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Publié par le 6 juin, 2014 dans Théâtre | commentaires

The Pixelated Revolution – Rabih Mroué / FTA2014

1_pixelated_revolution_carre_1Seul en scène, le créateur libanais Rabih Mroué creuse une réflexion à la fois analytique et sensible autour d’une dizaine d’images vidéo filmées par les opposants syriens. Procédant à une analyse formelle, il donne du même coup une leçon de cinéma en temps de révolution.

The Pixelated Revolution n’est pas une pièce de théâtre, ni même une performance ou une création numérique, mais bien une conférence sur la représentation de la mort dans les images filmées par les opposants au régime syrien de Bachar Al-Assad avec leurs téléphones portables.

Assis à une table derrière son ordinateur portable, Rabih Mroué nous ramène dans le contexte médiatique et politique du début de la révolution syrienne de 2011. Aucun journaliste n’était admis dans les frontières du pays. Aucuns médias étrangers et journalistes indépendants ne pouvaient filmer et témoigner de ce qui se déroulait là-bas, à moins d’être au service du régime. Seules les images officielles et professionnelles filmées avec trépied étaient autorisées à être remis aux médias.

Et puis, vint le choc. Les images agitées et en mauvaise résolution des opposants filmées avec leur téléphone cellulaire ont été vues par le monde entier sur internet. Le souci de qualité de l’image a été évacué et remplacé par la nécessité de témoigner à tout prix de l’ici et du maintenant.

Leçon de cinéma

D’abord, Rabih Mroué explique avoir été frappé par les points communs entre les images réelles et sans artifices des opposants syriens et Dogma 95, le manifeste cinématographique de Lars vonTrier et de Thomas Vinterberg proposant des règles pour un retour à des prises de vues réelles filmées sur place, à la main et sans décor, musique ou sons ajoutés.

À ces règles déjà suivies naturellement par les citoyens syriens, le créateur en ajoute de nouvelles pour décrire le style développé pendant la révolution (par exemple : filmer de dos, ne pas montrer les visages sauf ceux des soldats du régime commentant des actes de violences et de répression, mettre les pancartes face vers l’arrière pendant les manifestations pour que les caméras puissent les capter, etc.)

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« Shooting with a gun and shooting with a camera »

Et puis après cette introduction formelle, on plonge enfin au cœur du sujet. Rabih Mroué montre la vidéo qui lui a inspiré la conférence. Il s’agit d’une courte vidéo d’une minute trente montrant ce qu’on imagine être la mort d’un homme capté avec son téléphone cellulaire. La vidéo se termine sur une image qui vacille et tombe au moment où l’homme à la caméra se fait tirer par le sniper qui le guette. L’homme est-il mort? Comment ces images sont-elles parvenues jusqu’à nous?

De cette scène troublante, Rabih Mroué en tire de nombreuses réflexions sur la violence qui se trouve, dans ce cas-ci hors champ, dans la reconstitution de la scène dans notre imagination. Loin des images de sang et de cadavres, les images choisies par Mroué présentent un double « shooting » : l’opposant filme avec son téléphone et le soldat armé tire sur la caméra et donc conséquemment sur l’homme qui la tient.

Mroué décortique plan par plan les images pour comprendre ce qui s’y passe, pour saisir le moment du regard entre le tueur et la victime, mais aussi le moment qui sépare la vie de la mort. La force de la conférence est de faire des zooms avant jusqu’à révéler les pixels. La matière numérique est mise à nue sans parvenir à percer le mystère de cette guerre des images.

Sans contredit, la forme conférencière du spectacle permet de creuser une réflexion pertinente sur la représentation de la mort. Toutefois, le format de la conférence provoque à quelques reprises des moments statiques et arides, spécialement dans les passages où Rabih Mroué approfondit ses réflexions abstraites sans appuis visuels. Outre cet enrobage qui manque de sucre à glacer, le contenu dense et intelligent présente une rare incursion intellectuelle d’un artiste du Moyen-Orient sur les débuts de la révolution en Syrie.

Un très bon niveau d’anglais est nécessaire pour suivre la conférence.

En anglais, sans sous-titres

The Pixelated Revolution (FTA)

Rabih Mroué (Liban)

Musée McCord, 5, 6, 7 juin 2014

 

À propos de Anne Sophie Carpentier


Journaliste, chroniqueuse et animatrice, Anne-Sophie Carpentier écrit pour l’hebdo Voir et s’implique activement à la station de radio communautaire CIBL depuis plusieurs années. Elle fait partie du groupe d’intrépides reporteurs culturels qui fabriquent chaque semaine l’émission l’Escouade M et livre de pétillantes chroniques littéraires à l’émission Catherine et Laurent. Elle détient un Baccalauréat en Études Théâtrales et un Certificat en Journalisme.



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