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Publié par le 28 jan, 2014 dans Bande dessinée, Littérature | commentaires

La Collectionneuse – Pascal Girard / La Pastèque

9782923841519

Éditions La Pastèque, 2014

J’apprécie grandement l’humour grinçant qui ne rechigne pas à prolonger une situation inconfortable pour accentuer le rire jaune, voire noir. La version américaine du sitcom The Office est assez mignonne, mais la propension des scénaristes à insérer des moments lumineux au milieu de grands malaises gâche complètement l’effet humoristique prévu; l’œuvre originale, créée par Ricky Gervais et diffusée de 2001 à 2003 à la BBC, se montrait beaucoup plus impitoyable dans le dénigrement de ses personnages, pour le plaisir du téléspectateur.

J’avais beaucoup pensé à la version britannique de The Office lors de ma lecture de Conventum, antépénultième album de Pascal Girard, qui relatait en 150 pages la désastreuse tentative de l’auteur de se mettre en forme à temps pour conquérir son béguin d’adolescence lors des retrouvailles de son école secondaire. On sentait que le tout était trop catastrophique pour être exact et que ce n’était pas de l’autobiographie complètement authentique (pour ce que ça change, de toute manière!). Ce qui m’avait le plus plu dans cette œuvre, hormis l’habileté scénaristique – par laquelle tous les détails possibles disséminés dans le scénario passaient au tordeur de la Loi de Murphy – était justement que l’auteur s’était gardé de terminer son œuvre par une fin heureuse bébête : la cruauté avec laquelle il traitait son personnage dans Conventum tenait autant d’une vision du monde sous le signe d’un réalisme ingrat que du refus de se conformer à une trame narrative convenue.

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Je ne savais pas si Girard allait continuer dans la même veine en commençant la lecture de son plus récent album, La collectionneuse. Le récit s’ouvre sur une note très optimiste : Pascal, qui avait pris goût à la course dans Conventum, semble avoir gardé cette saine habitude. Pendant sa course, il se répète comme un mantra des pensées positives dignes d’une vidéo de Trois fois par jour. Dieu merci, cet optimisme sera de courte durée puisqu’il se bousille le dos suite à une chute bête et qu’on découvre rapidement qu’il est hébergé par un couple d’amis suite à une rupture amoureuse et que sa vie professionnelle est au point mort. C’est en faisant la découverte fortuite d’une admiratrice, qui vole sous ses yeux un exemplaire d’un de ses albums dans une libraire d’occasion, que Pascal retrouve une motivation à son existence — et par le fait même, que s’instaure une quête dans le récit.

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Moins ambitieux sur le plan narratif que son prédécesseur et plus modéré quant aux malheurs qui assaillent son personnage principal, La Collectionneuse constitue tout de même une suite logique très satisfaisante à Conventum. Le Pascal qu’on y découvre est plus vulnérable et moins enfoiré que celui de l’œuvre précédente — la corrélation entre ces deux caractéristiques est intéressante —, les personnages secondaires sont rapidement définis et permettent des passages humoristiques très efficaces. Mon préféré est sans contredit le poupon qui passe son temps à dévisager intensément Pascal lors de chacune de ses apparitions, mais le patron taciturne de Pascal (celui qui lui parle dans l’extrait ci-bas) est également assez amusant.

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Le dessin de Girard, de plus en plus constant à chaque album, est entre la ligne tremblotante et nerveuse de certaines de ses productions (comme par exemple les croquis que l’on retrouve sur son blogue) et le trait extrêmement minutieux qu’on lui connaît par ailleurs. Il met la précision de son dessin au service de la représentation du quartier Mile-End, qui, de mémoire, n’est jamais explicitement nommé mais que l’on reconnaît aisément. Et au final, cette approche esthétique d’un perfectionnisme jamais atteint pour cause de névrose et d’hésitations est le reflet du personnage principal au cœur de cette comédie romantique trop honnête pour faire penser à Hollywood mais trop tendre pour être dans la filiation directe de l’humour corrosif de Conventum.

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



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