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Publié par le 3 fév, 2014 dans Théâtre | commentaires

Cock / Espace 4001

Sarah Del

Sarah Del

L’organe sexuel masculin se trouve au centre d’un dilemme identitaire des plus actuels dans la pièce COCK du Britannique Mike Bartlett. La pièce crue et très drôle, traduite et mise en scène par l’acteur Alexandre Goyette qui fait également partie de la distribution, est une malicieuse réflexion sur l’amour.

Conversations rythmées, engueulades bien senties, ressorts comiques et répliques « punchées » : la pièce au nom racoleur possède la grande qualité de faire rire souvent et fort, tout en posant des questions troubles sur l’orientation sexuelle et les étiquettes identitaires.

COCK raconte l’histoire d’un triangle amoureux entre John (Michel-Maxime Legault, un homme sensible et introverti) et M (Alexandre Goyette, son ex-copain maniéré, insécure et très bavard), en couple depuis 7 ans et une femme rencontrée par hasard sur le chemin du métro.

La pièce débute alors que John met fin à sa relation avec M. Il fait la connaissance de W (Geneviève Côté), une jeune femme enjouée et compréhensive qui l’initie aux plaisirs hétérosexuels. Lui qui a toujours été gai, il est maintenant amoureux de cette fille et souhaite fonder une famille. Déboussolé, il court vers son ancien copain et lui avoue avoir encore du désir pour lui. Perdu, John se met à mentir et n’arrive pas à choisir. Forcé de prendre une décision, il les convie tous les deux à un souper qui se transformera en joute verbale féroce auquel se joindra le père de M (Daniel Gadouas), venu spécialement pour défendre son fils.

Terrassé par le doute

Elle ou lui? Le plus grand tracas de John est de ne plus savoir. Il est embrouillé. Qui aime-t-il?  Mais surtout, qui est-il en fait? Est-il homo ou hétéro? Serait-il possible de ne pas choisir? Est-ce que l’on peut tomber amoureux de quelqu’un, sans que son sexe soit un obstacle à l’amour? Le spectacle soulève plus de questions qu’il ne donne de réponses.

Bien que la structure du texte soit somme toute conventionnelle, l’interprétation sentie des comédiens, les répliques cinglantes et l’humour noir valent franchement le détour.

Cette comédie existentielle explore admirablement différents styles de jeu pour évoquer les méandres de l’amour. Elle flirte d’abord avec la mise en lecture, offrant quelques fois un jeu physique hilarant proche du mime. Et puis, les valves s’ouvrent pendant la scène finale: les comédiens déploient un jeu plus complexe et engagé en défendant bec et ongles leur place auprès de John. Les personnages se débattent, le texte claque et le public est fasciné.

Le soir de la première, le premier tiers du spectacle, défendu par le couple formé d’Alexandre Goyette et Michel-Maxime Legault, semblait encore en ajustement. La suite des représentations leur permettra très certainement d’atteindre la maitrise que possède le reste du spectacle. Probablement en raison d’une grande nervosité, les deux comédiens s’engueulaient à un niveau sonore beaucoup trop élevé pour la petite salle de l’Espace 4001 et enfilaient leurs textes à grande vitesse sans laisser le temps au public d’assimiler le sens des répliques savoureuses que le couple semblait s’échanger.

Pour sa première mise en scène, Alexandre Goyette a relevé le défi de faire un spectacle captivant, intelligent et drôle. Courrez-y avant que les billets ne s’envolent.

COCK, à l’Espace 4001, jusqu’au 15 février 2014

À propos de Anne Sophie Carpentier


Journaliste, chroniqueuse et animatrice, Anne-Sophie Carpentier écrit pour l’hebdo Voir et s’implique activement à la station de radio communautaire CIBL depuis plusieurs années. Elle fait partie du groupe d’intrépides reporteurs culturels qui fabriquent chaque semaine l’émission l’Escouade M et livre de pétillantes chroniques littéraires à l’émission Catherine et Laurent. Elle détient un Baccalauréat en Études Théâtrales et un Certificat en Journalisme.



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