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Publié par le 30 avr, 2014 dans Littérature | commentaires

Jamais Lu: entrevue avec David Paquet

 

Photo: Yannick Corriveau

Photo: Yannick Corriveau

Habituellement confiné à son bureau, préoccupé à imaginer la réaction du public et des dialogues à ses personnages, l’auteur dramatique se présente rarement seul en scène devant un public de chair et d’os. C’est pourtant ce que s’apprête à faire avec enthousiasme le dramaturge David Paquet lors de La soirée papiers mâchés, Stand-up poétique, présentée Aux Écuries le 3 mai au Festival Jamais lu.

Curieux, nous nous sommes entretenus avec lui.

***

Crédit: David Ospina

Crédit: David Ospina

Qu’est-ce que c’est exactement La soirée papiers mâchés, Stand-up poétique?

Ce sont des contes, des monologues et un petit peu de Spoken Word, tout mélangés ensemble. C’est la rencontre formelle entre le stand-up comique et la performance poétique.

Pour ce spectacle, tu as décidé de t’adresser directement au public. D’où est venue l’idée?

J’ai toujours été jaloux des spectacles de musique avec la formule des chansons, comme des petites œuvres indépendantes, qui permet de changer l’ordre soir après soir. Et puis je me suis dit, « en théâtre, qu’est-ce que ça donne? » Parce qu’en théâtre, on est toujours dans des œuvres de longue haleine. Il y a des raisons pour ça, bien sûr. Mais j’étais tout de même curieux d’aller toucher à cette liberté, de changer les tableaux, les numéros et d’aller vers quelque chose de plus « cabaret ».

Aussi, en tant qu’auteur de théâtre, j’écris pour le spectateur, pour aller à sa rencontre. C’est pour lui que je passe tout ce temps seul à écrire. Je me suis dit, tant qu’à passer autant de temps à lui raconter des histoires, ce serait bien d’être là pendant que les histoires sont livrées.

Un peu plus sur l’auteur…

Diplômé de l’École nationale de théâtre du Canada en 2006, l’auteur de Porc-épic2 h 14Le brasier et Appels entrants illimités a remporté de nombreux prix, dont le Prix du Gouverneur général et le prix Michel-Tremblay en 2010. Son écriture se situe au carrefour de l’humour noir, de la poésie et du surréalisme.

Crédit: David Ospina

Crédit: David Ospina

Est-ce que ça a influencé ton écriture de savoir que tu allais raconter oralement, toi-même? Est-ce que ça a changé ta manière d’écrire comparativement à tes autres pièces?

Oui, dans le sens où je me permets plus d’ambigüités. J’ai davantage l’impression d’écrire des plans plutôt que des œuvres destinées à être publiées. Je m’écris des notes pour raconter tel ou tel anecdotes pour introduire un numéro.

Ce que j’aime dans tout ça, c’est que le projet est comme l’extension de mon écriture de théâtre. Quand j’écris pour le théâtre, je suis constamment en train de questionner le quatrième mur et le rapport scène-salle. Est-ce qu’on s’adresse directement aux gens? Comment on le fait? Pourquoi on le fait? Et là, j’essaie de les pousser un peu plus loin ous ces questionnements.

Tu te retrouves encore une fois dans une posture d’auteur. C’est toi qui décides de l’ordre et de la manière.

Je suis seul en scène avec un lutrin et un tabouret. Ce que je recherche c’est la plus simple expression possible. Ce que j’ai besoin, c’est une bouche et des oreilles. C’est tout.

C’est une manière de questionner la dépendance des artistes par rapport aux subventions, par rapport aux budgets. Je me dis que créer à la base, c’est gratuit. Ça dépend des démarches, ça dépend des arts. Et l’idée peut déranger bien des gens. Mais moi, je sais que j’ai besoin qu’un aspect de ma création soit complètement insoumis. Parler, raconter des histoires. On ne pourra jamais m’empêcher de faire ça. Et ça peut paraître cliché, mais pour moi c’est revenir aux gens autour du feu qui se racontent des histoires depuis toujours. Continuons.

Est-ce qu’il y a une part de peur à l’idée d’être devant une foule, toi qui es toujours caché dans ton bureau?

Il y a une adrénaline. Je ne sais pas si c’est une peur. J’ai envie de pouvoir voir la réaction des gens directement, de pouvoir l’entendre. J’ai un enthousiasme à vouloir raconter ces histoires, à communiquer. Mais c’est sûr que la veille et avant de rentrer sur scène, je serai extrêmement stressé. Mais j’ai hâte de faire ça. Je veux faire ça.

Crédit: David Ospina

Crédit: David Ospina

Qu’est-ce qui te pousse à écrire? C’est quoi ton feu à toi?

L’écriture, c’est vraisemblablement le plus grand terrain de liberté que j’ai connu dans la vie. Il y a cet état, surtout quand tu n’es pas dans une écriture de commande, où soudainement tout est possible.

Il y a aussi la notion de fuite. Des fois il faut quitter le réel pour mieux y revenir. Par moment le réel m’emmerde. Je le trouve très limitatif. L’imagination et la fiction ont ce pouvoir alchimique de transcender les limites et de nous faire voir les choses comme on ne les voit pas d’habitude.

Et, je peux me lever quand je veux, me raser quand ça me tente! Ne pas mettre de cravates et d’habits! J’adore ça!

C’est donc aussi un beau « life style »?

Oh oui. Mets-en. Mais encore faut-il avoir la chance d’aller au bout de ce « life style ». Moi, j’ai été extrêmement chanceux. Mes pièces ont trouvé écho ici et à l’étranger. J’ai remporté des prix qui m’ont permis de ne pas être dans une constante recherche quotidienne de survie monétaire. La grande majorité des auteurs ont un job parallèle, mais pourtant persistent et signent. Ils sont là à vouloir écrire, malgré le fait qu’ils rentrent de travailler et qu’ils sont fatigués.

Moi, je me dis, je ne fais pas beaucoup d’argent par année, mais la liberté que j’ai, elle vaut énormément.

David Paquet nous offre un conte initialement raconté par Kim Yaroshevskaya: 

La soirée papiers mâchés, Stand-up poétique

Mise en lecture et interprétation : David Paquet

Festival Jamais Lu, Théâtre Aux Écuries

3 mai 2014, 20h

jamaislu.com

À propos de Anne Sophie Carpentier


Journaliste, chroniqueuse et animatrice, Anne-Sophie Carpentier écrit pour l’hebdo Voir et s’implique activement à la station de radio communautaire CIBL depuis plusieurs années. Elle fait partie du groupe d’intrépides reporteurs culturels qui fabriquent chaque semaine l’émission l’Escouade M et livre de pétillantes chroniques littéraires à l’émission Catherine et Laurent. Elle détient un Baccalauréat en Études Théâtrales et un Certificat en Journalisme.



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