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Publié par le 5 mai, 2014 dans Littérature | commentaires

Nan Goldin: Guerrière et Gorgone – Martine Delvaux / Éditions Héliotrope

 

GOLDIN

Dans cet essai (qui se lit véritablement comme un roman), Martine Delvaux se penche sur le travail de la photographe américaine Nan Goldin. Mêlant sa propre vue et sa propre histoire à celle de son sujet, l’auteure entre dans l’intimité de Goldin et décortique ses créations photographiques qui sont nées du deuil et d’un besoin de transcrire la peine dans une forme visuelle qui conservent les traces de ceux et celles qui sont disparus.

Se shooter/shooter les autres: la vie de Nan Goldin est devenue une longue séance de photographie. (p. 12)

Très court et reposant sur une forme plutôt aléatoire, le petit livre évoque la vie de Goldin qui, très jeune, a été marquée par le suicide de sa soeur ainée Barbara. Il est aussi question de cette époque où le SIDA fait son apparition et où l’on apprend à vivre avec les répercussions d’une catastrophe comme Tchernobyl. Les espoirs sont hypothéqués et il est difficile d’éviter la lourdeur qui vient avec ces événements et qui teinte inévitablement le travail de plusieurs artistes.

Chez Goldin, les deuils s’enchaînent, les morts se font écho et elle vit au milieu d’eux. Entre les morts et les vivants, elle ne choisit pas. Elle fixe la mort parce qu’elle croit que ça nous regarde. Goldin ne respecte ni les interdits ni les tabous. Elle dénonce les stratégie d’évitement et demeure frontale, regardant droit devant. Goldin est excessive, sans mesure et elle n’a pas froid aux yeux. Elle ne fait pas de cadeaux, pas de concession. (p. 49)

En moins d’ une centaine de pages, Delvaux explique ainsi une sorte de filiation ressentie avec l’artiste. En mettant toujours en parallèle ses propres expériences du deuil et sa propre anticipation de la vie, l’auteure nous donne l’impression d’observer Goldin de l’intérieur. Ainsi, si l’on connaît l’artiste, nous nous retrouvons face à une intéressante analyse (très personnelle, cela dit) de son travail photographique et du processus cathartique dans lequel celle-ci s’est investie depuis plusieurs années déjà. Et si on ne connait pas Nan Goldin, c’est l’occasion d’entrer dans un monde où on n’a pas peur de regarder la mort en face. C’est cru, c’est à vif et c’est sans concessions.

Martine Delvaux propose ici un exercice intéressant, mélangeant essai littéraire et portrait d’artiste, dans un style assez libre qui nous donne une impression de journal intime (sans la connotation péjorative – fleur bleue ou encore cliché – que peut suggérer cette appellation). À lire, pour (re)découvrir une artiste fascinante, présentée ici par une écrivaine qui l’est tout autant.

Dans la même collection, Catherine Mavrikakis, quant à elle, se penche sur Diamanda Galas.

Si l’artiste vous intéresse, un mémoire de maîtrise a été réalisé sur la série Soeurs, Saintes et Sybilles.

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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