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Publié par le 13 avr, 2014 dans Littérature | commentaires

L’album multicolore – Louise Dupré / Éditions Héliotrope

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Quelques mois après la mort soudaine de sa mère en décembre 2011, l’auteure Louise Dupré a commencé à écrire sur celle-ci. Inspirée par l’album multicolore que cette mère tant aimée leur avait offert, à ses frères et elle, avec une photo de couverture différente pour chacun (la très belle couverture du livre), l’écrivaine a construit son texte, les morceaux de puzzle se sont assemblés, et un véritable album de famille est né de sa plume.

Louise Dupré offre avec ce roman autobiographique son œuvre « la plus difficile à écrire et la plus difficile à publier »*. On peut en effet facilement comprendre la complexité d’un tel acte : comment se livrer à ses lecteurs sans tomber dans le narcissisme ou l’exhibitionnisme, comment assumer un tel récit, aussi intime ?

Louise Dupré y parvient parfaitement en faisant de son livre une histoire universelle sur l’amour d’une fille pour sa mère avec tout ce que cela implique de beauté et de bonheur, mais aussi de culpabilité, d’incompréhension, de difficulté et de tristesse. Son histoire représente un vibrant hommage à cette femme, et de manière plus large, à toutes les femmes qui ont gravité autour d’elle, grands-mères et arrière grands-mères.

Découpé en trois parties, le livre offre à la fois le récit de la vie de Cécile, la mère de Louise Dupré, très ancrée dans la ville de Sherbrooke, des instantanés décrivant de façon précise des moments du quotidien d’une famille québécoise des années 50 (ou plus tard) et une partie finale amenant l’auteure à comprendre un peu mieux qui était sa mère et à faire le deuil de celle-ci. Deuil jamais véritablement terminé cependant, puisqu’elle vivra toujours en elle.

Quelques mots sur l’auteure…

Auteure prolifique et touche à tout littéraire (théâtre, roman, nouvelle, mais surtout poésie), plusieurs fois primée (entre autres, Prix littéraire du Gouverneur général en 2011 pour son recueil de poésie Plus haut que les flammes), Louise Dupré est également impliquée dans le monde de l’enseignement, comme professeur de littérature et le milieu de l’édition (Éditions du remue-ménage, revue Voix et images).

Certains passages condensent l’atmosphère et l’idée du dernier livre de Louise Dupré. On y trouve la matière première du livre tout entier et les émotions que de tels sujets peuvent faire surgir…

« La perte d’une personne aimée nous marque au plus profond de nos fibres. La douleur finit par s’atténuer, mais non l’horreur de la mort, capable de surgir au moindre prétexte. Même si le deuil nous conduit à une mémoire sereine, il laisse toujours un halo de mélancolie. » (p.185)

D’autres parties nous démontrent le côté intarissable de ce type de texte (autobiographie) et la profondeur de ces thèmes. Lire et relire les pages de cet album multicolore apporte de nouvelles perspectives et rend cette lecture inépuisable et riche. Alors, les écrire ? On devine la difficulté pour l’auteure de mettre un point final à ce texte.

« Un matin, je sentirai que ce récit va bientôt se terminer. Mais se pourrait-il que jamais n’arrive ce moment, que j’y sois rivée jusqu’à ma mort ?
Contrairement à mes textes de fiction, où je peux sinon prévoir, du moins sentir une fin probable, je ne réussirai jamais à épuiser ma mémoire. » (p.218)

Ce qui a poussé l’écrivaine à entamer son roman a été cette volonté de comprendre qui était cette femme, cette maman dont elle savait finalement peu de choses. Faire le portrait de sa mère signifiait pour elle commencer un deuil. Mais elle ne voulait pas trahir la mémoire ni la vérité. La narration, non linéaire, « un peu anarchique », a nécessité un travail de « funambule ».

Une mémoire fertile peut donner l’impression que l’on embellit ou enlaidit la réalité. Les souvenirs ne sont pas toujours les mêmes chez des personnes qui ont pourtant vécu les mêmes événements, c’est un fait. Construire l’histoire de sa famille sans pouvoir obtenir les témoignages concrets des personnes concernées nécessite recherche et justesse. À la manière de Simone de Beauvoir, quelquefois citée dans L’album multicolore, elle compose de façon très fine et précise ces moments reliés à sa génitrice, et ce, avec beaucoup d’humilité et de beauté.

Cet album multicolore, que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page et qui nous racontera toujours une histoire importante, nous offre un style délicat et souvent lumineux. Ce texte, dont les mots résonnent dans notre cœur et dans notre esprit, nous habite longtemps. En abordant des thèmes comme la maladie mentale, la religion, la famille, les rapports mère-fille, Louise Dupré nous donne à réfléchir sur les liens qui nous unissent et sur leur fragilité. Une lecture riche émotionnellement et intellectuellement.

L’album multicolore, Louise Dupré, Éditions Héliotrope, 2014, 270 pages.

*Les extraits entre guillemets sont tirés de l’entrevue avec Claudia Larochelle réalisée lors du lancement du livre le 9 avril dernier à la librairie Raffin.

À propos de Laetitia Le Clech


Lætitia rédige ses « rapports de lecture » depuis début 2006 sur son propre blogue Lectures d'ici et d'ailleurs (lecturesdicietdailleurs.blogspot.ca/) et depuis 2012 sur Ma Mère était hipster pour partager ce que la lecture représente pour elle : à la fois refuge et échappatoire, réflexion sur la vie, beauté et poésie, choc et douleur. Les livres sont ses meilleurs amis depuis toujours et elle a décidé d’essayer de leur rendre la pareille.



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