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Publié par le 30 mai, 2014 dans Théâtre | commentaires

Hate Radio : les mots, arme de destruction massive – Milo Riau / FTA2014

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Crédits: Daniel Seiffer

Pourquoi allons-nous au théâtre?

Cette question, qui peut sembler banale, est au cœur de la réflexion du metteur en scène suisse Milo Riau. Alors… pourquoi y aller, au théâtre? Peut-être pour être transporté par la force des mots. Ces mots qui nous font rire, pleurer ou réfléchir. Ces mots dont on sous-estime souvent la puissance.

Les mots sont une arme redoutable et Milo Riau l’a bien compris. Sa pièce Hate Radio en fait la démonstration de façon éloquente et poignante.

Hate Radio recrée un studio de la Radio-Télévision libre des Mille collines (la RTLM) au Rwanda, en 1993 et 1994. Basée à Kigali, cette antenne diffusait un fiel de propagande génocidaire en lançant des appels aux meurtres de Tutsi, sans aucune retenue. Des messages haineux étaient tout simplement incluent dans la ‘’programmation régulière’’. «Mesdames et messieurs, avant de vous présenter le bulletin de nouvelles, je vous rappelle qu’il ne faut pas hésiter à exterminer votre voisin Tutsi». L’horreur.

Crédits: Daniel Seiffer

Crédits: Daniel Seiffer

Radio-réalité

Riau fait le pari de l’hyperréalisme. En arrivant au théâtre, le spectateur se voit remettre une paire d’écouteurs. Dès lors, ce dernier est pris au piège. Malgré lui, il participe au scénario de la pièce: il devient auditeur.

L’action se déroule dans un immense cube de verre placé au centre de la scène. Le spectateur-auditeur-voyeur assiste à une émission-type de la RTLM. Trois animateurs et un techniciens boivent, fument dansent et rigolent entre deux tirades génocidaires et quelques chansons pop.

Au début et à la fin du spectacle, Riau donne aussi la parole aux victimes: quatre témoins racontent avec un calme troublant, les horreurs qu’ils ont vécues.

Hate Radio est une pièce qui s’écoute tout autant qu’elle se voit. Pendant le spectacle, j’ai souvent fermé les yeux. Les mots ne me percutaient pas de la même façon. Sans l’image, j’avais l’impression d’écouter une «vraie» émission de radio, d’être catapultée en 1994 au Rwanda. Je ressentais la peur de façon viscérale. C’était bouleversant. Et quand j’ouvrais les yeux, c’est le sentiment d’impuissance qui prenait le dessus. La colère et l’incompréhension, aussi. Et toujours, cette phrase, obsédante : comment une telle chose a-t-elle pu se produire?

Crédits: Daniel Seiffer

Crédits: Daniel Seiffer

La mise en scène de Milo Riau, plus que minimale, m’a parfois laissée sur ma faim. La radio ne fait pas toujours du bon théâtre, et je crois que certains modifications à ce niveau auraient rendu le tout encore plus intéressant (une des comédiennes nous tourne le dos durant presque tout le spectacle, étant assise du ‘’mauvais’’ côté de la table, dans le studio.)

Mais ce petit bémol n’altère que légèrement l’expérience qu’est Hate Radio. Une expérience coup-de-poing qui se termine par un appel à la vigilance, prononcé par l’une des victimes : «Si il y a eu un génocide, il peut y en avoir un autre. »

Pourquoi aller au théâtre? Pour la force des mots. Et pour ne pas oublier.

Hate Radio, de Milo Rau.

29, 30 et 31 mai au Prospero

À propos de Katerine Verebely


Curieuse culturelle à temps plein.



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