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Publié par le 1 août, 2014 dans Entrevues, Littérature, Musique | commentaires

Communiquer par l’intime: Entrevue avec Ariane Moffatt autour des Correspondances d’Eastman

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La célèbre auteure-compositrice-interprète québécoise Ariane Moffatt, après un congé de maternité d’une année, nous revient pour un premier concert intime, sur la scène du Cabaret Eastman, dans le cadre des 12es Correspondances d’Eastman.

Concert et discussion

Visiblement heureuse de cette participation – « je connais l’événement, c’est charmant, le lieu est enchanteur, toujours des invités formidables, dans un cadre super ouvert, libre, c’est vraiment le fun ! » –, l’artiste succédera ainsi à Thomas Hellman, Richard Séguin ou encore Chloé Sainte-Marie. Les Correspondances d’Eastman offrent chaque année au public un espace baigné de littérature, dont les différentes facettes sont explorées à l’occasion de cabarets et de concerts littéraires.

Souhaitant un retour sur scène tout en douceur, Ariane voit ce spectacle comme une transition, hyper dénudé. « Ce serait fou de ne pas casser une ou deux chansons, même si je n’ai pas le goût de trop donner le ton de l’album qui s’en vient, de trop en révéler sur son monde, ses parois », dit-elle. Elle nous offrira donc d’anciennes chansons, quelques nouvelles, et aussi des trucs un peu inédits. « Souvent, au fil d’une carrière, on participe à différents projets ici et là. J’avais, par exemple, fait une reprise de Vertige de l’amour, de Bashung, pour un album français de reprises. Une autre fois, j’ai repris une chanson de Barbara, dans un autre contexte (un documentaire sur la vie de Barbara pour Radio-Canada). Il y a des choses comme ça que je vais ramener dans ce show-là, pour me faire plaisir aussi ! »

Après le concert, l’artiste discutera avec son mentor littéraire Tristan Malavoy de son livre I(ma)ges et réflexions, sorti il y a plusieurs mois. Ce livre de photos prises avec un appareil compact, montrant des moments croqués sur le vif, sur scène, dans la rue ou en studio, n’ayant bénéficié d’aucune retouche, est d’un intérêt inégal, mais on comprend la démarche à la lumière des textes ajoutés par Ariane Moffatt : l’éphémère, l’urgence du moment, et surtout son imperfection. « C’est un livre qui m’est très cher, explique-t-elle. Il est sorti d’une manière assez douce. Je n’avais pas d’attentes rocambolesques avec ça, mais je suis contente de pouvoir lui donner un peu d’attention. De prime abord, c’était supposé être seulement un livre de photos, mais il est devenu plus littéraire avec les petits billets que j’ai écrits. Avec Tristan, on va faire une petite discussion autour de ça. »

Écrire

On devine que l’exercice d’écriture de ces textes, très différent de l’écriture de chansons, a dû changer la façon de créer d’Ariane. « Ça faisait longtemps que j’avais envie d’essayer autre chose que les chansons. Je n’aurais jamais la prétention de sentir qu’en moi, il y a une romancière de roman-fleuve… mais des formes courtes, entre la poésie et la nouvelle, je trouve que ça peut être une extension de l’écriture de chansons. Cela m’a donné envie d’approfondir encore plus l’aspect littéraire dans les chansons. Je ne sais pas si ce sera meilleur au final (rires)! Mais le fait d’avoir collaboré avec Tristan Malavoy, de m’être penchée sur les détails d’une virgule ou d’un point ou d’avoir beaucoup discuté le choix des mots et tout ça, cela a développé une plus grande attention chez moi. »

L’auteure-compositrice s’est donné comme défi de créer des chansons qui puissent vivre seules. « En même temps, le choix des mots ou le choix du sujet vont souvent avec la musique, avec l’accent tonique et la mélodie », nuance-t-elle. Aujourd’hui, Ariane passe beaucoup de temps dans un petit studio où elle se consacre uniquement à l’écriture de textes, où elle s’attarde davantage aux mots, ce qu’elle ne faisait pas autant avant. Elle y voit une conséquence de son expérience d’écriture pour I(ma)ges et réflexions.

