Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 5 fév, 2014 dans Bande dessinée | commentaires

Deux milligrammes – Benjamin Adam / La Pastèque

entete-millig

Jusqu’à présent, la nouvelle collection de la Pastèque intitulée Pomelo, qui promet « une collection d’ouvrages faussement pratiques », n’avait offert qu’une seule offrande : l’excellente Liste des choses qui existent de Cathon et Iris. Voilà que s’ajoute l’album Deux Milligrammes de Benjamin Adam, qu’on avait découvert avec l’époustouflant Latrigues et Prévert.

Deux milligrammes fait référence à la quantité de nicotine que l’on retrouve dans la Nicorette, cette gomme à mâcher au goût infect qui sert de substitut à la cigarette. Comme l’auteur l’explique dans l’avant-propos, le projet de ce blogue-devenu-album était de documenter une tentative d’arrêt du tabagisme. L’auteur s’explique, voire se justifie, afin de bien préciser qu’il n’a jamais eu l’intention de servir de modèle à quiconque et que la création de planches de BD pour relater sa tentative tient de la volonté de « m’accompagner moi-même dans mon arrêt de la vilaine cigarette ».

xtrait-2

D’après ce qui est relaté en avant-propos par Adam, il a fallu que les éditeurs de la Pastèque insistent auprès de lui pour que ce projet paraisse en grand tirage (il avait précédemment fait l’objet de microtirages). Et à la lecture, il est assez évident que ce blogue n’avait pas été envisagé comme un tout cohérent.

Je précise dès maintenant que malgré un certain élitisme culturel dont j’ai déjà fait l’aveu précédemment, a priori, je n’ai rien contre la reprise éventuelle du contenu d’un blogue sous forme de publication. Au contraire : la liberté éditoriale permise par la publication web peut permettre à un artiste d’essayer des styles qu’il n’oserait pas employer pour un « projet sérieux », et ce faisant, il peut en arriver à se surprendre soi-même.

Je connais un écrivain qui a commencé son projet littéraire sous la forme d’un blogue sans prétention ayant éventuellement mené à la publication d’un recueil de nouvelles. Or, cet écrivain m’avait expliqué qu’il y avait eu un travail d’édition important entre la version en ligne et la version imprimée du projet.

Dans le cas de Deux milligrammes, il ne semble pas avoir eu de remodelage important lors du passage de l’écran vers le papier. À l’exception de l’avant-propos (qui semble avoir été produit à l’arraché, avec un rendu expéditif qui peut autant s’expliquer par la spontanéité que par la volonté de s’acquitter au plus vite de cette tâche), il ne semble pas y avoir eu de contenu original produit pour cette édition.

La lecture des textes minuscules et en lettres attachées est très pénible; je ne sais pas si c’est le dessin original, prévu pour l’affichage à l’écran, ou le format 8 ½ x 11 de l’album, qui est à la source de cet écueil, mais dans tous les cas, il me semble qu’un choix éditorial aurait pu contrecarrer cette difficulté qui m’a agacé tout au long de ma lecture.

Mais outre ce désagrément, il y a du contenu intéressant dans l’album. La séquence des événements chronologiques n’est pas forcément linéaire et Adam aborde des aspects variés de l’expérience d’un ex-fumeur qui compose avec ses tentations de rechute et son entourage parfois agaçant. Les anecdotes sont brèves et donnent des aperçus de la personnalité de l’auteur.

Il n’y a pas de rythme clair ou de progression marquée, mais cet aspect imprévisible, hérité de la parution en blogue, rend la lecture d’autant plus captivante que l’on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Comme l’auteur n’a pas voulu faire une démarche systématique et documentaire de son arrêt du tabac, il peut autant aborder un livre prétendant offrir une méthode infaillible que relater la première fois qu’il s’est spontanément déclaré non-fumeur.

extrait-milligramme

Il y a des passages assez fabuleux dans l’album, notamment une séquence imaginaire après la rechute de l’auteur (oui, oui, spoiler alert, mais bon, arrêter de fumer c’est VRAIMENT difficile, donc c’était un peu prévisible qu’il succombe au moins une fois à la tentation) et que des espèces de caricatures de Man’s men discutent de la situation en buvant du scotch de manière très virile.

Hormis le montage bâclé sur le plan de l’ergonomie de lecture et la brièveté du projet, Deux milligrammes donne bon espoir pour la suite de la collection Pomelo.

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



%d blogueurs aiment cette page :