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Publié par le 17 oct, 2014 dans Arts visuels, Entrevues | commentaires

Le Mois de la photo. Joan Fontcuberta : être optimiste et vigilant

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Joan Fontcuberta est le commissaire du prochain Mois de la Photo à Montréal qui sera présenté en septembre 2015. Invité à concevoir une série d’expositions et d’activités dédiées à la photographie actuelle, il a placé cette édition sous le signe de la post-photographie.

La post-photographie : une fin ou un début ?

La notion de post-photographie est évocatrice d’une mort de la photographie telle qu’on la connaissait. Se définissant comme un être optimiste, Joan Fontcuberta s’est attaché à ce thème davantage comme un synonyme de changement que de fin radicale : il entend « ouvrir une porte » et montrer la nécessaire évolution qu’a prise la photographie avec la seconde révolution numérique plutôt que d’annoncer l’agonie ou la disparition de la photographie analogique. À l’image de la longue liste des nouveaux supports qu’il énumère* (« des appareils photo et des caméras numériques de poche, leur incorporation aux téléphones cellulaires, le phénomène Internet, les réseaux sociaux, les nouvelles technologies de surveillance, le développement des dispositifs de réalité virtuelle, etc. »), la photographie actuelle fait preuve d’abondance. Au-delà du nombre, cette situation engendre une esthétique et une vie de l’image différentes où la photographie gagne en communication et en spontanéité, mais perd de sa radicalité, selon le commissaire.

La photographie à l’heure du « tsunami iconographique »

Le Mois de la Photo à Montréal 2015 sera placé sous le signe des changements qui ont cours actuellement et qui modifient profondément la nature de l’image. Évoquant un véritable « tsunami iconographique », Joan Fontcuberta s’intéresse au statut de la photographie face au numérique et à la prolifération des images : « La photographie n’est plus magique » et désinvestie de son aura tout autant que de sa matérialité, l’image « habite désormais l’écran à la manière d’une âme sans corps ». Si la post-photographie de l’ère numérique est souvent vue comme la menace de la fin d’un ordre visuel établi – auratique selon le philosophe Walter Benjamin-, elle augure selon le commissaire de nouvelles possibilités et une liberté considérable : la dématérialisation de la photographie permet de mettre en avant le concept plutôt que le support et de se détacher des anciens modèles de présentations, tels que le livre et l’exposition muséale classique.

« Choisir est un geste politique difficile »

Face à ce tsunami d’images, la création devient une écologie et la sélection, un geste politique. Les artistes créent aujourd’hui à partir d’accumulation d’images et mettent en place de nouveaux moyens de collecter, sélectionner et organiser le réel. Ils deviennent ainsi des artistes-collectionneurs, détruisant les frontières classiques qui existaient jusqu’alors entre ces personnages. Ils sont les fondateurs d’une nouvelle écologie du regard et endossent une responsabilité sociale importante dans un temps où « l’image est le réel avec lequel nous devons réagir ». Pour le commissaire qui a pour mandat de sélectionner les artistes de la prochaine biennale de photographie de Montréal, « choisir est un geste politique difficile car on ne peut pas tout garder » et implique une prise de position face au déploiement considérable des images et face à l’infinité des plateformes numériques accessibles à tous.

Une vigilance face à l’image

Face à la massification des images, le commissaire, artiste et enseignant place l’éducation au cœur de son engagement : « L’éducation visuelle est plus que jamais nécessaire. Aujourd’hui il est tellement facile de faire image, mais personne n’apprend à faire l’essence de l’image ». L’artiste est pour lui un pédagogue et un évènement tel que celui du Mois de la Photo à Montréal est un moyen d’apporter une contribution à éduquer le public afin de l’aider à penser l’image et développer son esprit critique. Pour celui qui ne distingue pas son approche de commissaire de son approche créative d’artiste, l’art est encore trop souvent sérieux et une négation du plaisir. Il entend ainsi placer la prochaine édition du Mois de la Photo à Montréal sous le signe d’un art qui doit avant tout surprendre, faire réagir et où la post-photographie peut créer un mécanisme d’alerte face à l’image, dans un contexte où la photographie numérique fait de la vérité non plus une nécessité, mais un choix.

* Source : http://www.moisdelaphoto.com/thematique.html

À propos de Claire Moeder


Claire Moeder est commissaire, auteure et critique d’art. Ses articles, chroniques d’expositions et ses recherches sont autant de moyens de s’interroger sur ce qui fait toute la singularité et la richesse d’une exposition. Son goût pour les mots, combiné à un goût pour les longues déambulations dans les musées, l’ont menée à écrire sur cet espace complexe qui accueille les œuvres et influence l’expérience du visiteur. Chroniqueuse d’exposition depuis 2010 diffusée en ligne sur ratsdeville, depuis 2014 sur mmeh et à la radio (Quartier Général, CIBL), elle compte également plusieurs articles publiés dans des revues québécoises (Esse, Ciel Variable, Zone Occupée) et françaises (Marges). Elle a contribué au catalogue d’exposition du Mois de la Photo à Montréal (2009) et à la première monographie de Christian Marclay dédiée à son œuvre photographique (2009).



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