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Publié par le 16 oct, 2014 dans Musique | commentaires

Vieilles Affaires Vintage #5. Pop disloquée et naïveté: Die Grüne Reise, A.R. & Machines (1971)

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A.R., c’est Achim Reichel, une espèce de star adolescente de l’Allemagne du milieu des années 60 qui, après avoir donné dans le pop-rock et interrompu sa jeune carrière pour faire son service militaire, s’est remis à la musique avec… hé oui: des machines. Simpliste? Sans doute, mais au-delà de ce nom d’artiste à consonance robotique, Die Grüne Reise (The Green Voyage, en anglais) n’a rien d’un disque de musique pré-mâchée et innocente; au contraire, Achim Reichel utilise les conventions les plus communes du rock pour les dynamiter joyeusement et les déformer à travers le prisme de l’effet sonore. Le résultat est un album de pop disloquée où chaque élément sonne connu, mais est masqué par une sérieuse couche de laque psychédélique et une approche libre et enfantine de la chose musicale.

Là où A.R. & Machines s’éloigne des diverses musiques créées par ses contemporains allemands (tels Faust, Guru Guru, NEU! et Kraftwerk), c’est dans la structure de son style: ici, pas de longs jams édités, pas de collages sonores abrupts ni de pièces motoriques. Au mieux, si on insiste sur le jeu des rapprochements, peut-on évoquer certaines pièces de CAN… mais aucun des groupes de son époque n’a utilisé l’effet sonore comme élément du processus de composition comme Achim Reichel, et son focus est inébranlable tout au long de l’album. Des premiers gargouillements cycliques et du riff entraînant des guitares de Globus jusqu’aux jeux vocaux et à la finale sur un son sec de guitare débranchée de As If I Had Seen All This Before, la face A du disque est un chef-d’oeuvre d’unité dans la diversité, qualité souvent recherchée, mais rarement atteinte à ce degré. Plutôt que de donner un sentiment de disjonction, les effets sonores s’unissent au montage un ensemble d’une impeccable cohérence. La fête continue sur la face B, le tout culminant avec la pièce Truth And Probability qui, contrairement aux autres, est un trip atmosphérique de voix naïves, déjantées et déconstruites à outrance, noyées dans un écho électrique qui nous abandonne à la fin, repus et désorientés, aux portes de ce que certains se plaisent à appeler un esprit sain.

Peu importe l’effet qu’aura cet album sur vous et les réactions qu’il ne manquera pas de susciter, Die Grüne Reise a le pouvoir de plaire autant à l’amateur de gadgets sonores qu’à ceux qui veulent s’évader, le temps d’un album, de la sphère du rock convenu et prévisible. Fun garanti.

A.R. & Machines, Die Grüne Reise (1971)

Pour acheter l’album, rendez-vous sur Discogs

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



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