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Publié par le 1 sept, 2014 dans Entrevues, Musique | commentaires

ENTREVUE. Julien Mineau et Fontarabie: créer pour soi

Dans le cadre du FME, j’ai pu rencontrer Julien Mineau, celui derrière le projet Fontarabie et, évidemment, ancien leader de Malajube. Ce qui m’intriguait? La notion d’art pour l’art qu’il a abordé dans plusieurs entrevues données auparavant. Et aussi ce besoin de créer plus lentement, sans le stress. Des choses bref, qui font écho à notre propre réflexion en tant que média. C’est un gars fort sympathique que avec qui j’ai discuté de création.  Et de se donner le droit de créer pour soi. 

album-cover-1

Une des premières choses qui m’a marquée en allant lire des entrevues que tu as données, c’est que l’idée de lenteur revenait souvent et aussi du stress de créer sous pression.  Par contre, c’est loin d’être un choix populaire et fréquent… Est-ce que tu t’es fait dire que c’était un peu fou, un peu weird?

Ouais, c’est pas vendeur. En fait, j’avais pas de plan à part de faire de la musique, j’avais besoin de me reposer et de vivre des choses plus relaxes, essayer d’avoir une vie normale.

C’était un besoin avant tout donc…

Je pense que oui. Et surtout, je pouvais me le permettre. Ça faisait comme 10 ans qu’on roulait, on roulait, on roulait (Malajube). Et on était tous contents d’arrêter, les autres gars avaient des projets aussi, alors c’était bien correct. Mon projet c’était pas voulu que ça devienne ça. Je sais que je voulais pas avoir de synthétiseurs, je voulais retrouver des sons normaux, plus « naturels », alors je me suis ramassé à rencontrer des musiciens : un violoncelliste, un tromboniste, etc. Ça a viré orchestral, mais quand je réécoute l’album, je le trouve pas si orchestral que ça. Le spectacle à la PDA, ça c’était vraiment classique.

Tu vois pour ma part, quand j’ai écouté l’album, je me suis passée la réflexion qu’avec des albums comme celui-là (que je trouve quand même pas mal orchestral) ou celui du groupe Forêt, ou encore Philippe B avec ses Variations Fantômes par exemple, on était peut-être en train d’embarquer dans un style dream pop au Québec. Ou c’est nous les journalistes qui ressentent trop le besoin de catégoriser… (rires)

Je sais pas, j’ai jamais vraiment mis de nom là-dessus. Et j’ai aussi fait quelque chose comme 50 chansons pour ce projet-là, alors il y avait du pop, du métal. C’est vrai que le résultat c’est une musique assez lente, avec des mélodies, y’a même de l’opéra quasiment! (rires)

Oui d’ailleurs, je pense à la pièce « Forcer à quitter » qui est très épique, ampoulée…

Et il y a un thème qui revient dans presque toutes les chansons aussi…

Et c’est hyper narratif, y’a comme une histoire qui se raconte…

Sans qu’on puisse la comprendre….

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J’entendais vraiment des structures à la rock progressif, des groupes comme King Crimson avec les envolées lyriques, ou Jettro Thull. Est-ce que ça fait partie de tes influences par hasard?

En fait, j’écoute pas tant de musique. Parce que j’en fais. J’écoute mes mixtes. Parce que j’apprends, entre autres. Tout faire, c’est un métier : réaliser et enregistrer. J’ai personne, je fais ça tout seul. C’est compliqué.

Donc c’est pas tant tes écoutes musicales que tout ce que t’as appris avec Malajube, entre autres, ton parcours, etc.

Ce que j’ai appris avec Malajube, c’est tout là-dedans c’est sûr. C’est un mélange de choses, je te dirais.

Et la musique que tu écoutes, en dehors de la tienne, ce serait quoi?

C’est souvent des trucs que des ami(e)s m’envoient. Comme Simon (Trottier) m’a fait découvrir Portishead. Je tripe là-dessus.

