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Publié par le 19 août, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

Comment faire de Pascaline Lefebvre: petites épiphanies délirantes, angoissantes et sympathiques

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Si vous êtes du genre à avoir peur que le critique vous gâche les punchs d’une œuvre, n’ayez crainte: Comment faire échappe en tout point à cette préoccupation.

Contrairement à ce que son titre indique, Comment faire n’est pas un projet semblable à celui de Cathon et Iris dans La liste des choses qui existent et n’a pas grand-chose d’éducatif.

Album à la couverture argentée et jaune citron, Comment faire est la première œuvre d’une nouvelle venue dans le monde de la BD québécoise. Designer graphique de formation uqamienne, Pascaline Lefebvre propose une œuvre hybride entre illustration et BD. Entretenant en fait une relation ambiguë avec le genre bédéistique, cette publication s’en éloigne même de façon radicale à certains moments. Ses 160 pages forment un tout hétérogène composé de multiples historiettes sans conclusions, d’expérimentations graphiques sans texte, de diagrammes et de tableaux qui ne démontrent pas grand-chose. On comprend que cette tentative de la jeune auteure ait été publiée à La mauvaise tête qui semble, depuis sa fondation, sauter sur des œuvres plus difficiles ou du moins relativement expérimentales.

Comment faire est un sympathique recueil de niaiseries amusantes, souvent comiques mais parfois aussi angoissantes que j’ai su apprécier, du moins en grande majorité. Je pourrais difficilement en dire autant de certains proches à qui je l’ai fait lire et qui l’on trouvé futile et/ou inénarrable. Ce n’est peut-être pas la bande dessinée à offrir à votre grand-maman pour Noël et ce n’est pas nécessairement celle qu’il faut prêter à votre ami qui n’a jamais lu d’autre BD que Tintin au Tibet quoique cela ne leur ferait aucun mal. Mais si vous avez un sens de l’humour un peu décalé et que vous avez une banane dans l’oreille, c’est peut-être le moment de prendre une marche vers la librairie.

Il serait ici plus prudent de parler d’un recueil que d’un album suivi. Dans son entrevue à Choq.fm, l’auteure précise que le livre a été fait sporadiquement le soir, de retour du travail, à l’atelier de la maison de la bande dessinée de Montréal. Il est donc composé de plusieurs dessins n’ayant souvent pas de liens entre eux, quoique l’album contienne des thématiques et des personnages récurrents. Quant à ces derniers, ils sont tous plus ou moins semblables, identifiables aux quelques traits minimalistes qui les constituent avec leur allure de culturistes niais et disproportionnés.

Pour leur part, les sketches s’apparentent moins à des histoires de type début-milieu-fin qu’à des captures de moments, souvent épiphaniques (un personnage qui se rend compte que « le dédain de [ses] propres doigts [l’] aspire vers les supervide de l’univers ») ou à la formulation d’une opinion surprenante (« tous les manteaux sont dégueulasses cette année »). Par-dessus tout, il y a ces moments ridicules du quotidien des personnages : la contemplation d’un bol de Cracker Jack, le stress d’écrire un courriel de salutations à Caroline Néron ou les malaises liés à la conscience d’avoir un corps étrange ou anormal. Les délires de ces personnages si expressifs semblent faire partie de leur quotidien et nous font découvrir un humour souvent riche que les expérimentations graphiques de l’auteure ne font qu’enrichir.

Comment faire m’est aussi apparu comme un objet poétique dont l’usage du québécois parlé  et l’humour peut rappeler le fameux « dialogue de la mayonnaise » dans les Voisins. Très connecté avec son époque, l’album nous rappelle souvent le vide dans lequel nos vies sont aspirées. La vacuité des dialogues, les préoccupations factices des personnages ainsi que leur attachement souvent ridicule au monde des objets et à la culture populaire laisse miroiter un absurde proche de la critique sociale.



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