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Publié par le 27 juil, 2014 dans Musique | commentaires

Vieilles affaires vintage #3. L’album qu’aucune catégorie ne peut contenir en entier: Church of Anthrax, John Cale & Terry Riley (1971)

 

Church_of_Anthrax

Qu’on se le dise tout de suite: ceux qui chercheront ici un évangile apocryphe du Velvet Underground ou une mutation du fameux In C seront déçus. Déçus? Hum, voyons voir… si certains styles se marient avec souplesse, on a plutôt à faire ici à un face-à-face explosif dont les pièces éparses ont servi à confectionner cet album. Ceci ne veut pas dire que cette association sort de nulle part: John Cale et Terry Riley ont tous deux fait partie, au milieu des années soixante, du Theatre of Eternal Music de La Monte Young, ce qui dénote déjà, plutôt qu’une ressemblance, une communauté d’idées et une volonté expérimentale qui les mèneront par la suite dans des directions très différentes. Autrement dit, plutôt que d’imposer leurs approches respectives de la chose musicale, les deux hommes ont décidé de se rencontrer à mi-chemin pour aller ensuite voir ailleurs s’ils y étaient. Selon toute vraisemblance, ils ont abouti dans le meilleur des deux mondes, entre art pop, minimalisme, jazz, rock et même classique pour faire de Church of Anthrax un album qui défie toute classification.

La production (signée Cale) est spacieuse et aérée, ce qui rend une certaine légèreté et un écho à ces pièces dont l’espace sonore, pourtant chargé, conserve les qualités minimalistes et répétitives chères aux deux compositeurs. L’album s’ouvre d’ailleurs sur un bourdon, typique des explorations indiennes de Riley, qui s’unit à une ligne de basse qui nous propulse directement dans un joyeux bordel où saxophone et claviers entrecroisent leurs lignes mélodiques sans relâche jusqu’à un ultime ralentissement. La pièce suivante, The Hall of Mirrors In The Palace At Versailles, rend bien hommage à l’opulente salle du même nom, et permet de souffler un peu après le délire jubilatoire de la pièce éponyme de l’album. Vient ensuite The Soul of Patrick Lee, plus proche de l’album Vintage Violence de Cale, comme pour mieux nous faire entrer en << crash course >> dans le jam circulaire d’Ides of March, où deux batteurs disputent notre attention à deux pianistes acharnés à épuiser tous les motifs que leur inspire la mélodie de départ. Le tout s’achève abruptement dans un larsen de fil arraché à la fin de la pièce The Protege, morceau urbain (voire quasi industriel) typiquement Cale.

Album à part dont il se dégage une certaine urgence, une spontanéité et un côté p’tit Christ (oui, vraiment, p’tit Christ) qui sonne toujours aussi rafraîchissant et inédit quelque quarante ans plus tard, Church of Anthrax a tout d’un classique de ce terme fourre-tout qu’est l’avant-garde, ou encore du rock qui se mêle au free jazz en faisant semblant de rien. Vous n’êtes pas prêts de revoir un disque du même style d’ici très, très longtemps, promis.

John Cale & Terry Riley, Church of Anthrax (1971)

Pour acheter le CD, rendez-vous sur Cherry Red Records

À propos de Guillaume Cloutier


Guillaume Cloutier a étudié la littérature, est devenu libraire et éditeur, mais il s'est un jour retourné, a vu des piles et des piles de disques qui le suivaient partout, et a décidé de consacrer sa vie à la musique. Redevenu étudiant au lumineux cégep de Saint-Laurent, on peut maintenant l'entendre avec la formation montréalaise de rock psychédélique Electric Junk, en plus de lire ses conseils ici même



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