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Publié par le 3 juin, 2014 dans Danse | commentaires

Antigone Sr. – Trajal Harrel / FTA2014

Crédits: Ian Douglas

Crédits: Ian Douglas

On se rappelle très bien du spectacle (M)imosa, de passage au FTA en 2012. Une brillante création à quatre têtes (Cecilia Bengolea, François Chaignaud, Trajal Harrel et Marlene Monteiro Freitas) présentée comme un véritable voguing ball avec danse, non-danse et performances inspirées de la mode du voguing, mais aussi de fantasmes autour d’identités changeantes. Queer, non-genré et très éclaté. (M)imosa constituait la version médium de toutes les variantes de la série Twenty Looks or Paris is burning at the Judson Church initiée par Harrel. Étiquetées comme les vêtements (médium, large, x-small, etc.), les diverses versions de cette série questionnent la danse, les genres, l’identité et, également, les relations de pouvoir.

Dans cette variante Sr. (senior, il y a une version junior aussi) Harrel s’attaque à l’Antigone de Sophocle et propose un 2h15 encore inspiré du voguing ball, mais, cette fois, dans une rencontre avec le monde de la danse postmoderne et la tragédie grecque. Tout un contrat. Il faut effectivement être solidement ancré à sa chaise pour passer les deux heures proposées (ce que plusieurs personnes n’ont pas été capables de faire, des départs se sont effectués tout au long de la représentation par petits groupes). Harrel nous demande d’avoir les reins solides pour s’attaquer à son bal épique qui laisse perplexe.

Crédits: Lars Pehrson

Crédits: Lars Pehrson

D’abord, la soirée débute sur une mise en bouche de Harrel: il nous avise que quelques petits problèmes techniques pourront arriver, mais qu’il ne faut pas s’en inquiéter. De plus, il tient à nous dire que sa proposition n’est en aucun cas une réplique des soirées de voguing telles que vécues dans le Harlem des 60’s, mais plutôt une libre inspiration de celles-ci, elles-mêmes incarnées dans une réinterprétation d’Antigone. (Ouf!) Un des danseurs traduit (inutilement d’ailleurs) au fur et à mesure. Un peu longuet alors que le spectacle n’est pas encore commencé.  On nous demande ensuite de nous lever pour entamer un hymne sur un ton solennel, alors qu’on reconnaît rapidement les paroles de … Hit Me Baby One More Time de Britney Spears.

Pendant ce presque 2h30, on en verra de toutes les couleurs et, qui plus est, dans un fouillis sans véritable trame linéaire (sinon celle de l’histoire d’Antigone, et même encore). Il y aura, entre autres, une séance de méditation avec deux interprètes qui, pendant un (trop) long moment, nous évoquerons des couples célèbres de la culture pop, mais aussi de concepts lancés sur le ton du mantra et avec quelques pointes d’humour. « We are… Simon & Garfunkel. We are… birth control. » Des défilés sur le catwalk seront également de la partie, ponctués de clin d’oeil au monde de la mode et du mannequinat et des commentaires cinglants de Harrel, assis confortablement avec nous dans la salle. « This is Jil. Jil Sanders. Bye Jil, don’t come back. » Même si, encore une fois, la présentation est plutôt longue, l’inventivité des costumes, réalisés avec des vêtements variés (un sac doré devient une toque, un manteau de jeans se transforme en ceinturon, etc.) est impressionnante et c’est là un des bons moments du show. Ajoutons également que les postures et les poses sont fascinantes, les ambiguïtés entre les deux sexes tout autant.

Crédits: Lars Pehrson

Crédits: Lars Pehrson

 

Les interprètes sont talentueux et convaincants, mais c’est inégal et on assiste véritablement à un work-in-progress. D’ailleurs, tout comme dans (M)imosa, l’ensemble à un côté très brouillon et les interprètes se changent dans la salle, Harrel ne se gêne pas pour traverser la scène pendant qu’un danseur effectue un numéro. C’est déstabilisant, déconcentrant, mais pas autant que les problèmes techniques, majoritairement au niveau de la musique (que Harrel contrôlait à même un portable sur scène, avec plus ou moins de succès). Mais même si la musique est merveilleusement belle, bien choisie et parlante, on décroche et on finit par se lasser. Et quand Harrel nous hurle « Are you ready?!? » en nous crachant que « Fucking Toronto » était plus prête que nous (la salle ne réagissait pas fort de notre côté, il a dû interpeler le public à plusieurs reprises) et nous fait lever pour danser avec sa gang sur du dance tonitruant, c’est plutôt forcé et pas très naturel.

Même si elle est déroutante, la proposition de Harrel est porteuse de plusieurs questionnements pertinents, mais qui, malheureusement, se perdent dans des couches, non pas de vêtements (!), mais de sens, de possibilités qui émergent avec cette idée de superposer le voguing de Harlem, la danse postmoderne et Antigone. C’est complexe et décousu, parfois drôle, souvent long et pas toujours clair.

Malgré tout, on salue l’audace du créateur qui nous offre un amalgame diablement hétéroclite qui nous laisse avec une furieuse envie de discuter, de décortiquer avec d’autres cette proposition pour le moins particulière. À suivre.

Un avis similaire dans Le Devoir

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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