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Publié par le 6 fév, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

Skandalon / Julie Maroh

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Le succès, ce cadeau empoisonné.

En musique, on parle souvent du fameux « second album ». Vous savez, celui qui vient après le premier (!), après le succès foudroyant. Celui qui est siiiiiii difficile à écrire. Il faut éviter la redite tout en essayant de prouver (aux autres ou à soi-même) qu’on est à la hauteur et que l’expression “feu de paille“ ne s’applique pas à nous.

Les musiciens ne détiennent pas le monopole du « syndrome du second album ». Parlez-en à la bédéiste française Julie Maroh. Son premier (et magnifique) ouvrage, Le bleu est une couleur chaude, l’a propulsée au-devant de la scène internationale. Le cinéaste Abdellatif Kechiche en a fait une adaptation pour le cinéma (La vie d’Adèle), couronnée de la Palme d’or au Festival de Cannes l’an dernier. La to-ta-le.

Comment se remettre au dessin? Quel sujet choisir? Comment l’aborder? Je suis certaine que toutes ces questions ont traversé l’esprit de Julie Maroh à plusieurs reprises. Et laissez-moi vous dire que la bédéphile que je suis attendait son second opus avec impatience. Julie, ohhh Julie, ne seras-tu qu’un feu de paille? Pire… qu’une liaison d’un soir?

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Chute libre

Je ne vous fais pas languir plus longtemps. Skandalon est très réussi.

Le livre raconte la lente et pénible autodestruction de Tazane, un rockeur au sommet de la gloire. Cette chute libre est d’ailleurs très bien représentée sur la page couverture de la BD. Tête en bas, les pieds pointant vers le ciel, le héros déchu plonge dans une mer rouge sang, et rien ne semble pouvoir ralentir sa chute.

Le texte de Julie Maroh soulève des questions on-ne-peut-plus actuelles. Idoles instantanées, culte de la vedette, cirque médiatique, délire collectif, dérive sociétale… à qui la faute? Tazane, idole tourmentée et incomprise, est aussi l’artisan de son propre malheur en nourrissant sans retenue la bête qu’on appelle « scandale ». Plus il en donne, plus les médias et le public en redemandent. Et plus il s’enfonce. « Je les déteste de ne pas voir qu’ils font exactement ce que j’attends d’eux. » Tazane est-il aussi victime qu’on voudrait le croire?

En postface, Julie Maroh livre un long texte pour poursuivre la réflexion sur les notions de culte, de mythe et de transgression. Elle cite, entre autres, le philosophe français. René Girard. Oui, oui, vous avez bien lu. Bande dessinée et philo intello cohabitent. Non mais… c’est pas beau, ça?

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Rouge et bleu

Chez Julie Maroh, si le bleu peut être une couleur chaude, le rouge devient assurément une couleur brûlante. L’artiste l’utilise pour décrire certains des moments les plus troubles du chanteur. Lorsqu’il est seul avec sa guitare, en proie aux doutes. Ou lorsqu’il est sur scène, totalement grisé par l’énergie de la foule, possédé par un pouvoir qu’il ne contrôle pas.

Dans Skandalon, le coup de crayon de Maroh est expressionniste, vibrant, voire même parfois un peu violent. L’auteure réussit faire passer beaucoup d’émotion dans le regard de son héros, Tazane. Le lecteur s’y attache : on l’aime, on le déteste, on veut le prendre dans nos bras,  l’engueuler à pleins poumons,  le sauver. Tazane incarne la quête de sens qui nous habite tous.

Je ne sais pas si Julie Maroh a véritablement souffert du « syndrome du second album ». Mais Skandalon est peut-être la réponse de l’auteure au tsunami provoqué par le succès de son premier livre. Tout comme Tazane, Julie Maroh s’est retrouvée sous le feu des projecteurs. Elle a sans doute été étourdie par les trompettes de la Renommée. Mais contrairement à son héros, abîme, elle s’en sort sans trop de séquelles. Du moins, en apparence.

Skandalon, Éditions Glénat, 2013

À propos de Katerine Verebely


Curieuse culturelle à temps plein.



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