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Publié par le 5 sept, 2014 dans Arts visuels, Entrevues | commentaires

ENTREVUE. Collectif blanc: inventivité, indépendance et passion. Quand l’imprimé inspire un nouveau modèle de curation.

Ça fait un moment que je suis de près le travail de Collectif Blanc, cette plateforme curatoriale indépendante lancée par Marie Tourigny et Catherine Métayer. Les deux filles ont de l’énergie à revendre, des idées qui se renouvellent sans cesse et une passion pour la création qui se sent et se voit. Comment? Entre autres, par leur implication dans ce projet emballant qui redonne à l’imprimé ses lettres de noblesse, dans un monde où tout est, pour beaucoup, virtuel. J’ai décidé d’envoyer quelques questions à ces inspirantes créatrices qui ont eu la gentillesse de répondre à celles-ci, malgré le jus total dans lequel elles sont actuellement avec la troisième édition de leur projet. (Pour les détails, voir en bas de page)

CB-Edition florale-Évènement 02

Si vous pouviez me décrire Collectif blanc en une seule phrase, vous diriez quoi? 

Collectif Blanc est une plateforme curatoriale qui explore les nouvelles vagues d’édition et de design imprimés.

D’où est né le désir de créer Collectif blanc? Est-ce que c’est pour pallier à un manque de visibilité généralisé dans le milieu de l’imprimé? 

Notre rencontre à toutes les deux s’est faite autour de l’amour de l’édition et de l’imprimé, et l’envie d’en faire la promotion. On voit le médium changer, et une panoplie de petites initiatives imprimées fascinantes émerger ici et à l’étranger. Selon nous, elles sont à l’avant-plan de ce que le médium va devenir, de la transformation qu’il subit, mais elles ne reçoivent malheureusement pas de visibilité. C’est le sujet auquel Catherine a dédié sa thèse de maîtrise en édition à Londres l’an dernier. Et pour Marie s’ajoute aussi un intérêt marqué pour le développement de public autour de la notion de design au Québec. Selon elle, le design graphique mérite d’être reconnu comme une discipline artistique à part entière et gagnerait à être mieux représenté auprès du public. Il est aussi, selon nous deux, l’élément clé de la durabilité de l’édition imprimée!

Crédit: Annie Descoteaux

Crédit: Annie Descoteaux

Ou simplement un désir de créer et d’avoir une certaine liberté d’action?

C’est un aspect très important! On se donne une grande liberté d’action de par le modèle flexible de « plateforme » qu’on s’est donné. Cela est motivé par notre constat de la crise actuelle des structures traditionnelles dans les milieux de l’art contemporain et de l’édition. Selon nous, c’est le modèle qui est en crise et non pas le médium imprimé lui-même. Il faut repenser nos modes de production et de diffusion parce qu’on est plus outillés que jamais pour faire les choses différemment.

La création en collectivité, ça se passe comment?

Vraiment bien, d’autant plus qu’on va chercher des gens qui nous complètent. Depuis la belle gang de notre C.A., aux artistes que l’on diffuse jusqu’à nos partenaires dans les expositions, on trouve que la collaboraboration nous donne des ailes et nous permet d’explorer de nouveaux horizons. C’est exactement ce qui s’est passé avec Garçon Fleur, qui nous a fourni le thème de notre commissariat pour l’Édition florale, et avec qui on a pensé la mise en espace des publications autour des fleurs. Aussi, le studio L’abricot, qui viendra tester des nouvelles techniques d’imprimerie sur place, et les designers d’Objets mécaniques qui nous construisent des supports personnalisés pour cette exposition. On est bien servies!

Trouvez-vous que les possibilités de curation et de commissariat à Montréal ne sont pas satisfaisantes? Comment trouvez-vous le milieu (commissariat, arts visuels, design, etc.) en général? Les milieux du design et de l’imprimé à Montréal, vous les décririez comment? (Vivants? Effervescents? Plates? Actifs? Originaux? etc)

Nous ne nous sommes jamais réellement penchées sur la question. Nous opérons de manière indépendante de ces milieux. L’édition et le design graphique imprimés n’ont pas encore réellement de place dans les milieux de l’art et du design. On a eu envie de créer ce pont, d’inventer une plateforme.

Flower Designer (Japon)

Flower Designer (Japon)

Alors que la curation web bat son plein, vous vous tournez vers l’objet, vers l’imprimé. C’est important pour vous ce côté tangible, ce contact avec le matériel? C’est un choix qui s’est fait naturellement?

