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Publié par le 19 sept, 2014 dans Musique | commentaires

Vieux classiques vintage #1. Rock, électricité et science-fiction: Electric Ladyland, Jimi Hendrix (1968)

electric-ladyland

À lui seul, le titre fait rêver et invite à suivre Jimi Hendrix dans les confins de sa créativité et de tout ce qui a construit son mythe. On débarque dans un monde où psychédélisme et science-fiction font bon ménage, unis par l’électricité sauvage du rock et ce côté vaguement sexy qui semble s’accrocher à tout ce que faisait ce guitariste de légende.

Pour emmener l’auditeur dans son univers, Hendrix, bien qu’ayant un album double en main (le vinyle contient deux disques, réunis en un seul pour la version CD), n’a pas joué la carte de l’album-concept alors en vogue suite à Pet Sounds des Beach Boys et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles. Electric Ladyland tire plutôt sa cohérence de sa seule unité de style, preuve que le musicien, malgré son jeune âge avait une idée précise du son qu’il recherchait et était en parfait contrôle de ses idées et de leur mise en musique. Ceci ne signifie pas qu’il était plus rigide ou qu’il avait trouvé une méthode miracle (voire sécuritaire) de composition pour se faciliter la vie et produire des chansons à la chaîne, car au contraire, Electric Ladyland n’est pas de ces albums enregistrés en un jour sur un coup de génie (ou de chance). Il a plutôt fallu de longs mois pour enregistrer le tout, Hendrix étant un perfectionniste notoire en studio, et plusieurs musiciens extérieurs au groupe, comme s’il cherchait à déborder des frontières de l’Experience, à repousser encore davantage les limites de son propre protocole expérimental. Cette volonté exploratoire lui coûtera son producteur, qui claque la porte rapidement et laisse, du coup, la chance à Hendrix de devenir producteur de son propre album. Le résultat, intime et grandiose, sonne comme s’il faisait ce qu’il voulait faire, hors de portée de ce qu’un producteur pourrait exiger. En bref, c’est là du pur Jimi Hendrix, et le fait qu’il est le seul maître à bord est bien perceptible – on ne l’en suit qu’avec plus d’enthousiasme.

On a donc une somme des deux précédents albums de l’Experience, le son plus léché et les structures pop de Axis:Bold As Love se superposant au côté lourd et acide de Are You Experienced?, mais Electric Ladyland a un atout en plus  : le montage, signé Eddie Kramer et Hendrix, et des effets sonores entièrement nouveaux à l’époque – et utilisés ici avec goût, au service de la musique plutôt qu’à son détriment. Autrement dit, une utilisation du studio comme partie intégrante du processus créatif et de composition. On le sent dès le départ avec << And The Gods Made Love >>, entièrement constituée de sons traités au point de sonner complètement irréels, question d’apprécier encore plus la douceur de << Have You Ever Been (To Electric Ladyland) >>. Viennent ensuite le rock enjoué de << Crosstown Traffic >> et le jam blues << Voodoo Chile >>, avant de tomber sur la face B, plus pop/rock, mais le véritable génie de Hendrix se révèle dans << 1983 … (A Merman I Should Turn To Be) >> . On parle ici d’une pièce à la fois glorieuse et inquiétante, d’une fresque sonore d’un monde déchiré par la guerre et d’une utopie au fond de la mer, une sorte d’Atlantide onirique dont l’illusion ne saurait durer. Cette chanson résume à elle seule la puissance de l’imagination de Hendrix et les prouesses de Eddie Kramer, qui lui ont permis de créer cette pièce qui amène le rock psychédélique au rang de grand art  : si une pièce est à prendre au sérieux sur Electric Ladyland, c’est celle-ci. Reste la dernière face, qui marque un retour à des structures plus rock dans << Still Raining, Still Dreaming >> et la guitare pyrotechnique de << House Burning Down >>. L’album s’achève avec la reprise célèbre de << All Along The Watchtower >> et la furie électrique de << Voodoo Child (Slight Return) >>, deux pièces marquantes dans le canon du rock et emblématiques de leur époque.

Peu importent les raisons pour lesquelles on connaît Jimi Hendrix et tout le mythe qui l’entoure; Electric Ladyland transcende totalement le rocker extravagant qu’on connaît, et c’est ce qui en fait un album de la plus haute importance  : sa liberté, sa créativité et son authenticité auront rarement été autant mis de l’avant dans un album de musique dite populaire, et il continue d’inspirer de résonner en nous quelque quarante-cinq ans plus tard. Un tour de force, rien moins!

Jimi Hendrix, Electric Ladyland (1968)

Pour acheter le CD, rendez-vous sur Discogs

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



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