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Publié par le 11 juin, 2014 dans Danse | commentaires

Acrobates – Carrefour international de théâtre

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Fin de parcours: 39 ans. Fabrice Champion s’éteint au beau milieu d’un cheminement spirituel au Pérou. Quatre créateurs français exorcisent le vide en le faisant renaître  dans un spectacle saisissant et d’une incroyable humanité. Teintés du deuil de leur compatriote, Alexandre Fournier et Matias Pilet se livrent dans un langage du corps sans limites, chapeauté par une complicité singulière. Acrobates est une ode à l’amitié et à l’urgence de vivre.

D’entrée de jeu, Stéphane Ricordel et Olivier Meyrou, respectivement metteur en scène et dramaturge du spectacle, nous montrent des images de Champion, trapéziste devenu paraplégique lors d’une répétition en 2004. On voit le jeune homme à la fois anéanti et gorgé d’espoir. Poursuivant sa réhabilitation avec ses amis Fournier et Pilet durant de nombreuses années, on le retrouve en studio de répétition durant la création de Nos limites. Finalement, dans un noir absolu, nous apprenons que Champion est décédé et qu’Acrobates est, en quelque sorte, un hommage à ceux qui voient l’immobilité comme une mort imminente.

On découvre les deux interprètes dans une séquence chorégraphiée sur une immense pente grise. Exécutant la même gestuelle, les danseurs se révèlent dans des qualités bien précises ; Alexandre Fournier se manifeste par sa puissance et Matias Pilet par son agilité. S’en suit un duo qui unit leurs aptitudes respectives et qui laisse entrevoir une écoute et une sensibilité à l’autre comme on en voit peu.

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Matias Pilet s’exerce en solo dans une chorégraphie brutale qui s’articule autour de sauts et de chutes au sol. Le danseur, dans un parfait mariage de tonicité et d’abandon, tente d’exprimer le désarroi de l’étiolement. Ce segment chorégraphique est habité par la voix du défunt qui exprime, inlassablement, ses appréhensions autour de la perte d’autonomie : plus jamais il ne pourra marcher, nager dans un lac et avoir un orgasme. Par sa voix, son souffle et sa gestuelle, l’interprète parvient avec brio à nous émouvoir jusqu’à nous donner la chair de poule.

La dernière ligne droite nous permet de réellement voir les enjeux du métier d’acrobate. Les deux interprètes, dans une humilité rare, se poudrent de craie et exécutent une succession de mains à mains impressionnante. On réalise, dans les dernières minutes du spectacle, toute la fiabilité nécessaire pour exécuter ces prouesses physiques. Au-delà d’assurer son prochain, Fournier et Pilet donnent à voir l’amitié. On soustrait l’idée de la performance au profit d’un duo qui émeut par leur incroyable complicité.

Assurément, Acrobates est l’un des spectacles- phare de l’année, par sa puissance et sa capacité à nous insuffler une furieuse envie de vivre.

Au pavillon du commerce de l’ExpoCité le 11 et 12 juin prochain

À propos de Olivier Arteau-Gauthier


Après ses études collégiales en théâtre, il ira conquérir la Biélorussie à la découverte de techniques théâtrales russes. Friand d’offrir à son corps de nouvelles possibilités, il entreprend un baccalauréat en danse à l’UQAM qu’il devra laisser reposer puisque le Conservatoire d’art dramatique de Québec l’appelle à se concentrer sur l’essence même du théâtre : le jeu. Il collabore également à plusieurs blogues spécialisés en art vivant afin de garder dans le temps, une trace de l'éphémère.



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