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Publié par le 1 mai, 2014 dans Danse | commentaires

Tragédie – Olivier Dubois / Théâtre Maisonneuve

Crédits : Francois Stemmer

Crédits : Francois Stemmer

C’est beau la tragédie humaine

L’humanité est l’ensemble des caractéristiques sociales et psychologiques qui différencie l’espèce humaine des autres espèces animales. Olivier Dubois dresse, dans son oeuvre Tragédie, un portrait troublant, viscéral, dénué de toutes inhibitions. Quel comportement aurait un groupe d’individus sans normes sociales? Dubois répond à cela ; beaucoup de violence, de sexe, mais surtout une irrésistible envie de demeurer en vie. Aux limites de cette cage : l’animal.

Fort de son expérience comme danseur auprès de Karine Saporta et Sasha Waltz, pour ne nommer que ces deux créatrices influentes, il crée, à l’aube de la quarantaine, une oeuvre qu’il articule en trois parties : Parade, Épisodes et Catharsis. Naturellement, le chorégraphe fait référence à la tragédie grecque : du parados à la catharsis.

La première partie du spectacle, Parade, s’articule autour d’une marche interminable, martelée par l’oppressante musique de François Caffenne. Le spectateur est convié à une pulsation sonore qui marque les pas des 18 interprètes, qui avanceront tous de la même façon, en bougeant à travers les mêmes initiations corporelles. La simplicité de la danse semble évoquer l’automatisme, l’aliénation, qui nous poussent à vouloir sortir du cadre dans lequel nous sommes inscrits. C’est alors qu’un léger dérèglement survient au centre de cette chorégraphie militaire. Une femme se gratte le ventre. Un homme marche à reculons. On assiste alors à l’élaboration progressive du chaos ; la personnification de chacun d’eux mènera à la déraison, à l’exacerbation des passions individuelles.

Épisodes et Catharsis nous enlisent dans une danse performative. Dubois semble laisser une immense liberté quant à la gestuelle splanchnique* de chaque interprète. Nous accédons au rapport intime que ces hommes et femmes entretiennent avec leur corps à travers des mouvements qui leur sont propres. Ainsi, à travers les effets de choeur récurrents, chaque individu se meut via ses propres états de corps. L’épuisement, et la tension musculaire ne sont que quelques outils qui guideront la chorégraphie. On assiste donc à une danse de l’effort plutôt qu’une chorégraphie stylisée. La finale témoigne de cet effort incroyable ; soudainement, les corps sont rouges, luisants de sueur, la respiration abdominale est frénétique et le visage est dénué de toute émotivité. Lavés. Vidés. Aseptisés. Des êtres pratiquement exorcisés.

Olivier Dubois a réussi à donner à voir une oeuvre kinesthésique, au-delà de ce qui est beau et acceptable. Il permet à une humanité d’observer son propre reflet, de développer une empathie des corps, de scruter la violence humaine et l’autosabotage. Car tout ceci est beau. C’est beau l’humanité lorsqu’elle tend à se révéler.

Tragédie fût présentée au Grand Théâtre de Québec le 27 avril dernier et sera à l’affiche à la Place des Arts de Montréal les 1, 2 et 3 mai 2014.

*Qui a un rapport aux viscères.

Tragédie, 1er au 3 mai, Théâtre Maisonneuve 

À propos de Olivier Arteau-Gauthier


Après ses études collégiales en théâtre, il ira conquérir la Biélorussie à la découverte de techniques théâtrales russes. Friand d’offrir à son corps de nouvelles possibilités, il entreprend un baccalauréat en danse à l’UQAM qu’il devra laisser reposer puisque le Conservatoire d’art dramatique de Québec l’appelle à se concentrer sur l’essence même du théâtre : le jeu. Il collabore également à plusieurs blogues spécialisés en art vivant afin de garder dans le temps, une trace de l'éphémère.



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