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Publié par le 23 sept, 2014 dans Musique | commentaires

Moodoïd: une aventure musicale signée Pablo Padovani

Depuis quelques semaines, le monde de la musique indé en France ne jure que par Moodoïd, une jeune formation menée par le très talentueux Pablo Padovani.

OK_MOODOÏD_full band mountain_landscape (c) 2014 FIONA TORRE

Un premier EP, paru en septembre 2013 et réalisé par Kevin Parker de Tame Impala, promettait déjà de bien belles choses. (Je sais… on s’emballe parfois un peu vite dans notre milieu. Mais ce mini-album avait déjà un p’tit quelque chose qui faisait saliver.) C’est donc avec un certain intérêt, pour ne pas dire un intérêt certain, qu’on attendait la parution du premier album complet.

Le cataclysme s’est produit en août. En France, Le monde Möö, a reçu un accueil frôlant le dithyrambe. Et franchement, après écoute, on comprend pourquoi.

Imaginez une forêt luxuriante, colorée et très dense. Ça déborde de textures et d’odeurs. Dans cette forêt, tout est possible, rien n’est tabou. Mais attention, la randonnée n’y est pas de tout repos. Les sources de stimuli sont si nombreuses et variées que votre cerveau se met rapidement à surchauffer. Vos sens sont saturés, vous avez la tête qui tourne. Un mince filet de fumée s’échappe de vos oreilles. Mais, pour une raison obscure, vous en redemandez.

Bienvenue dans l’univers néo-psychédélique-électro-world de Pablo Padovani, alias Moodoïd.

Un talent nommé Pablo

D’abord, faisons les présentations. Pablo Padovani, dans la mi-vingtaine, a d’abord été guitariste pour la formation Melody’s Echo Chamber. Fait intéressant et pas anodin, Pablo est aussi le fils du jazzman Jean-Marc Padovani, connu pour ses explorations musicales et son style métissé d’influences maghrébines et de rythmes flamenco. Papa collabore d’ailleurs à l’album de fiston. La pomme n’est pas tombée bien loin de l’arbre, si vous voulez mon avis.

Pablo aime les années 80, c’est indéniable. Côté look, il emprunte sans aucune retenue à l’esthétique glam-androgyne de David Bowie. Cet «hommage» se ressent aussi dans la musique de Moodoïd.

C’est là que l’analyse se corse. Il serait réducteur (et faux) de dire que le jeune Padovani n’est qu’un simple imitateur. Nous sommes plutôt en face d’un jeune musicien qui connaît ses classiques et qui se fait un malin plaisir à les triturer ou, pour employer un mot à la mode, à les «déconstruire».

La liste de ses sources d’influence est si longue que je ne me risquerais pas à vous en faire une énumération exhaustive. D’ailleurs, si vous voulez jouer à un jeu semi-intello avec vos amis mélomanes, glissez le disque de Moodoïd dans un lecteur et amusez-vous à citer toutes les références-citations-influences que vous entendez. Des heures de plaisir.

OK_MOODOÏD_Pablo Padovani solo (c) 2014 FIONA TORRE

Ne boudons pas notre plaisir, voici quelques-unes des réponses que j’aurais données à notre petit jeu. On note sans hésiter le rock progressif d’Emerson Lake and Palmer et de Gentle Giant, le new wave de Joy Divison, le sexy-baba-cool d’un Arthur H, la pop-synthé-bleu-fluo des années 80…

Et bien sûr, on pense à Malajube. Au Québec, la comparaison est inévitable: même goût pour les textes flous, les ambiances planantes et les orchestrations denses. Mais la voix de Julien Minot est plus jolie que celle de Pablo, surtout dans les aigus. C’est peut-être pour cette raison que Padovani s’est entouré d’un quatuor de voix féminines.

Moodoïd parvient à fusionner les timbres synthétiques des claviers des années 1980, aux timbres boisés et naturels des instruments à cordes, oud et saz (genre de luth originaire de la Turquie). Padovani injecte aussi une bonne dose de sexe dans Le monde Möö (prononcer «mou») grâce à des textes parfois coquins et de longs solos de saxophone à faire pâlir de jalousie un certain Kenny G.

 

OK_ MOODOÏD_Full band_pink background_vertical (c) 2014 FIONA TORRE

 

Étourdi(e)? Il serait normal de l’être un peu. Tant de références peuvent-elles cohabiter avec harmonie? Je vous répondrai un gros «noui». La plus grande partie du disque est une belle réussite. La magie opère, on est sous le charme, on se vautre dans cet univers enchanté et bizarroïde.

Mais ce tsunami d’idées musicales donne aussi le tournis. La réalisation de Nicolas Vernhes (Deerhunter) réussit heureusement à créer une certaine unité, ce qui est en soi un tour de force.

Façonner le «son» Moodoïd n’a sûrement pas été de tout repos. L’exercice n’est pas encore tout à fait complété. Le tableau est encore un peu brouillon, un peu too much, comme diraient nos amis français .

Mais l’aventure ne fait que commencer. On vient à peine de mettre le pied dans la clairière. Et on ne veut pas rentrer à la maison, pas tout de suite. Vivement une autre randonnée dans la forêt Moodoïd.

Et tant qu’à faire dans le «trop», laissez-moi conclure par cette métaphore culinaire: si Moodoïd était un restaurant, il serait un buffet. Mais un buffet 5 étoiles. À vous de vous servir la portion qui vous convient. (S’cusez-la.)

 

À propos de Katerine Verebely


Curieuse culturelle à temps plein.



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