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Publié par le 9 oct, 2014 dans Cinéma | commentaires

Qu’est ce qu’on fait ici – Le deuil, en bonne humeur

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On aime tellement encourager le cinéma québécois, que quand  un film se trouve digne de nos louanges, on semble oublier tous les autres. Ainsi en est-il de Mommy et de son succès (mérité) qui est sur toutes les lèvres depuis sa sortie, il y a presque un mois. L’incroyable prestation de Tu dors Nicole a, on dirait, quitté la mémoire de tous. Et que faire des films sortis dans la foulée de Mommy, qui sont beaucoup plus discrets, mais, qui ont quand même quelque chose à dire? Il est à craindre que des œuvres comme Qu’est-ce qu’on fait ici? passeront relativement inaperçues. Pourtant, Julie Hivon n’est pas un deux de pique. Son film précédent, Tromper le silence, s’était fait beaucoup plus remarquer lors du FFM. Bien que très différents dans le traitement, les deux films se complètent bien, comme deux profils très différents d’un même visage.

Tel son plus vieux frère, Qu’est qu’on fait ici? s’attarde au quotidien de plusieurs individus essayant de surpasser les traumatismes qui les hantent. La grande différence, c’est qu’ici, le processus est présenté avec une surprenante bonne humeur. C’est un film d’été interrompu dès le début par une tragédie qui marque ses protagonistes. Cinq amis qui commencent leur carrière, ou la retardent le plus longtemps possible, s’apprêtent à passer un été doux, sans soucis, lorsqu’un d’eux meurt brusquement dans un accident de route. Les autres en viennent à s’interroger sur la cause de la mort – est-ce véritablement un accident, ou un suicide? – et sur leur avenir personnel. Chacun vivra la mort de leur ami Yan comme une remise en question.

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Alors qu’on suit chacun des quatre membres de la bande, le deuil revêt plusieurs visages: se perdre dans les relations sexuelles sans fond, reconquérir une ancienne flamme, chercher un sens à sa vie en aidant les autres, ou se laisser déchoir dans l’auto-apitoiement et la misère. Il y a autant de formes de deuil que d’endeuillés. Ce qu’on oublie souvent, et que Julie Hivon tente de nous rappeler, ce sont les conséquences positives que peut amener la perte d’un être cher. Ça peut sembler étrange, voir morbide, mais, c’est parfois le choc nécessaire dont on peut avoir besoin pour se sortir d’une torpeur passive. Ce point de vue est ce qui maintient le film du coté « rose » de la vie, malgré les remises en questions, les malheurs et les déchéances que vivent les personnages. La musique joyeuse, les ralentis, les travellings qui font très « clip », bref, tout le coté quétaine assumé du film contraste avec la thématique sombre du sujet.

Le développement des personnages permet une telle ambiguïté tonale : ce ne sont pas des veuves éplorées, ni des débauchés errant sans but. Ce sont des êtres humains qui étaient perdus depuis un certain temps, et qui le découvrent enfin. La plupart des acteurs ont de quoi se mettre sous la dent et font une démonstration très juste de leurs talents, en particulier Joëlle Paré-Beaulieu, Maxime Dumontier et Frédéric Millaire Zouvi, qu’on aurait aurait souhaité voir un peu plus longtemps. Il est juste dommage que Sophie Desmarais soit cantonnée dans un personnage quelque peu unidimensionnel : la blonde qui vient de perdre l’être cher et qui se retrouve dans un no-man’s land émotionnel.

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Le film permet une autre manière de voir le mal de vivre. Comme dans Tromper le silence le quotidien est vu comme une épreuve, mais, ici, il est aussi  une seconde chance, un changement de direction, un renouvellement. Loin de la flamboyance et de la puissance dramatique de Mommy, Qu’est ce qu’on fait ici? est un film qui vaut la peine d’être vu, ne serait-ce que pour son changement d’air. Pris à part, on peut le voir comme un feel-good movie à propos du deuil, qui, malgré une fin un peu convenue, réussit à attendre son but. Dans la cinématographie de Julie Hivon, c’est une addition au style rafraîchissant d’une auteure québécoise à suivre.

Qu’est ce qu’on fait ici, 97 min.

Scénario et réalisation
Julie Hivon

Avec
Sophie Desmarais, Maxime Dumontier, Joëlle Paré-Beaulieu,
Charles-Alexandre Dubé, Frédéric Millaire Zouvi, Guylaine Tremblay

À propos de Boris Nonveiller


Sans se douter à quoi cela l’engagerait, Boris Nonveiller naquit en 1984 partageant l’année de naissance de multiples chef-d’œuvres tels Once Upon a Time in America, Terminator, Les Aventures de Buckaroo Banzai, Stranger Than Paradise, Paris Texas, Conan le destructeur, This is Spinal Tap, sans oublier les premières œuvres des frères Coen et de Lars Von Trier. Cette parenté accidentelle, ainsi que ses presque moins accidentelles études en philosophie, littératures et cinéma, l’auront destiné à se passionner pour les sommets et les bas-fonds des productions cinématographiques anciennes, mais aussi contemporaines. Amateur d’analyses pertinentes et de sur-interprétations ludiques, il écrit également des critiques de cinéma et de théâtre pour le webzine Les Méconnus.



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