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Publié par le 5 juin, 2014 dans Danse | commentaires

Klumzy de Nicolas Cantin / FTA2014

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Crédits: Nicolas Cantin

Titrer n’est pas toujours facile. Il y a quelque chose de rassembleur et de réducteur à la fois dans l’intention d’un titre pour résumer un travail, une oeuvre. On veut lancer une piste, marquer une ligne. Être fidèle, sans trop en dévoiler. Aguicher, sans non plus vouloir tromper. C’est à la fois un jeu et une obligation. Certains y excellent, d’autres détestent la simple idée de devoir y penser. Lorsque Nicolas Cantin a arrêté son choix sur Klumzy pour nommer sa plus récente création, il ne pouvait viser plus juste. Un spectacle habilement maladroit oui,  où le désordre va bien plus loin que quelques lettres de travers.

Il y a cette salle. Petite, banale. Il y a cette scène, dénudée, froide. Il y a ce metteur en scène, errant, stressé. Il y a cette femme, assise, posée. Et bien sûr, il y a le spectateur, qui n’a pas le moindre soupçon de l’ampleur du trouble qui peut l’envahir suite à cette courte représentation.

D’abord, une photo projetée. Qui semble sortir d’un passé rapproché de l’interprète. Cette dernière se lève, enfilant un masque de vieillard et arpente la scène, alors qu’une voix juvénile récite une chanson, comme un souvenir. C’est donc dans ce carré de sable qu’on jouera pour la prochaine heure, tentant de saisir le moment, de jouer sur le temps. Pour cristalliser cette rencontre autant entre nous et l’interprète, entre nous et le spectacle.

Et le questionnement débute. La prestation se déploie comme autant de moments déstabilisants: tantôt on répète le mot spectacle au micro de façon gutturale, tantôt le metteur en scène performe frénétiquement sur une musique puissante et dérangeante. On met en scène parfois un vieil homme, parfois un barbu, parfois une jeune fille, mais toujours incarné par la même interprète. Tout s’articule autour de petits moments, de petits gestes, de silences et d’arrêts.

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Crédits: Alexandra B. Lefebvre

Et le questionnement se poursuit. Dans la salle, certains se lèvent et quittent. D’autres élaborent des théories de métaprestation, de jeu à l’extérieur des cadres, de provocation soft comme autant de discours postmodernes. C’est bien à la jonction de toutes ces questions qu’on saisit qu’il se passe là quelque chose. L’art comme bien au-delà du divertissement, bien au-delà du jeu, et dans une niche bien précise où elle questionne et percute.

Et ça se termine. Dehors la clarté est toujours bien présente, l’heure si peu tardive. On repense à la scène qu’on vient tout juste de quitter. À l’interprète, arborant un masque, performant un mouvement dérangeant et statique, avec cette forte impression qu’elle nous fixe. Les yeux sont creux, l’effet doit être le même, qu’importe où on se positionne dans la pièce. Le metteur en scène aussi la regarde. Et on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une prestation, d’un spectacle, de danse ou de théâtre. Mais bien d’une création. Et on en fait partie. On pense toujours à ce qu’on vient de voir . La création continue.

Klumzy, Théâtre Prospero, jusqu’au 6 juin

À propos de Jeremy Laniel


Issu d’un parcours académique qui était tout sauf littéraire, il est libraire depuis maintenant cinq ans et ne cesse de s’amouracher avec le monde du livre. Il est présentement président du comité de sélection du Prix des libraires et vous pouvez le retrouvez sur les ondes de CIBL à l’émission Lectures et châtiments.



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