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Publié par le 8 août, 2014 dans Littérature | commentaires

Aller vers l’essentiel / Les Correspondances d’Eastman

Alors que les festivals de littérature occupent plutôt les grandes villes telles que Montréal ou Québec, que ce sont les salons du livre qui attirent le plus de monde, il est bon de se pencher sur l’impact de ces plus petits événements littéraires, un peu hors du temps, qui nous offrent un véritable retour à l’essentiel.

On peut se demander si le festival des Correspondances d’Eastman ne représente pas le genre d’événement qui parle le mieux de la littérature et qui nous met au contact réel des écrivains, de leur travail de création et de leur sensibilité. D’ailleurs, les Correspondances se targuent d’être le seul festival littéraire d’été en Amérique du Nord.

À quoi sert la littérature ?
Il s’agit sûrement d’une question que tous les amoureux des mots et de la lecture se sont posée un jour et continuent de se poser en y trouvant sans arrêt de nouvelles réponses.

Les Correspondances d’Eastman nous offrent de nouvelles pistes pour y répondre. Au sortir d’un café littéraire, on s’exclame : « C’est ça ! C’est ça que la littérature doit être ! C’est comme ça que l’on devrait (presque) toujours nous la présenter ! » Après avoir croisé un auteur dans le village et discuté avec lui ou elle quelques minutes, on se répète encore que l’on se trouve au cœur de notre quête. Le beau temps aidant, on ressent une profonde curiosité et un désir de rencontre de la part des participants et des habitants du village.

Mais en plus de présenter des auteurs et de discuter de thématiques importantes et nourrissantes, il n’est pas rare d’entendre des festivaliers clamer qu’ils vont se (re)mettre à écrire en rentrant chez eux. Combien le feront ? Probablement peu, mais l’important est de donner cette impulsion au public amateur de belles-lettres. Publier ? C’est une autre histoire… Comme l’a si bien dit l’auteur Larry Tremblay aujourd’hui, « avant de trouver la clé du succès pour un livre, il faut trouver la porte »…

Pour cette 12e édition, les programmateurs ont vu grand et large.

Ariane Moffatt guitare petite
Ariane Moffatt, hier soir au Cabaret Eastman, a attiré les foules, bien entendu. De nombreux fans sont venus de Montréal pour assister à son retour en version solo. Son succès populaire ne doit cependant pas faire oublier sa grande curiosité et son amour des mots. L’artiste a été d’une générosité exemplaire, offrant même des chansons imprévues en deuxième partie de spectacle, lors de la discussion avec Tristan Malavoy-Racine, animateur familier des Correspondances d’Eastman, autour de son livre. La chanteuse, très heureuse d’être là, semblait ne plus vouloir s’arrêter. Pourquoi pas un album piano-solo comme son ami Pierre Lapointe ? Ces versions épurées mettent en valeur les textes et donnent une nouvelle dimension aux chansons. L’idée a peut-être germé hier soir.

De la filiation à l’émancipation
Les cafés littéraires se sont poursuivis en force aujourd’hui, avec deux thématiques importantes ce matin et ce midi permettant de creuser justement certaines des raisons d’exister de la littérature. Dans la discussion sur « Le récit des origines : de la filiation à l’émancipation », animée par la journaliste et essayiste Danielle Laurin, les auteurs Louise Dupré (L’Album multicolore, chez Héliotrope), Michael Delisle (Le feu de mon père, aux Éditions du Boréal) et Francine Ruel (Ma mère est un flamant rose, aux Éditions Libre Expression) nous ont fait part de leurs raisons d’écrire sur leurs parents. « Pour me comprendre moi-même, car l’écriture est un projet de conscience », nous explique Michael Delisle. Louise Dupré corrobore en élargissant la compréhension de soi-même à la recherche de soi-même. «J’ai essayé de savoir d’où je venais et de quel Québec je venais». Ainsi, les écrivains écrivent pour les mêmes raisons que les lecteurs lisent ? Réponse évidente. Surtout quand on sait que les grands lecteurs ont souvent des ambitions d’écriture.

Louise Dupré, Michael Delisle et Francine Ruel petite

À propos de l’impact qu’un récit autobiographique peut avoir sur le reste de la famille, Francine Ruel dit avoir ménagé quelque peu les sensibilités de chacun tout en disant la vérité. C’est un aspect délicat qui peut amener son lot de culpabilité. À l’épineuse question de savoir si l’écrivain peut tout dire, les auteurs s’entendent sur le rôle de l’écrivain dans l’acceptation de ce qui est difficile à approuver.

Une question posée par une festivalière à propos de l’autobiographie a permis de déterminer que le travail autobiographique se termine lorsque le récit devient un objet. « Lorsqu’il ne s’agit plus de juste raconter sa vie, mais que cette idée devient un livre » nous précise Michael Delisle.

L’autre en soi (en écho à la thématique Le monde et moi)
Dans la deuxième discussion de la journée animée cette fois par le journaliste, chroniqueur littéraire et auteur-compositeur-interprète Tristan Malavoy-Racine et intitulée « L’autre en soi : fraternité ou dissonance ? », les écrivains Larry Tremblay (L’orangeraie, chez Alto) et David Clerson (Frères, chez Héliotrope) ont expliqué leur processus créatif pour donner naissance à ces récits époustouflants qu’ils nous offrent. L’architecture, la biologie et l’onirisme ont été évoqués (et invoqués ?), preuve s’il en est que l’écrivain sera toujours un important témoin de son temps. « Souvent, on pense que le réalisme est la seule façon de raconter une histoire », a précisé Larry Tremblay. On peut ajouter au réalisme une part de fantasmagorie comme dans le réalisme magique, dans l’œuvre de Garcia-Marquez par exemple.

Finalement, la thématique de la fraternité, peu évoquée en première partie de la discussion, a repris le dessus vers la fin alors que Tristan Malavoy a questionné les auteurs sur les valeurs véhiculées dans leurs romans respectifs. « La fraternité est à la fois la valeur du besoin de l’autre et de la répulsion de l’autre », nous dit David Clerson. Larry Tremblay, de son côté, souhaite inviter chaque lecteur à faire un examen de conscience sur ce qu’est sa valeur suprême.

Il y aura une adaptation cinématographique de L’orangeraie, mais l’auteur n’a pas voulu nous en dire plus. À suivre donc…

David Clerson et Larry Tremblay petite

Le côté bucolique d’Eastman ne doit pas nous faire oublier de réfléchir sur ces grandes questions philosophiques abordées par la littérature. On va dormir sur ça…

Les Correspondances d’Eastman, jusqu’au 10 août

À propos de Laetitia Le Clech


Lætitia rédige ses « rapports de lecture » depuis début 2006 sur son propre blogue Lectures d'ici et d'ailleurs (lecturesdicietdailleurs.blogspot.ca/) et depuis 2012 sur Ma Mère était hipster pour partager ce que la lecture représente pour elle : à la fois refuge et échappatoire, réflexion sur la vie, beauté et poésie, choc et douleur. Les livres sont ses meilleurs amis depuis toujours et elle a décidé d’essayer de leur rendre la pareille.



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