Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 23 mai, 2014 dans Théâtre | commentaires

Le No Show – Collectif Nous sommes ici + Théâtre DuBunker / FTA2014

Crédit: Cath Langlois

Crédit: Cath Langlois

*Ce texte dévoile quelques éléments du spectacle, libre à vous de poursuivre la lecture. 

Sous-financement, coupures, statuts précaires des travailleurs culturels, écoeurement, ce sont des mots qui reviennent fréquemment ces temps-ci (et depuis un moment déjà) comme de véritables rengaines. Pour les membres de l’équipe du No Show qui avait l’excitante (et probablement stressante) tâche de lancer cette 8e édition du FTA, ce sont des réalités qui les préoccupent au quotidien, mais plus particulièrement depuis les quatre dernières années, soit la période pendant laquelle ils ont monté ce spectacle. Avec, disons-le, plus souvent qu’autrement, les moyens du bord et des salaires de crève-faim (d’ailleurs, les comédiens campent à l’extérieur sur le toit de la Place des Arts et se nourrissent de hot-dogs pour le temps des représentations).

Les deux équipes, celle du Théâtre DuBunker à Montréal et celle du Collectif Nous sommes ici de Québec, ont donc présenté pour la première fois hier cette création qui, d’emblée, pose une question épineuse: Combien ça vaut, un spectacle comme celui-ci? Les spectateurs du No Show, avant même d’avoir franchi les portes du théâtre, sont placés devant cette question tout à fait pertinente. Effectivement, combien il en coûte pour que tous les comédiens puissent recevoir un salaire adéquat, combien sommes-nous prêt(e)s à payer pour les voir ? À cet effet, une liste nous est remise proposant des montants allant de 0$ à 123$ et nous sommes ensuite invités à passer dans un guichet anonyme pour payer (ou non) sans malaise. Ou presque.

Rapidement, on apprendra ce qu’il en est: ce soir-là, quelques 4000$ et des poussières seront amassés sur environ 300 personnes dans la salle. Soit l’équivalent de 18$ le billet, pour ceux et celles qui ont payé. Car on saura aussi très vite que 77 personnes n’ont pas déboursé un seul sou. Résultat: les comédiens, qui se sont promis de ne pas jouer en deçà de 200$ pour la soirée (ce qui n’est pas des masses, on en conviendra), ne peuvent être tous sur scène avec l’argent qui reste (environ 600$) après les dépenses retranchées du 4000$ (frais de billetterie, investissement de 2000$ pour le spectacle, matériel, etc.). C’est donc trois comédiens qui pourront être sur scène, ou plutôt quatre après une collecte organisée directement dans la salle en jouant efficacement (avec beaucoup d’humour toujours) sur la culpabilité.

Crédit: Cath Langlois

Crédit: Cath Langlois

Loin de laisser le public tranquille, l’équipe reviendra à la charge en lui demandant encore une fois de choisir: sur sept comédiens, quatre peuvent y prendre part. Alors qui jouera dans la pièce?  Cellulaires en main, wifi actif, les spectateurs seront invités à voter après avoir assisté à sept exercices de séduction de la part des acteurs. « Je viens du Vénézuéla, je suis exotique! » dira l’une. « Je suis la muse du metteur en scène, il sera dévasté de savoir que je ne suis pas dans la pièce », dira l’autre. Et ainsi de suite. Le choix sera fait et la pièce pourra commencer. Mais pas vraiment, car le nom est équivoque: No Show. C’est un show qui n’aura jamais vraiment lieu.

La culpabilité occupe une grande place dans la soirée, toujours sous le couvert de l’humour. Mais une certaine pitié et un peu de lourdeur finissent par s’en dégager. Rien de bien grave, mais juste assez pour le dénoter. On parlera d’imposture, de l’exercice ingrat qu’est une audition, de conditions de vie, de salaire (évidemment), de ce que coûte véritablement un spectacle, de l’incompréhension de ce qu’est le métier de comédien, de passion, de passion qui s’étiole, de fatigue, de perte de repères, du fait d’être coupable ou non, de parfois tricher afin d’améliorer son sort, etc. De bien grandes questions.

Difficile d’expliquer tout ce qui se passera par la suite, tant ce trois heures est rempli à craquer d’éléments disparates et de surprises; on emprunte énormément de directions différentes et, franchement, on finit par s’y perdre un peu. Le spectacle mériterait un bon resserrement dans certaines parties qui sont soit trop longues, soit moins convaincantes ou encore inégales. On rit beaucoup, on est parfois émus, on a une véritable sympathie pour tous ces comédiens (excellents, coup de coeur pour Frédérique Bradet et Anne-Marie Côté) qui se dévoilent devant nous. Il y a une réelle intelligence dans le propos et il s’agit là d’une réflexion très pertinente sur une situation qui perdure et devient de plus en plus problématique (on vous fera d’ailleurs signer une pétition pour créer, comme en France, un système pour ceux qui ont le statut d’intermittent du spectacle, ce qui est une excellente idée) et qui touche bien des gens (votre humble MMEH en fait partie, sachez-le).

Après l’excellent Changing Room, l’équipe poursuit brillamment sa réflexion sur le théâtre et sur la place de la culture dans une mise en scène à échelle humaine, c’est-à-dire basée sur des réalités tangibles, des expériences vécues avec des comédiens qui jouent leurs propres rôles et qui restent, du début à la fin, en contact direct avec le public.

Malgré les quelques bémols, reste que cette équipe réussit toujours à créer de véritables ovnis artistiques comme il s’en fait peu et qui secouent efficacement les présupposés sur la création. À voir.

Le No Show, 3-4-juin 2014

La critique, fort pertinente, de Philippe Couture du Voir

Claudia Larochelle s’est prêtée à cet exercice pas mal intéressant que propose ICI ARTV. Expliquer, quelques minutes avant le show, ses attentes face à celui-ci et, ensuite, donner ses impressions à chaud, directement après le spectacle. Très éloquent:

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



%d blogueurs aiment cette page :