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Publié par le 16 mar, 2014 dans Littérature, Théâtre | commentaires

Testament – Vickie Gendreau / Théâtre de Quat’sous

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Crédit: Yanick Macdonald

Le metteur en scène Éric Jean propose une vision pop du roman Testament de Vickie Gendreau. Dans son adaptation scénique très attendue, le directeur du Théâtre de Quat’sous juxtapose un montage dramatique habile à des moments musicaux et festifs moins consistants. Des images se déploient sur scène, parfois jusqu’à la saturation.

Vickie Gendreau a mis en scène sa propre mort dans son roman Testament. L’œuvre est intime et fragmentée, écrite dans l’urgence à 23 ans par cette jeune danseuse nue condamnée par une tumeur au cerveau. Elle décrit sa maladie de l’intérieur, devient plusieurs personnages en même temps et imagine la réaction de ses amis face à sa mort au moment où ils ouvriront les enveloppes brunes qu’elle leur a préparées, contenant « tout ce qui rugissait en elle versé dans des clés USB ». Qu’on ait lu ou non le livre en question, la légende qui s’est construite autour de l’auteure à de quoi susciter l’intérêt.

Briller par son absence

Pendant l’entrée du public, les comédiens déjà présents sur scène discutent verre à la main, comme s’ils se trouvaient dans une fête. Et puis un noir total se fait dans la salle. Sans artifices, les mots de Vickie Gendreau se font entendre par la voix grave de la comédienne Jade-Mariuka Robitaille.

Anne-Sophie a également fait une critique de la pièce Testament à l’émission Escouade M, sur les ondes de CIBL.

Un début sobre et percutant qui permet d’entendre la puissance de l’écriture de la grande absente de la soirée.

C’est une pièce chorale pour 8 comédiens qu’a réalisé Éric Jean, qui installe le spectacle dans un espace épuré, jonché de bouteilles d’alcool. Côté jardin, un piano. Côté cour, une batterie qui marque le tempo pop rock du spectacle. À l’arrière-scène se trouve un immense écran sur lequel sont diffusées des projections vidéos montrant un tutu en feu dans un champ à la campagne, montrant celle qui interprète Vickie en train de nager sous l’eau en tutu jaune, de se peindre le visage en noir, de se faire renverser de la peinture rose sur sa tête blonde, etc.

Mais on se demande: pourquoi tant de projections vidéo? Peut-être pour illustrer les écrans que consulte avidement la jeune génération. Difficile de ne pas être agacée devant ces  projections qui finissent par surcharger l’écriture scénique déjà foisonnante.

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Crédit: Yanick Macdonald

La Vickie d’Éric Jean est défendue avec panache par la voluptueuse Jade-Mariuka Robitaille. Plus blonde que brune, plus sensuelle et que sexuelle, plus aguicheuse que dénudée, celle-ci interprète une Vickie Gendreau touchante et rieuse. Il ne faut pas chercher à voir en elle la jeune femme du roman qui écrit “en bedaine”, cigarette au bec.

C’est la qualité du montage dramatique, réalisé en collaboration avec le dramaturge Sébastien David, qui fait la charpente solide de cette production. Le spectacle conserve habilement l’essentiel du roman, tout en gardant uniquement les mots de Vickie Gendreau, sans dialogues. Les seuls moments d’échanges sont les scènes musicales créées par Éric Jean où

les comédiens dansent et jouent chacun à leur tour de la musique, nous faisant embrasser (presque trop) l’aspect lumineux du texte de Vickie Gendreau.

De très jeunes gens

L’adaptation propose une incarnation festive et juvénile qui rend sa mort encore plus injuste et bouleversante. Malgré la grande qualité de son adaptation dramatique, la mise en scène en décevra peut-être plusieurs par les nombreuses performances musicales: celles-ci communiquent la soif de s’amuser entre jeunes gens habillés de couleurs vives, mais tristement comme un cliché de la jeunesse qui danse sur la scène.

Leur jeune âge donne à cette production une vivacité, sans laisser voir la lucidité et le cynisme propre à l’auteure. La maladie, l’hôpital et la décrépitude du corps sont présents, mais périphériques. On a l’impression d’assister à une fête privée ou une soirée de performances qui rend hommage à la défunte sans enrichir l’œuvre mais, il faut le souligner, sans la trahir non plus.

Testament, d’après le roman de Vickie Gendreau, mise en scène Éric Jean

Jusqu’au 30 mars 2014 au Théâtre Quat’sous

À propos de Anne Sophie Carpentier


Journaliste, chroniqueuse et animatrice, Anne-Sophie Carpentier écrit pour l’hebdo Voir et s’implique activement à la station de radio communautaire CIBL depuis plusieurs années. Elle fait partie du groupe d’intrépides reporteurs culturels qui fabriquent chaque semaine l’émission l’Escouade M et livre de pétillantes chroniques littéraires à l’émission Catherine et Laurent. Elle détient un Baccalauréat en Études Théâtrales et un Certificat en Journalisme.



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