrire et retracer l’évolution du métal au Québec, mais surtout à l’inscrire à l’intérieur de l’histoire du rock québécois. Après plusieurs années de travail acharné, L’évolution du métal québécois – No Speed Limit (1964-1989) voit enfin le jour via Les Éditions du Quartz. Comme son titre l’indique, ce premier volume (deux autres volumes qui couvriront ensemble les années 1990 jusqu’à aujourd’hui sont déjà planifiés) puise ses sources aux toutes premières révolutions rock de chez nous. Spécialiste en histoire de la musique au Québec, Félix B. Desfossés ne se cache pas qu’il s’est d’abord lancé dans ce projet colossal en tant que journaliste plutôt qu’en tant que fanatique du genre abordé.

«Mon trip de journalisme en histoire du rock, c’est de faire des recherches sur des sujets où la connaissance n’est pas encore terminée, où il y a encore des choses à découvrir, où il y a encore des entrevues à faire et où il y a encore des archives à trouver ».

C’est vrai que la musique métal québécoise était jusqu’ici encore bien loin d’être approfondie comme l’ont été plusieurs autres styles nichés au Québec, notamment la musique country. Et même si quelques pièces du casse-tête métal se sont retrouvées dans les fanzines de l’époque et sur internet, ces pièces restaient éparpillées et sans le traitement journalistique qu’il mérite, le casse-tête restait surtout incomplet.

« Et moi c’est ça mon trip dans le fond. C’est vraiment de retrouver ces archives-là, de retrouver les personnes qui sont disparues, de tenter de convaincre des personnes qui ne se sont pas encore prononcées sur leur travail de revenir là-dessus et d’y réfléchir, et d’approfondir finalement la connaissance de notre histoire du rock ».

Et c’est justement cette approche axée sur l’histoire du rock qui fait de L’évolution du métal québécois une telle réussite en tant que livre spécialisé, mais aussi en tant que portrait global de nos racines rock au Québec. Portrait qui jusqu’ici tardait à intégrer le métal dans son cadre de façon définitive.

« Pour moi, le métal fait partie de toute notre histoire du rock de manière super importante. On ne peut pas séparer le rock québécois du métal. Le rock est un genre et le métal est un style de rock. Un style qui découle du rock, qui fait partie de la grande famille du rock ».

Tant qu’à parler de métal, aussi bien aller le chercher par la racine.

FÇlixB.DesfossÇs

Crédit: Hugo Lacroix

C’est donc dans cet état d’esprit que l’auteur pose les bases de son livre sur plusieurs mouvements ayant secoué le Québec, comme le yé-yé, le rock progressif, le rock garage, le hard rock et le punk, en prenant toujours bien soin de nous rappeler l’éventuel lien de parenté avec le métal.

« Le livre porte sur l’histoire du métal, c’est le thème principal, mais dans les faits, je te dirais que je me gâte pas mal quand je raconte l’histoire du punk, entre autres, où j’en ai profité pour aller à fond dans les détails, c’est la même chose à propos du rock progressif ».

Que l’auteur déclare s’être d’abord accroché aux styles qui lui tiennent à coeur pour se lancer dans l’écriture d’un livre sur l’histoire du métal québécois est une démonstration en soi que le genre est profondément ancré dans une multitude de styles l’ayant précédé.

« J’ai l’impression que le métal et le punk sont des musiques qui se ressemblent à bien des égards. Pour parler du métal, il [fallait] nécessairement que je parle de ces musiques-là qui m’intéressent, que ce soit le rock garage, le rock progressif, le punk ou le hardcore. Ce sont toutes des musiques qui ont plusieurs vases communicants avec le métal ».

Une fois les racines exposées et après avoir détaillé la scène florissante du heavy rock et ses variantes, le livre arrive à la destination que la majorité des amateurs considère comme étant le réel point de départ de la musique métal au Québec : Voïvod.

« Pour moi, Voïvod, c’est la locomotive de tout ce qui a été métal et probablement, même sans qu’on s’en rendre compte, de tout ce qui est encore métal aujourd’hui ».

Le livre consacre d’ailleurs un chapitre entier à notre plus grand groupe de métal et met en lumière non seulement leur importance à l’intérieur même de la scène québécoise, mais aussi le rayonnement à l’international que le groupe se construit progressivement. Pourtant, si le statut de quasi mythique acquis par la formation de Jonquière n’est pas à débattre, le poids de son impact sur le métal québécois et sur le rock en général reste une connaissance qui semble réservée aux initiés.

« [Voïvod] est probablement le plus important et le plus populaire groupe de toute la strate alternative de musique au Québec et qui pourtant demeure méconnu du grand public ».

Le métal est bien entendu un style niché s’adressant à un public particulier. Par définition, il serait impossible de seulement imaginer qu’un groupe comme Voïvod puisse occuper le même espace médiatique que les Beau Dommage, Harmonium et Offenbach de ce monde. Mais si nous regardons ces groupes d’un point de vue historique et que nous mesurons leurs héritages musicaux respectifs, force est de constater que Voïvod ne semble pas obtenir le même consensus historique aussi aisément que ses pairs.

« Tant qu’on ne va pas assumer que ces gars-là sont certaines de nos plus grandes vedettes rock ever, je pense qu’on va manquer le bateau complètement par rapport à notre histoire du rock ».

À partir de ce moment et jusqu’à ce que Nirvana et son grunge réservent le même traitement que le punk avait infligé au rock progressif quelques années auparavant, le métal restera le choix par excellence de milliers d’adeptes de rock en quête d’émotions fortes. Les derniers chapitres de L’évolution du métal québécois se concentrent sur ce que nous pouvons appeler l’âge d’or du métal. L’escalade des extrêmes est, au Québec comme partout dans le reste du monde, rapide et de plus en plus brutale. De l’émergence du thrash métal et du death métal en passant par le hardcore, le Québec demeurera pendant plusieurs années un des endroits les plus bruyants de la planète, autant par ses scènes locales particulièrement fertiles que par l’insatiabilité des fans à envahir les clubs, arénas et autres salles de spectacles pour y entendre leur musique de prédilection.

S’il fallait juger L’évolution du métal québécois strictement par sa capacité à cerner un sujet où “la connaissance n’est pas terminée”, comme le mentionne l’auteur en début d’entretien, on pourrait alors déjà parler d’un ouvrage incontournable. Avec ses très nombreuses anecdotes, entrevues, photos et surtout ses descriptions détaillées de chaque variante du style métal et de ses groupes phares, ce livre sera une révélation pour tout fan de métal québécois en quête d’identité. Mais la réelle réussite de ce livre est qu’il réussit à démontrer de manière très naturelle et sincère que la musique métal, aussi marginale soit-elle, est une partie intégrante de notre culture populaire et non un phénomène extrinsèque.

« Au Québec, on devrait jamais se permettre le luxe de dire : ces musiques-là sont marginales et pour cette raison-là elles n’ont aucune valeur. Au contraire, j’ai l’impression que la journée qu’au Québec, on va décider d’embrasser toutes les musiques qu’on a pu créer […] et qu’on va en être fier, c’est cette journée-là qu’on va se rendre compte de la profondeur de notre identité musicale ».

 

L’évolution du métal québécois – No Speed Limit (1964-1989) est notamment disponible sur le site web des Éditions du Quartz

Allez aussi faire un tour sur le blogue musical de Félix B. Desfossés, Vente de garage

 



%d blogueurs aiment cette page :