On dirait que c’est comme pas étonnant avec le type de musique tu fais. Y’a un parallèle. Je parlais de dream pop tout à l’heure, ça se classe là-dedans, il y a une continuité. Je pense aussi à un groupe comme Blonde Redhead.

Ah ben, Blonde Redhead, Misery is a Butterfly, c’est un de mes albums préférés à vie. C’est sûr qu’il y a des liens.

Quand je regarde le projet dans son ensemble, j’ai un peu l’impression d’une recherche de… comment dire? – quoiqu’en fait, tu me dis que c’est pas mal au feeling que ça s’est fait …

Ah, mais attends, y’a de la recherche c’est sûr! Tu vois, là j’ai un autre album de prêt, ce serait pas le cas si j’avais pas fait ces deux ans-là d’exploration. Avec Fontarabie, c’est comme si j’avais sorti les maquettes de quelque chose. Ça, c’est une maquette, le reste des gens auraient réenregistré ça.

Alors, c’est peut-être drôle à demander, mais est-ce que ça aurait pu rester au stade d’exploration, de projet? Sans le faire paraître? Qu’est-ce qui t’as amené à dire : ok ça sort là?

Y’a des raisons plates, y’a des raisons plus l’fun. Moi sur le coup, je l’aurais pas sorti, mais à la fin j’étais rendu bizarre. Ben pas bizarre, mais pas sûr de moi. Mais ça, c’est un côté de moi. Si je fais une track, je suis pas capable de l’entendre, je suis comme gêné, alors j’essaie de la camoufler.

Mais en même temps, je peux comprendre : tu travailles depuis 2 ans sur quelque chose qui est là, dans tes tripes, ça doit être dur de le sortir devant les gens…

Ben tu sais, tout au long j’étais comme : «C’est malade, c’est vraiment bon!» Et après en réécoutant vers la fin, j’étais comme en petite boule dans mon lit en disant « Quessé je fais.. je le sors pas! ». Pis là Éli (Bissonnette) m’a convaincu – en fait, il a pas eu à me convaincre tant que ça….

Es-tu content que ce soit sorti, finalement?

Oui oui! Mais pendant un mois, avec la série d’entrevues et le show, j’ai juste dit que j’étais pas satisfait, que c’était de la marde pis toute ça. Mais y’a une semaine, je l’ai écouté dans le char en roulant pis j’étais ben content.

C’était peut-être trop émotif au début…

Ouais, c’est exactement ça. Tu sais, quand t’as un groupe, c’est tout le groupe qui absorbe, mais là t’es seul. Mais c’est l’fun d’en parler. Quand t’es un groupe, il faut trouver la façon de parler pour tout le monde. Là, c’est juste toi.

Et comment on met un point final à un projet comme ça? Parce que tu utilises le mot « maquette », c’est intéressant comme terme, ça veut tout dire… Tu as pris 2 ans, mais ça aurait pu être 3 et 4 tant qu’à faire…

Bêtement j’avais plus les moyens de continuer. Et j’ai déjà passé trop de temps là-dessus.

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Je me rappelle quand c’est sorti, c’était la folie sur les réseaux sociaux. As-tu suivi ça ou tu étais plus en retrait?

Ah non, j’étais là sur Facebook à regarder les réactions, j’étais content! J’ai tout suivi ça, j’ai tout vu passer. C’était l’fun de voir les réactions des gens après tout ce temps…

Et comment tu trouves la réception du public?

Je suis content, ça va bien. J’ai des critiques positives en France, des gens achètent l’album au Japon. Mais c’est au Québec, dans les grands médias, que les gens sont comme pas sûrs.

Vraiment?

Oui, certains grands médias. On dirait qu’ils attendent. « Si un blogue américain en parle, on va aimer ça », j’ai l’impression. Par exemple, on a mis une vidéo sur YouTube et on a beaucoup de views et tout. Aucun commentaire. D’habitude c’est rapide pour ça. Là? Rien. Ça, c’est une belle preuve.

