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Publié par le 5 juin, 2014 dans Danse | commentaires

Paraíso – colecção privada – Marlene Monteiro Freitas / FTA2014

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Hier soir, le FTA nous conviait à la première de Paraíso – colecção privada chorégraphié par Marlene Monteiro Freitas qu’on avait déjà vue dans (M)imosa deux ans auparavant, toujours dans le cadre du même festival. Une première donc, mais aussi la première création de groupe pour la chorégraphe originaire du Cap-Vert. Et toute une proposition.

Sur le côté gauche de la scène, il y a Marlene Monteiro Freitas. Habillée en torero, concentrée, on la sent qui prend de longues respirations avant d’offrir une prestation intense, dense et déroutante alors que des sons dans la salle, proche du white noise et très grinçants se font entendre . Du côté de la scène, quatre hommes. Trois sont couchés au sol et un autre est assis plus loin, dans une pose étrange qui donne l’impression que son corps est tronqué. Doucement, les croupes se lèvent et s’abaissent, de plus en plus frénétiquement, les mouvements sont saccadés, presque épileptiques. Freitas se lève, et en véritable maître de cérémonie, commence à jouer de ses hommes-animaux (dans le programme du FTA, on les décrit ainsi: magicien-oiseau aux mains bleues, taureau-harmoniciste avec des yeux dans le cou, roi-clown à la langue noire ou bouffon-gentilhomme au visage déformé ) comme de véritables instruments, leurs corps utilisés à l’extrême dans toutes sortes de positions, contorsions et mouvements.

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Elle sera également soumise au même exercice et nous offrira des faciès improbables, des grimaces déformantes qui la laisseront très souvent le corps complètement arqué et la bouche grande ouverte, la mâchoire prête à décrocher. On pensera rapidement aux mimiques des Maoris, ou encore celles des gargouilles figées dans un rictus presque démentiel, la langue pendante et les yeux exorbités. Pendant environ une heure 15, le public assistera à une prestation à la fois festive, délirante et extrême, ou les corps sont les véhicules d’une chorégraphie hallucinée concoctée par Freitas. Plusieurs références (tauromachie, flamenco, le paradis de Bosch dont elle s’inspire) nous donneront envie d’analyser en profondeur sans pourtant obtenir de réponses claires. Par contre, des artistes comme Pilar Albarracin (et ses performances extrêmes avec son corps qu’elle utilise en le blessant tout en grafignant au passage des traditions espagnoles comme, justement, la tauromachie ou le flamenco) ou encore Matthew Barney (avec son esthétique monstrueuse mi-homme et mi-animal tout autant que ses actions performatives) nous viennent à l’esprit, comme des parentés artistiques, pas si éloignées. 

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Le spectateur sera balloté entre trouble, malaise et curiosité. Les mots « n’importe quoi » sont parfois presque à la limite de franchir nos lèvres, mais on se resaisit, car le moment d’après, on redevient fasciné par les propositions définitivement étranges et chaotiques du groupe. Et, en plus de la chorégraphie troublante qui s’offre à nous, Freitas nous propose également une esthétique singulière ou les costumes (des pantalons qui semblent faits du même matériel que les habits de plongée sous-marine, donc élastique et comme poudreux à la fois, des perruques affublées de traits animaux, etc.) et les maquillages intriguent. Mais c’est évidemment le travail du corps qui demeure le plus captivant et la proposition est si intensive que les danseurs en sortent essoufflés et ruisselants de sueur. Jeux de pouvoir, jeux d’endurance, chorégraphie chargée (de sens, de mouvements), significations multiples. Bref, une oeuvre qui ne laisse certainement pas indifférent et qui nous laisse  surtout fascinés par cette artiste si entière.

Paraíso – colecção privada, Agora de la danse, jusqu’au 6 juin

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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