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Publié par le 24 jan, 2014 dans Musique | commentaires

Pandaléon en concert au Café Nostalgica

 
pandaleon

Les lieux de diffusion de la musique alternative à Ottawa ne programment malheureusement que trop peu souvent de groupes s’exprimant en français non seulement entre deux pièces, mais aussi dans leurs chansons. C’est pourquoi il m’a d’emblée semblé important d’écrire quelques mots sur le concert donné par Pandaléon au Café Nostalgica jeudi dernier.

Pandaléon, c’est un son à mi-chemin entre celui de Kevin Shields et de Karkwa, avec de petites distorsions dans la voix qui rappellent étrangement le timbre de Pierre Lapointe. Ils sont trois : Jean-Philippe Levac, Frédéric Levac et Marc-André Labelle, originaires de Saint-Bernardin, dans l’Est ontarien.

Sur leur page Facebook, le groupe se dit « [i]nspiré par le dégradé entre la campagne et la ville » et il indique que « leur performance sur scène reflète bien leurs inspirations, tantôt calmes et ambiantes, tantôt fortes en intensité ». Cela me semble particulièrement bien exprimé; on a en effet l’impression de se trouver devant une toile de Rothko, comme un peu perdu dans un fondu entre le rock et la musique plus atmosphérique créé par le sustain de la guitare, la longueur caractéristique des notes qui donne une chaleur au son.

Le Café Nostalgica a été complètement démoli et reconstruit à neuf. Si la nouvelle maison des étudiants gradués de l’Université d’Ottawa est plus fonctionnelle, plus moderne, le café a perdu dans le processus un peu de son ambiance beatnik et débonnaire, de son charme suranné et broche à foin.

« Et le silence à perte de vue résonne autour et les souvenirs s’effacent un peu jour après jour

Août se meurt,

Août faiblit et ma tête suit

Et le silence à perte de vue ne résonne plus »

— Pandaléon, Août

Le nouveau permis d’alcool se fait attendre, et le concert de Pandaléon en a assurément souffert : il est en effet un peu étrange de se retrouver dans un endroit aussi épuré et fonctionnel, à boire un chocolat ou un thé tout en avalant par les oreilles un rock éthéré de la sorte… Les lumières tamisées, l’éclairage bleu n’y changent rien : on se dit évidemment que ça serait bien plus planant avec une bière ou dans une petite salle de concert sombre et intime.

N’en reste pas moins que le charme opère un peu, et avec les amis qui assistent au concert on discute de nihilisme, de politique, de la question philosophique toujours difficile que pose le suicide. Le batteur, l’espace d’un instant, joue de son instrument avec les bois d’un cervidé et on sent qu’il se passe enfin quelque chose; mais le malaise du claviériste entre les pièces nous ramène inévitablement à l’inquiétante étrangeté du lieu qui nous accueille. C’est dommage. Particulièrement dommage.

Et je me demande ce que j’écrirai à propos du concert, si cela vaut la peine après tout de dire quelque chose d’un événement qui ne m’a ni soulevé ni abattu. Au final, je suis encore plus convaincu de la nécessité de me prononcer : parce qu’ils sont d’une extrême rareté les groupes comme Pandaléon, en Ontario français mais aussi au Québec, toute presse à leur sujet détient un pouvoir potentiel qu’il me faut investir en tant que critique.

D’ailleurs, le bandcamp du groupe, où l’on peut se procurer pour le montant de notre choix le EP Pandaléon (red), prouve le talent des musiciens pour créer un environnement musical solide et efficace. Toutefois, au-delà de la prise de position (presque) politique en faveur d’un groupe alternatif qui chante en français, c’est le plaisir esthétique que l’on peut retenir à écouter Pandaléon que je souhaite mettre de l’avant. Coréopsy, la dernière pièce de leur album rouge, est particulièrement intéressante à cet égard : il faut mettre une minute trente secondes avant que la chanson ne démarre vraiment, mais c’est dans cet interstice de temps que se déploie véritablement toute la créativité du groupe. Et la dernière minute trente de la pièce, chantée à l’envers, investit de nouveau cet espace créatif où l’on sort de la pièce bien léchée au refrain accrocheur. On pense alors à múm, ou à Patrick Watson, dans un tout autre registre bien sûr, mais il faut reconnaître que les gars de Pandaléon ont quelque chose d’intéressant à proposer et qu’ils ont aussi beaucoup de potentiel.

Pandaléon sera en concert à la quatrième salle du Centre national des arts jeudi prochain, le 30 janvier 2014, à 19 h 30.

À propos de Pierre-Luc Landry


Pierre-Luc Landry a soutenu en 2013 une thèse de doctorat en création et en études littéraires à l’Université Laval. Il est membre fondateur de la revue numérique de création et de réflexion Le Crachoir de Flaubert et a fait partie de l’équipe de l’observatoire de la littérature contemporaine Salon double pendant cinq ans. Son premier roman, L’équation du temps, a été publié en 2013 aux Éditions Druide, à Montréal, et a été finaliste au Prix des lecteurs de Radio-Canada en 2014. Il est professeur à temps partiel et chercheur postdoctoral au Département de français de l'Université d'Ottawa et enseigne également au Collège militaire royal du Canada à Kingston.



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