Pour nous, la curation web c’est un outil que nous utilisons pour communiquer au quotidien sous la forme d’un blogue d’inspirations. Mais ce qu’on cherche à créer ultimement c’est la rencontre. La rencontre et la découverte des nouvelles formes de l’imprimé, de sa tactilité et du plaisir de son immersion, mais aussi la rencontre entre nouveaux publics, artistes, libraires, éditeurs, illustrateurs, designers et auteurs. L’imprimé renaît en force, avec des qualités artistiques plus fortes que jamais, et il devient par le fait même un symbole de « slow culture », d’authenticité et de créativité, et un tremplin idéal pour la collaboration et l’émergence d’une nouvelle collectivité.

Quel est l’impact concret pour les artistes qui y participent? 

De la visibilité et de la reconnaissance, mais aussi l’opportunité de créer en dehors des standards et d’expérimenter autour de thématiques particulières. Aussi, comme on a toujours des invités spéciaux étrangers, c’est aussi l’occasion de créer des liens. Et bientôt, nous enverrons un premier showcase québécois au studio parisien Frenchfourch. Nous aspirons à faire connaître les créateurs québécois à l’étranger.

Karl Blossfeldt

Karl Blossfeldt

Exposer dans des cafés, des lieux publics, dans des boutiques, est-ce important pour vous de sortir de l’institution? Ou c’est plutôt simplement des lieux qui vous inspirent? 

C’est vraiment le nerf de la guerre. On souhaite sortir du carcan élitiste de l’art, et montrer que la mise en espace d’exposition est possible partout, même dans la rue. On s’associe beaucoup à l’art de rue, et à l’idée que la mise en espace doit faire partie du commissariat, qu’elle peut créer une sorte de magie et stimuler la rencontre.

Notre exposition zine et illustration s’est voulue très spontanée et colorée, alors on s’est installés en pop-up dans un café. Cette édition florale demandait plutôt à être en extérieur, tout en recréant l’atmosphère d’un marché de fleurs. Et notre prochaine exposition, sur le thème de la typographie, sera aménagée dans un espace de galerie industrielle.

Même si cela semble contradictoire à première vue, on espère d’une part élever le design et l’édition au niveau de l’exposition d’art, tout en les gardant accessibles, conviviaux et démocratisés. C’est sur cette délicate frontière que nous souhaitons oeuvrer. Parce que ce sont des milieux où professionnels et amateurs se côtoient et où la culture du DIY et de la collaboration est proéminente. Aussi, on le voit bien avec des initiatives comme le Marché des possibles et le Village éphémère, les créateurs, les entrepreneurs et le public ont envie de se côtoyer et de s’entraider, tous milieux confondus, et de faire les choses hors des sentiers battus.

Dans vos rêves les plus fous, vous feriez quoi comme projet avec le collectif? (imaginons qu’il n’y a ni contraintes de temps, de matériel, de lieu, d’argent, etc.) Arrivez-vous à couvrir vos frais ou le bénévolat y est pour beaucoup dans la réussite du projet? 

On a déjà les deux pieds dans notre rêve le plus fou! Mais disons qu’on aimerait avoir un budget pour pouvoir s’y dédier à temps plein et pouvoir commissarier des oeuvres, s’investir dans un lieu physique de travail, lancer des invitations à des collaborateurs étrangers, expérimenter avec différentes technologies d’imprimerie et créer une publication collective. Mais ça viendra! En attendant, on fait tout bénévolement et on utilise l’argent des petites commissions qu’on se prend sur les ventes pour couvrir les frais d’organisation, en tricotant un plan d’affaires entre les expositions. Aussi, il faut lever notre chapeau à Papa Tourigny, qui est notre fan no.1, toujours là pour nous épauler, jusqu’à ce qu’on vole bientôt de nos propres ailes!

À propos 

Collectif Blanc est une plateforme curatoriale faisant la promotion des nouvelles formes d’édition et de design imprimés d’ici et d’ailleurs, qui s’articule surtout autour du commissariat d’expositions (thématiques, ponctuelles et itinérantes), à la jonction de l’exposition d’art et du marché pop-up, et d’un blogue d’inspirations quotidiennes. Fondée en 2013 par Marie-Ève Tourigny (design graphique) et Catherine Métayer (éditrice).

L’Édition florale, les 13, 14 et 21 septembre 2014

Évènement Facebook 

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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