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Publié par le 26 sept, 2014 dans Cinéma | commentaires

Tante Hilda! le retour aux racines

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« Aujourd’hui on a l’impression que tout est possible. On invente une solution qui a une faille. Alors, on invente quelque chose pour combler la faille. Et ainsi de suite. On est dans une fuite en avant où la science, la recherche, le génie humain doit tout résoudre. Alors qu’il faudrait parfois revenir un peu en arrière pour prendre une autre direction. »

Jacques- Rémy Girerd, Agra presse

Ce printemps, le studio français Folimage présentait Tante Hilda!, une nouvelle fable écologique de Jasques- Rémy Girerd (après La Prophétie des grenouilles et Mia et le Migou) et Benoît Chieux, qui passa plutôt inaperçu au Québec. Pourtant, ce film est tout à fait digne d’intérêt tant pour la qualité de sa production que pour la polémique qu’il a déclenchée à sa sortie en France. Heureusement, le Festival International d’Animation d’Ottawa lui a donné la chance de briller sur ses écrans.

Tante Hilda! met en scène une histoire simple et comique par son exagération. Cette dernière, botaniste et fervente militante anti OGM, s’oppose à une compagnie multinationale sans scrupule, qui vient tout juste de mettre sur le marché une nouvelle céréale révolutionnaire dont l’adaptation au milieu naturel est pour le moins incertaine. Hilda est aidée par un scientifique repentant, anciennement à la tête du laboratoire de recherche de la multinationale, dans sa quête visant à contenir les dégâts apocalyptiques causés par la nuisible plante.

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La simplicité du scénario dénote du fait que le film s’adresse principalement à un public enfantin. D’ailleurs, en référence à la controverse ci-haut mentionnée, l’unilatéralité des propos de Jasques- Rémy Girerd lui fut ardemment reprochée par Eddy Fougier dans la revue web Atlantico. Girerd lui répondit par une lettre ouverte dans AlloCiné dont voici un extrait :

« Le lobby agroalimentaire industriel est toujours prêt à dégainer et monter au créneau à la plus petite alerte, même contre un dessin animé. Pourtant, le flou entretenu autour de ces techniques et le refus de toute expérimentation sérieuse sur la santé des humains sont insoutenables. » (Source: http://goo.gl/Oa7XVr)

En effet, si la trame semble manquer de nuance, elle ne parait pas si loin de la réalité, ne serait-ce que dans l’avidité de Dolorès. Ce personnage dirigeant la multinationale tente à chaque revirement de situation de développer un nouveau marché et de s’enrichir sans aucun scrupule envers les conséquences écologiques de son nouveau produit. La corruption totale du président par cette dernière, qui achète sa collaboration et le contrôle presque entièrement, est non sans rappeler la collusion bien réelle liant trop fréquemment le gouvernement aux industries, au dépend des citoyens et de l’environnement.

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L’écologie et le cinéma d’animation marchent depuis longtemps main dans la main. Depuis L’Homme qui plantait des arbres en passant par les magnifiques films de Miyazaki, il ne semble pas se passer un festival de film d’animation sans que n’y soit présenté un film vert. On peut questionner la portée d’une animation écologique. À qui peut bien bénéficier un cinéma pro nature présenté à un public déjà majoritairement gagné à la cause dans un festival d’animation…? Y a-t-il une chance que le dirigeant d’une grande compagnie céréalière puisse voir le film et soudainement réaliser : « Tiens c’est bien vrai, je devrais cesser de produire des OGM »? Mais Tante Hilda!, qui s’adresse en grande partie aux enfants, vise plutôt une sensibilisation au sujet des OGM, menant à une progression à long terme dans les mœurs sociales. Ainsi, le processus de distribution du film a mis de l’avant son caractère éducatif.

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Il faut mentionner le style magnifique des dessins de Tante Hilda! qui ont été effectués à la main selon des techniques d’animation classique. Ce côté « retour aux racines », rappelant le propos même du film, fait véritablement plaisir à l’œil, las de se contenter de rendus numériques dont l’aspect uniforme pullule sur nos écrans (surtout télé et web) pour satisfaire les exigences d’un marché toujours plus rapide. L’esprit peut enfin se repaître d’un trait fin qui s’allie à de sublimes arrière plans en lavis colorés. On pourrait prendre n’importe quelle image de ce film et en tirer un tableau digne d’être exposé au mur. L’animation est assurée par la plume de véritables artistes du mouvement et les personnages sont dotés d’une rare expressivité. Tout en questionnant un archétype social capitaliste et inconséquent, Tante Hilda! vous emporte avec un rythme endiablé dans une fable qui célèbre la vie et la nature.

Site officiel du film

En savoir plus sur l’utilisation des OGM au Québec

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