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Publié par le 3 mai, 2014 dans Danse | commentaires

Noire – Annie Gagnon / La Rotonde

Crédits: David Cannon.

Crédits: David Cannon.

Lorsque l’objet dénature le noir

Annie Gagnon, que l’on connaît comme interprète auprès d’Harold Rhéaume et Emmanuel Jouthe, présente, à La Rotonde, son premier spectacle de grande envergure intitulé Noire. Chorégraphiée pour deux femmes, cette danse à la fois sinueuse et effrénée exprime l’acharnement que l’on mène à réédifier ce qui s’est transformé en abîme.

D’entrée de jeu, un jeune violoncelliste (Raphaël Dubé) exécute un court solo musical vibrant, mais tordu, où les fausses notes insufflent le ton du spectacle. La présence de Dubé inonde la salle d’une sensation d’élévation de soi et teinte l’espace d’une grande émotivité. Il est plutôt rare d’avoir accès à un musicien sur scène dans les spectacles de danse contemporaine. La réceptivité qui s’opère entre ces différents artistes devient d’une très grande richesse. On peut dès lors, observer toute l’influence que l’un a sur l’autre. Sans l’aplomb et l’incroyable sensibilité musicale de Dubé, les deux interprètes Isabelle Gagnon et Mélanie Therrien ne pourraient offrir, à elles seules, toute la densité émotive qui s’articule autour de cet échange.

D’un point de vue chorégraphique, on réalise qu’un objet a ses limites. Instaurés depuis les premières minutes, un bureau scolaire et un divan de bois deviendront les deux partenaires des danseuses. Quoiqu’intéressante, la polyfonctionnalité peut parfois limiter la gestuelle et charger l’oeuvre de symboles qui peuvent perturber la compréhension du spectacle. Certaines sections avec le pupitre, toutefois bien exécutées par Isabelle Gagnon, deviennent répétitives et dénuées d’acharnement et de courage comme voudrait évoquer l’oeuvre en soi. On sent, à certains moments, que la recherche chorégraphique autour de l’objet en fait baver le sens.

Toutefois, la finale progressive et énergique vient merveilleusement clore cette heure de danse. Une pente, en fond de scène, sera utilisée pour créer de fortes images. Mélanie Therrien aura l’audace d’en tomber, d’en relever et d’attaquer cette montagne parfois ardue à gravir. Le violoncelliste jouera d’une vivacité enlevante et ensemble, ils graveront chez le spectateur une image qui vaut mille maux.

Bref, Annie Gagnon propose un spectacle sombre, mais chargé d’espoir qui confirme, malgré quelques doutes vis-à-vis la surabondance d’objets hétéroclites, que les créations chorégraphiques de la Capitale, devraient teinter davantage le paysage culturel québécois.

C’est à suivre…

Noire est présentée à la Salle Multi de Méduse les 1, 2 et 3 mai prochain.

Cette création est coproduite par La Rotonde et D’Eux/Annie Gagnon.

À propos de Olivier Arteau-Gauthier


Après ses études collégiales en théâtre, il ira conquérir la Biélorussie à la découverte de techniques théâtrales russes. Friand d’offrir à son corps de nouvelles possibilités, il entreprend un baccalauréat en danse à l’UQAM qu’il devra laisser reposer puisque le Conservatoire d’art dramatique de Québec l’appelle à se concentrer sur l’essence même du théâtre : le jeu. Il collabore également à plusieurs blogues spécialisés en art vivant afin de garder dans le temps, une trace de l'éphémère.



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