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Publié par le 22 avr, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

Violette Nozière, vilaine chérie – Camille Benyamina & Eddy Simon

Aller aux vues

J’aime la bande dessinée qui me donne l’impression d’être aux vues. (J’apprécie plein d’autres choses dans le 9e art, mais intéressons-nous à celle-ci pour l’instant…)

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Je disais donc que j’aime la BD cinématographique et, particulièrement, cette impression qu’un personnage prend vie sous mes yeux. Qu’à tout moment, il peut bondir hors de la case pour me taper un clin d’oeil. Sous le papier, son coeur bat, du sang coule dans ses veines. J’en suis sûre.

Côté dessin, cette impression de «vie» va souvent de pair avec une riche palette de couleurs, une coloration bien aboutie et un coup de crayon dynamique et rythmé.

J’ai retrouvé ce plaisir cinématographique dans Violette Nozière, vilaine chérie, publié chez Casterman. Du beau dessin, en voulez-vous, en v’là!

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Ces planches sont l’oeuvre de la jeune artiste française Camille Benyamina. Elle travaille surtout dans le milieu de l’illustration, mais sur son site, on découvre qu’elle s’adonne aussi à la sculpture. Ses créations représentent souvent des visages humains, très réalistes. Quand je vous parlais de cinéma…

En créant ses planches, l’artiste avait-elle en tête le film de Claude Chabrol (Violette Nozière, sorti en 1977) avec la troublante Isabelle Huppert? Certes, les deux « directions photo » se ressemblent, mais Benyamina réussit à imaginer un univers qui lui est propre.

Mais un beau dessin ne suffit pas à faire une BD de qualité. De jolies planches qui racontent une mauvaise histoire, c’est un vrai gâchis. Heureusement, là encore, Violette Nozière mise juste.

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Violette Nozière a véritablement existé. Dans les années 1930, la jeune Parisienne a fait les manchettes après avoir tenté d’assassiner ses parents. Son père a succombé à l’attentat; sa mère, elle, y a survécu. Les médias de l’époque se sont emparés de l’affaire. On ne parlait plus que de cette jeune femme aux moeurs légères, issue d’un milieu modeste, à la fois menteuse et manipulatrice, accro à l’argent et apparemment prête à tout pour arriver à ses fins. On lui avait même trouvé un surnom: l’ange noir.

Tous n’étaient pas contre la jeune femme. En 1933, des artistes surréalistes (Breton, Dalí, Ernst, Éluard) se sont portés à la défense de Nozière en la plaçant au centre d’une oeuvre collective (Violette Nozières). Et encore aujourd’hui, le cas de Violette divise. En France, son histoire a longtemps alimenté de nombreux débats: la place des femmes dans le Paris de l’entre-deux-guerres, le poids de l’opinion publique, les femmes criminelles…

Aux fins de la BD, le scénariste Eddy Simon (Rouge Karma, fondateur des fanzines Sapristi et Dynamick) brode une trame claire et efficace. Simon a aussi eu la bonne idée de ne pas trop appuyer le côté « vilain » de son héroïne. Il a su insuffler à Violette Nozière une charmante douceur. Dans le scénario de Simon, L’ange-noire-Nozière n’est souvent que la simple Violette, une jeune Parisienne un brin naïve qui rêve de mener la grande vie. Et qui en payera le prix.

Pas de doute, Violette Nozière fait une excellente héroïne de bd. Même une bonne héroïne, tout court. La vilaine chérie a un tempérament imprévisible, une morale élastique et des amours compliquées. Sans oublier le complot pour meurtre et le procès juteux. Que demander de plus?

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La BD Violette Nozière se savoure comme un bon polar, soit sans retenue, du début à la fin. Je vous le dis, c’est comme aller aux vues. C’est même mieux. Une fois le livre refermé, Violette est encore avec vous. Et elle n’attend que votre signal pour bondir hors de la case et vous taper un clin d’oeil.

Casterman, 96 pages

À propos de Katerine Verebely


Curieuse culturelle à temps plein.



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