Exprimer sa vision du monde

Entièrement investie dans ses nouveaux projets personnels, Ariane Moffatt ne ferme pas la porte à la réalisation, un jour, d’un album-concept autour du travail de quelqu’un d’autre, un peu comme Louis-Jean Cormier (à la réalisation) et Gilles Bélanger (à la composition) l’ont fait avec les poèmes de Gaston Miron pour créer 12 hommes rapaillés, ou Thomas Hellman avec les poèmes de Roland Giguère. Elle en a d’ailleurs déjà fait l’expérience avec la pièce La démesure d’une 32 A, spectacle conçu à partir de l’œuvre de Clémence DesRochers, mis en scène par Brigitte Poupart à l’Espace Go en novembre 2012. « Cela a été une première expérience d’entrer dans l’univers créatif, l’univers très intime de quelqu’un d’autre. Et puis, Clémence, c’est une auteure, une poète un peu sous-estimée, il n’y a pas juste la femme humoriste, il y a aussi la poète et sa sensibilité, sa fragilité. Ç’a été le fun de faire cette pièce de théâtre-là »

Alors, on renouvelle l’expérience ? « Pourquoi pas. Je pense que tous ces liens-là sont expliqués par le fait qu’il y a de plus en plus de fusions interdisciplinaires. Mélanger les formes d’art, aller s’inspirer, désacraliser tout ça. Il faut être ensemble, échanger nos disciplines. Cela donne le goût de faire tomber les murs et les formes. »

Ces liens entre toutes les formes d’art sont présents dans son livre I(ma)ges et réflexions. L’objectif, dans tout ça, est de résonner avec l’autre, que ce soit dans la musique, dans l’écriture ou dans la photo. « On entre en contact par le senti. Le lien, c’est aussi l’envie d’exprimer ma vision du monde car toute forme d’art est une petite fenêtre sur nos mondes intimes. Plus je peux toucher, en toute humilité, à différentes formes de création, plus j’ai l’impression moi aussi de mieux comprendre : qui suis-je, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais sur cette petite Terre (rires) ? »

Cette vision du monde, la musicienne devenue écrivaine nous la livre avec beaucoup de transparence, ce qui constitue l’intérêt principal de son ouvrage : découvrir la vie d’un groupe de musiciens sur une tournée, non pas côté public, mais côté scène. De ce point de vue là, les images de l’artiste sortant de scène (une où elle rit aux éclats et l’autre où l’on a l’impression qu’elle pleure) restent les plus marquantes et les plus singulières, tout comme ce texte expliquant ce qui fait un bon show, ou encore le bilan mi-figue, mi-raisin de sa carrière française…

Le rapport à la lecture

Toucher l’intime est un objectif cher à Ariane Moffatt. Son rapport à la lecture en est teinté également. « La lecture me permet de voyager de l’intérieur, de voyager avec une vision très intime soit des auteurs, soit de leurs personnages. C’est comme si tu voyageais à travers les yeux de l’âme des personnages comme des auteurs. »

Le thème des Correspondances d’Eastman cette année, «Le monde et moi», évoque chez l’artiste le voyage géographique permettant de découvrir d’autres cultures, des ambiances, et le voyage personnel, le voyage intérieur, qui nous amène à « communiquer par l’intime ».

Lorsque je la questionne sur les auteurs qu’elle affectionne, elle pense immédiatement à Dany Laferrière et précisément à L’énigme du retour. De plus, ce livre s’accorde parfaitement au thème des Correspondances d’Eastman car il y a justement « une rencontre entre l’intime profondeur de l’auteur et sa culture. Il nous fait voyager dans sa culture à travers ses sentiments les plus profonds, les plus à vifs ».
Parmi les auteurs présents aux 12es Correspondances d’Eastman, Ariane Moffatt retient Kim Thuy, qu’elle a lue, et aussi Larry Tremblay, auteur de L’orangeraie, qu’elle s’est promis de découvrir bientôt.

Le jeudi 7 août 2014, 20 h
Cabaret d’Eastman, à l’occasion des Correspondances d’Eastman

À propos de Laetitia Le Clech


Lætitia rédige ses « rapports de lecture » depuis début 2006 sur son propre blogue Lectures d'ici et d'ailleurs (lecturesdicietdailleurs.blogspot.ca/) et depuis 2012 sur Ma Mère était hipster pour partager ce que la lecture représente pour elle : à la fois refuge et échappatoire, réflexion sur la vie, beauté et poésie, choc et douleur. Les livres sont ses meilleurs amis depuis toujours et elle a décidé d’essayer de leur rendre la pareille.



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