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Publié par le 10 mar, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

Le bestiaire des fruits – Zviane / La Pastèque

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Je ne sais pas dans quelle mesure il est important d’admettre d’emblée ces choses-là[1], mais je connais personnellement Sylvie-Anne Ménard, alias Zviane. Nous ne sommes pas des amis proches, mais on se fait la jasette quand on se croise dans l’autobus. Je l’ai rencontrée plusieurs fois, et l’image que j’ai toujours eue d’elle est celle d’une jeune femme énergique, souriante, au rire explosif et généreux. Elle est le genre de personnalité qui dynamise l’atmosphère quand elle rentre dans une pièce, peu importe la taille du groupe qui s’y trouve.

Son sens de l’humour est bien reflété dans la plupart de ses œuvres, mais ses deux plus récentes qui m’ont davantage marqué, soient Apnée et Les Deuxièmes, donnaient plutôt dans le pathos. J’ai été d’autant plus impressionné par la qualité de ces deux albums, qui communiquent admirablement bien une déprime ou une relation douce-amère, précisément parce que je soupçonnais moins cette sensibilité chez Zviane.

N’empêche que j’avais hâte à sa prochaine parution « joyeuse ». J’en avais eu une petite dose avec sa collaboration à la plus récente édition des 24 heures de la bande dessinée d’Angoulême, qui était cocasse en donnant dans l’absurde – il faut dire que la consigne de création pour les 24 heures était une consigne débile qui contraignait pratiquement au récit décousu.

Eh bien, la parution rigolote est arrivée sur les tablettes en février, et j’en ai eu pour ma faim.

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Comme pour les autres titres parus jusqu’à présent dans la collection Pomelo, Le bestiaire des fruits est un « guide faussement pratique » et recueille du matériel paru précédemment (sur le Web puis en fanzine). Contrairement à la mise en album assez paresseuse pour Deux Milligrammes de Benjamin Adam et suivant l’exemple d’Iris et Cathon pour La liste des choses qui existent, le passage du Bestiaire des Fruits chez La Pastèque a donné lieu à une généreuse bonification de la part de l’auteure : nouvelle préface, passages redessinés et, j’imagine, quelques bonus en prime. Le tout tient dans un album de 118 pages en fuchsia et blanc qui se lit super bien et se digère comme un charme. – OK JE PROMETS QUE JE NE FERAI PLUS DE MÉTAPHORES ALIMENTAIRES PENDANT LE RESTE DU TEXTE.

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Le bestiaire des fruits est un guide de dégustation de plusieurs fruits exotiques – 16 au total –  qui font l’objet d’un court récit de l’expérience gustative (et de ses ramifications en ce qui a trait à la préparation de l’aliment) et d’une évaluation quantifiée selon quatre critères, aboutissant à une note sur 40. Les approches adoptées pour la présentation des fruits sont variées : c’est parfois assez autobiographique, parfois plus encyclopédique, parfois construit autour de récits inventés. La variation des manières d’aborder les fruits fait en sorte que la lecture successive de chaque section n’entraîne pas un effet de répétition qui rendrait indiges redondante la traversée intégrale de l’œuvre en une seule séance de lecture.

J’ai l’impression d’insister sur la grande flexibilité du dessin de Zviane à chaque fois que j’écris sur elle. Je dois le faire une fois de plus ici, parce que ses plus récentes parutions m’avaient fait oublier à quel point elle peut rendre son approche élastique pour la mettre au service d’effets cocasses. Empruntant parfois à l’exacerbation des mangas les plus déjantés, mais faisant preuve d’une grande précision dans la reproduction des fruits exotiques, le visuel de l’œuvre est parfaitement en phase avec l’approche « scientifique », mais marrante.

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Difficile de comparer Les deuxièmes au Bestiaire des Fruits; les deux relèvent tellement d’une approche différente que ce serait comme comparer des pommes à des oranges des missiles à des skis de fond. Mais au final, j’avais eu quelques réserves face aux Deuxièmes, tandis que pour le Bestiaire, je dirais tout au plus que certains gags ont moins fonctionné, mais la grande majorité des blagues m’ont fait franchement rigoler. Et en bande dessinée, j’ai plus de respect une œuvre humoristique réussie que pour une œuvre dramatique. Dans le domaine du jeu d’acteur, une maxime souvent répétée est « Dying is easy. Comedy is hard », et je pense qu’on peut en dire autant du 9e art. La qualité du dessin d’humour repose en grande partie sur le dosage, et l’édition remaniée du Bestiaire des fruits confirme que c’est un registre visuel que Zviane maîtrise admirablement, sachant en mettre beaucoup aux moments forts de ses gags, mais en étant plus réservée par ailleurs, de manière à accentuer l’écart entre les deux.

Je n’ai donc que d’éloges pour cet album, qui maintient le haut niveau de qualité de la collection Pomelo, vraiment une des belles offrandes de La pastèque.

Le Bestiaire des fruits, Zviane, 2014, La Pastèque


[1] Mais je crois que c’est important d’être transparent d’entrée de jeu quand on est un journaliste ou un commentateur médiatique, comme le démontre le scandale autour des présentateurs de l’émission The National qui sont payés par des compagnies pétrolières canadiennes pour donner des conférences, scandale qui a été ébruité par l’excellent podcast Canadaland, dont je vous recommande fortement l’écoute.

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



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