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Publié par le 14 oct, 2014 dans Cinéma | commentaires

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire – Le vingtième siècle en tranches de vie

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Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est l’adaptation du best-seller suédois éponyme publié en 2009. Sorti en 2013, le film de Felix Herngren est l’un des plus lucratifs de la Suède. Ce n’est pas très surprenant, car le récit fourre-tout mélange le burlesque et l’anecdotique, l’histoire mondiale et le road-movie contemporain en demeurant accessible et tout public. L’histoire improbable suit Allan Karlsson, un centenaire grincheux et un peu perdu obsédé par les explosifs, qui, après avoir fait sauter le renard responsable de la mort de son chat, se retrouve dans un hospice. Le jour de son centième anniversaire, il se sauve par la fenêtre, embarque dans un train avec une valise qui ne lui appartient pas, et se fait poursuivre par des gangsters.

Cette randonnée rocambolesque lors de laquelle le vieux bonhomme rencontre plusieurs personnages aussi désinvoltes que lui et tue accidentellement les différents malfrats lancés à sa poursuite, sera interrompue par les événements variés ayant marqué son passé. On découvre alors que sa passion pour les explosifs l’a amené à être maître-démolisseur et qu’il a croisé les plus grandes personnalités historiques comme le président Truman, Staline, et le frère idiot d’Einstein. Sorte de Forrest Gump suédois fusionné à M. Magoo, Karlsson forge l’Histoire à coup de quiproquos et de gaffes, sans jamais s’interroger sur ses motivations ni sur les conséquences de ses actes.

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Credit photo: NICE FLX PICTURES

Cette histoire à construction binaire aurait pu être savamment exécutée si elle ne demeurait pas trop superficielle. Elle aurait gagné à être deux films… ou à rester un roman. On devine que le matériel de base avait bien plus de chair à se mettre sur la dent que cet assemblage de gags qui finissent par lasser. La première demi-heure du récit située dans le présent, l’escapade du centenaire, vaut presque tout le film, par son rythme effréné, son ton pince-sans-rire et ses personnages ébauchés à grands traits. Certaines blagues fonctionnent très bien, en particulier la scène d’évasion du rez-de-chaussée par la fenêtre, filmée en spectacle grandiose. Mais tout cela s’essouffle. Les flashbacks n’éclairent en rien le personnage, en fait ils ne font que le rendre moins intrigant, plus fade.

Contrairement au simple d’esprit incarné par Tom Hanks, Karlsson n’agit pas de telle ou telle manière parce qu’on le lui dit, il le fait parce qu’il le fait, tout simplement. Ses seules motivations sont l’alcool et les explosifs. En cela, on reconnaît le côté enfantin de tout grand personnage burlesque, mais le centenaire ressemble d’avantage à l’étranger de Camus qu’à un inspecteur Clouseau. Il n’est ni idiot ni simple d’esprit, il est le pantin désarticulé d’un scénariste paresseux qui semble ne lui avoir donné comme réflexes moteurs que de se soûler et de faire exploser des choses. Inutile d’avoir des motivations, le destin se chargera de lui faire rencontrer des personnes et des événements importants pour rendre le récit intéressant. Le fascisme, les grandes idées, la guerre froide, tout cela n’est que trivialité, des mises en contextes vides faites pour aller chercher la curiosité du spectateur.

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Credit photo: NICE FLX PICTURES

Certes, l’absence de responsabilité peut engendrer le comique, les plus grands l’ont compris, mais Karlsson n’est ni assez maladroit ni assez sympathique pour être drôle. Le voir trinquer avec Franco après avoir fraternisé avec des républicains fait d’avantage grincer des dents que rire. On peut être irrévérencieux envers l’Histoire, mais il faut l’assumer. Or Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est bien trop sage pour les quelques gags de mauvais goût qu’il entreprend (comme le cri Wilhelm dans un camp sibérien). Le comique ne découle donc que de l’anecdotique, qui finit par lasser au bout d’un certain temps. Robert Zemeckis l’avait quand même fait mieux…et vingt ans plus tôt.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, 114 min.

Réalisation
Felix Herngren

Scénario
Felix Herngren et Hans Ingemansson

Avec
Robert Gustafsson, Iwar Wiklander, David Wiberg

 

À propos de Boris Nonveiller


Sans se douter à quoi cela l’engagerait, Boris Nonveiller naquit en 1984 partageant l’année de naissance de multiples chef-d’œuvres tels Once Upon a Time in America, Terminator, Les Aventures de Buckaroo Banzai, Stranger Than Paradise, Paris Texas, Conan le destructeur, This is Spinal Tap, sans oublier les premières œuvres des frères Coen et de Lars Von Trier. Cette parenté accidentelle, ainsi que ses presque moins accidentelles études en philosophie, littératures et cinéma, l’auront destiné à se passionner pour les sommets et les bas-fonds des productions cinématographiques anciennes, mais aussi contemporaines. Amateur d’analyses pertinentes et de sur-interprétations ludiques, il écrit également des critiques de cinéma et de théâtre pour le webzine Les Méconnus.



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