Penses-tu que c’est ton passé musical qui fait que les gens se disent : « Attends un peu, c’est quoi ça? »

Ouais, c’est peut-être trop différent. En même temps, je voulais le sortir l’hiver ce disque-là, mais c’était trop tard. C’est peut-être ça. J’étais content d’ailleurs qu’il pleuve/neige ce jour-là. Été, ça marche pas, soleil, ça marche pas. C’est pas mal « nuit/hiver ». Ça a été écrit l’hiver aussi.

Pouvoir le présenter comme tu veux, sans limites, tu ferais quoi?

Ça dépend, ça change tout le temps. Mais là, on a trouvé un bon équilibre avec la formation qu’on a ici (au FME), pour le volume c’est parfait. On a comme un nouveau band, on a reformé ça à 8-9 et j’aime ça. Le but ce serait de sortir 2 albums par année. Et ça va être de plus en plus instrumental.

Et tu parlais que tu aimerais explorer la musique de film d’horreur….

Oui, ben ça se fait actuellement. Je peux pas trop en parler, mais ça s’en vient avec un réalisateur et tout. C’est à Toronto que ça se passe et, c’est drôle et c’est pour ça que je parlais qu’au Québec ça marche moins bien : je joue tous les jours à CBC, mais Radio-Canada me fait pas jouer!

C’est dommage…

Oui, mais en même temps, je peux comprendre. C’est pas commercial, c’est pas si vendeur. Tsé mettons le gars prend l’album et dit « Bon, alors c’est le nouveau projet de Mineau. » Il écoute, passe un toune après l’autre et se dit : « Ah ben, c’est du Malajube dreamy. » Ou vaporeux. Rêveur. Ce qui revient souvent : du Malajube planant. Bref, je peux comprendre que ça a été catégorisé là-dedans et pu vraiment besoin d’écouter. C’est quand même pointu comme genre de musique. Quand j’étais jeune, j’aurais jamais fait un album comme ça. Ceux qui sont trop sérieux avec la musique et l’art, qui ont des règles; ils aimeront pas ça. C’est de la musique pour moi, en fait.

Et pour faire un projet comme ça, est-ce que ça prend un peu de folie, des TOC? (rires) Je pense, entre autres, à la chanson DSM-5…

Ben oui, j’imagine. Pis ceux qui en ont pas de TOC, c’est sûr qu’ils deviennent des meurtriers un moment donné. (rires) Mais, je pense que tout le monde en a un peu. En même temps, moi ça va bien, je suis juste vraiment perfectionniste. Faut juste savoir s’arrêter. Tu sais, je suis content et fier d’avoir fait ça. Y’a pas tant d’autres projets dans le genre et j’ai pratiquement pas eu de subventions, j’en voulais pas. Et ça va être la même chose pour le prochain album. Parce que j’ai envie de faire ça. J’ai assez vendu mon âme pour la musique dans ma vie…

Donc c’est vraiment « On va le faire pareil, no matter what ». Y’a un petit côté DIY quasiment là-dedans. C’est ça?

Ouais. L’économie va crasher dans pas long anyway. (rires)

Et côté culture c’est pas mal ça aussi…

Ouais. Ben, c’est les premiers touchés….

Et si je te souhaite quelque chose pour l’avenir, ce serait quoi?

Ah ben ça va bien, je suis super content comme ça se passe là. Y’a Evenko qui nous booke trois shows avec l’orchestre : Métropolis, Impérial et L’Odyssée à Gatineau. C’est malade. Et si une grosse boîte comme Evenko y voit du potentiel, c’est très cool. Et Malajube, on verra dans un an à peu près. C’est une mutation. Mais oui, en ce moment, oui tout va bien.

Site web du projet Fontarabie

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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