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Publié par le 30 sept, 2014 dans Musique | commentaires

Vous avez dit afrobeat? Trouvailles musicales sud-africaines (djembé-free)

afrique du sud

J’entends afrobeat et je pense à un djembé. Pire, à des centaines de djembés réunis vous-savez-où un dimanche d’été. Et à des colliers tissés en chanvre. Bref, disons pour être polie que le terme provoque chez moi comme un léger malaise.

Mis à part les Fela Kuti, Miriam Makeba et autres Alpha Blondy, qui sont indissociables d’une certaine esthétique de l’Afrique, il me semble que très peu de ce qui sort de la jeune scène underground africaine se rend jusqu’ici. Chaque semaine dans le cadre de l’émission Capitaine, nous nous donnons pour objectif de diffuser de la musique populaire d’un peu partout dans le monde. Cet exercice m’amène à passer d’innombrables heures à parcourir des pages Soundcloud et à découvrir des artistes émergents dont la musique ne se rendrait jamais à nos oreilles nord-américaines sans le Web 2.0. Ce sont mes découvertes sud-africaines que je vous livre ici.

 

F∆nt∆sm∆

Composé entre autres du rappeur, producteur et designer graphique Spoek Mathambo et du producteur et ingénieur sonore DJ Spoko, Fantasma est un groupe nouvellement formé qui dit mêler electronica, hip-hop, psych-rock, musique traditionnelle zouloue et shangaan électro (un style musical né au début des années 2000 dont aucune pièce n’est plus lente que 150 pulsations/minute).

Artiste multidisciplinaire dont la musique est qualifié de « township-tech », Spoek Mathambo est également co-producteur du documentaire musical Future Sounds of Mzansi, un film dans lequel il a voulu explorer le paysage électro sud-africain. Afin de promouvoir les artistes qui figurent dans le documentaire, Fantasma alimente régulièrement sa série Future Sounds of Mzansi sur Soundcloud; on peut écouter ou télécharger leur premier mix ici :

Le premier EP de Fantasma, Eye Of The Sun, sera lancé le 10 novembre prochain; le groupe a déjà annoncé qu’il sortirait son premier album au début de l’année prochaine et qu’il profiterait de l’occasion pour faire une tournée en Europe et en Afrique.

 

John Wizards

Ayant également subi l’influence du shangaan électro, Johh Wizards est un groupe originaire du Cap dont les mélodies rappellent un peu Johnny Clegg (voire Vampire Weekend), mais avec une touche de jazz, des rythmes décalés, différentes couches sonores et des influences multiples. En même temps la simplicité des mélodies rappelle la plage – les surfers du Cap écoutent probablement du John Wizards.

John Wizards est un jeune groupe, mais il a déjà une esthétique définie; c’est le dessinateur Sebastian Borckenhagen qui est en charge de la facture visuelle du groupe. C’est aussi lui qui a réalisé le vidéoclip de la chanson Muizenberg, tirée de leur album homonyme paru en septembre 2013:

 

Cutting Gems

Jeremy Bishop alias Cutting Gems est un DJ et producteur originaire de Londres mais qui a grandi au Cap et qui y fait maintenant carrière. Sa musique ressemble à de la synthpop avec des accents de soul, de RnB et d’electronica. Ses motifs répétitifs ont quelque chose de vaporeux et de vaguement hypnotisant, comme en témoigne son premier vidéoclip tiré de la chanson Tonight/Baby :

Cutting Gems ne chante pas (ça viendra peut-être, dit-il) : la voix dans Tonight/Baby est tirée d’un échantillonnage de la chanson U d’Ashanti. Son EP éponyme, sorti en mars de cette année sous le collectif multidisciplinaire Naas, est disponible gratuitement sur Soundcloud et Facebook.

 

OkMalumKoolKat

De son vrai nom Smiso Zwane, OkMalumKoolKat est un rappeur multilingue (zoulou, anglais et afrikaans) originaire de Durban et membre du duo hip-hop expérimental Dirty Paraffin. Son premier EP, Holy Oxygen, est paru le 11 août dernier et est résolument hip-hop, même si l’artiste avoue avoir des influences jazz et kwaito.

À la fois inquiétant et fascinant, le vidéoclip de la chanson Allblackblackkat, réalisé par le photographe de Johannesburg Chris Saunders est une adaptation surréaliste d’un rituel zoulou de purification qui se tient avant les funérailles d’un proche. Côté parenté musicale, on fait avec les références qu’on a, et les miennes sont nord-américaines… Sans vouloir réduire la musique d’OkMalumKoolKat à un pendant occidental, ça rappelle du bon Missy Elliott, mais en vraiment plus Voodoo.

 

Où sont les femmes?

Comme c’est le cas à peu près partout, quand on parle des artistes féminines dans les grands médias, c’est souvent pour souligner le magnétisme de leurs charmes féminins, voire la fermeté de leur derrière. Même les plus déjantées n’y échappent pas; une brève recherche sur Yo-Landi Vi$$er, l’étrange chanteuse/rappeuse/chaton qui miaule de Die Antwoord, devrait d’ailleurs suffire à vous convaincre (ou à vous inquiéter) de la fixation que font certains internautes sur son corps.

Bien que la scène musicale sud-africaine compte beaucoup de chanteuses, c’est justement au statut d’interprètes que semblent confinées la plupart de ces artistes; sauf de rares exceptions, les postes de producteur, de réalisateur ou même d’instrumentiste sont occupés par des hommes (la situation québécoise n’est pas vraiment plus reluisante… mais ça fera peut-être l’objet d’un prochain billet).

Bien qu’on ne puisse pas à proprement parler de musique émergente puisqu’elle est sous contrat avec Sony Africa et qu’elle a déjà gagné trois prix au dernier gala des South African Music Awards, Toya Delazy est une auteure-compositrice-interprète en marge de beaucoup d’autres artistes de musique populaire contemporaine.

Pianiste jazz originaire de la province du KwaZulu-Natal et issue de la royauté zouloue, Delazy qualifie sa musique de « J.E.H.P. » (un acronyme pour « jazz-electro-hop-pop ») et dit être inspirée entre autres par Radiohead, Tracy Chapman, Regina Spektor, Nirvana et Skrillex. Elle se distingue aussi par son style vestimentaire (qui fait d’elle un genre d’enfant illégitime de MC Hammer et de Grimes), ainsi que par son refus de tomber dans la sexualisation de son personnage public.

Ascension, son second album (qu’elle a co-produit), sera lancé le 28 octobre prochain; le premier extrait, Forbidden Fruit, débute avec une référence gospel avant de verser dans une électro-pop qui à certains moments penche dangereusement vers le dancehall.

Pour ceux et celles qui seraient en mesure de s’y rendre, Toya Delazy donnera son premier spectacle nord-américain à New York, au célèbre Apollo Theater de Harlem le 10 octobre prochain.

À propos de Marie-Eve Lefebvre


En ordre chronologique, Marie-Eve Lefebvre a été religiologue, spécialiste de Bollywood, puis charpentière-menuisière avant de tâter le terrain du côté du journalisme et de l'animation radiophonique. Elle garde bon espoir de trouver un jour le fil conducteur de sa vie et poursuit désormais des études doctorales en communication.



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