Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 29 mai, 2014 dans Théâtre | commentaires

La loi du marcheur : tant qu’on raconte, on est vivant / Carrefour International de théâtre de Québec

gallery_size_1397588766-Galerie_-_6424

Après avoir parcouru la France, Buenos Aires et New York, le Carrefour International de Théâtre de Québec nous offre une oeuvre actuelle qui met de l’avant l’importance de la culture dans une société en quête de modèles : La loi du marcheur.

Nicolas Bouchaud, interprète et metteur en scène européen prolifique, nous livre une performance intime, empreinte d’une vérité rarissime. Monologuant durant presque deux heures, Bouchaud prend la parole du critique de cinéma Serge Daney, mort en 1992, et évoque le rôle social du septième art : se situer collectivement dans le monde auquel nous appartenons.

Pour Daney, il ne s’agit pas d’aller simplement regarder un film, sujet à un divertissement spontané et sporadique, mais bien d’aller au cinéma : ce lieu culte où, tous ensemble, nous observerons le monde et nous tenterons de s’identifier à travers les modèles qui nous seront présentés. N’ayant jamais été cinéaste, mais bien médiateur artistique, Serge Daney avait la conviction que l’art servait d’abord, à former des citoyens par l’empathie : le simple fait de s’identifier à l’autre fait surgir l’essentiel de toute relation humaine, le partage.

gallery_size_1397588894-Galerie_Bouchaud_lettre

Pollué par la télévision, ce média qui dévitalise et qui, à l’encontre de ses aspirations, réduit la communication à l’épanchement de sa propre individualité, le cinéma perd tranquillement de son éblouissement. Ainsi, les objets télévisuels deviennent rapidement une religion impersonnelle sur laquelle nous basons nos futurs repères.  Par ce discours, Nicolas Bouchaud vient à questionner l’importance de l’art, notamment du théâtre, et rend compte à quel point les nouveaux médias nous engouffre dans l’individualité. Daney avait tant espéré un cinéma collectif.

La mise en scène, sobre et efficace, réalisée par l’interprète et Eric Didry, mélange les deux arts par l’ajout ponctuel de projections du film d’Howard Hawks Rio Bravo, premier film critiqué par Daney. Dans ces segments, l’interprète double, s’immisce furtivement dans le scénario ou reprend telle quelle la gestuelle et la parole de l’acteur à l’écran. De cette façon, il rend compte du traitement que le cinéma a sur lui. Cet art nous livre toutes les limites du réalisme dans l’immédiat.

Le charisme de Nicolas Bouchaud et son habileté à jongler entre la pitrerie et le sérieux  nous permet d’entrer en contact avec toute l’humanité du personnage et de l’homme de théâtre. Il nous guide dans une longue marche idéologique et prend position sur l’art : il est persuadé que, peu importe sa forme, chaque histoire mérite d’être racontée et à travers celle-ci, nous parviendront à transmettre et à espérer ne jamais succomber à l’auto-suffisance. Et croire que le collectif ne soit pas qu’une utopie.

La loi du marcheur, Carrefour International de théâtre, jusqu’au 29 mai 2014

 

À propos de Olivier Arteau-Gauthier


Après ses études collégiales en théâtre, il ira conquérir la Biélorussie à la découverte de techniques théâtrales russes. Friand d’offrir à son corps de nouvelles possibilités, il entreprend un baccalauréat en danse à l’UQAM qu’il devra laisser reposer puisque le Conservatoire d’art dramatique de Québec l’appelle à se concentrer sur l’essence même du théâtre : le jeu. Il collabore également à plusieurs blogues spécialisés en art vivant afin de garder dans le temps, une trace de l'éphémère.



%d blogueurs aiment cette page :