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Publié par le 8 déc, 2013 dans Théâtre | commentaires

Blindsided – Fée Fatale (Sabrina Reeves + Matt Holland) / Théâtre La Chapelle

Capture d’écran 2013-12-08 à 17.57.56

Blinsided – 4 au 6 décembre 2013

Il est facile de constater que notre scène théâtrale est encore et toujours scindée; deux solitudes bien distinctes et qui ne correspondent pas à notre montréalité. Il faut avouer que, sauf quelques escapades par-ci, par-là (de plus en plus fréquentes, tout de même…), les scènes franco et anglo font leur affaire chacune de leur côté et que, à l’exception de quelques fervents spectateurs bicurieux et d’un petit nombre d’artistes qui parviennent fréquenter les deux « camps », l’espace théâtral de l’Autre nous est méconnu.

Donc, vivement une pièce hybride, soulignant l’accent, la musicalité, les intonations de la langue, et sa texture, éléments trop négligés dans ce média de performance. Et c’est justement sur cette performance et sur l’inattendu dans l’expérience théâtrale[1] que se penchent l’artiste Sabrina Reeves et sa compagnie, Fée Fatale. Reeves, dans son exploration, cherche la surprise et la complicité du public en lui proposant de nouvelles façons de faire, non seulement en mélangeant les disciplines, mais aussi les manières de raconter, de présenter les œuvres, en chamboulant les conventions telles que le récit linéaire avec son entrée en matière, son récit et son dénouement. Les œuvres, ici, ne s’adressent pas d’abord à la logique, mais laissent surtout parler le corps et l’inconscient. Or, c’est dans cette visée qu’il faut aborder Blindsided.

La proposition est prometteuse : une femme, qui s’intéresse à la photographie, se fait happer alors qu’elle roule à bicyclette. Le corps agonisant, l’esprit revisite certains moments en apparence anodins, mais pourtant précieux de l’odyssée qui se termine. Le spectacle est un solo, mais il est soutenu par des projections cinématographiques. Le projet me captive. Comment l’artiste va-t-elle s’y prendre pour garder l’idée de l’esprit fragmenté tout en conservant une forme de récit? Comment joindre l’anecdotique des souvenirs et le caractère profondément existentiel du moment ultime de la vie? Mais si le projet, au départ, a su me séduire, le produit fini ne m’a pas convaincue.

Le cadre dans lequel la spectatrice est plongée est intéressant. La pièce se présente sous la forme d’un séminaire : les spectateurs se retrouvent dans une sorte d’amphithéâtre (la salle) où le personnage principal, Haley, donne un cours qui porte sur sa grand-mère, photographe et spécialiste dans la restauration d’œuvres photographiques. Cette trame de fond est sans cesse entrecoupée de bribes de souvenirs, tantôt incarnés par la comédienne, qui jouera différents personnages importants dans la vie de Haley, tantôt présentés à l’aide de vidéos sur différents écrans.

Reeves est convaincante, parfois même surprenante, dans son interprétation. Elle sait se travestir rapidement, entraînant facilement les spectateurs dans son jeu. Son interprétation du frère de Haley est ludique et celle de sa grand-mère est d’une finesse et d’une grande authenticité. Or, si j’ai été charmée au premier contact de Reeves, de qui émane un charisme incontestable (son joli accent lorsqu’elle parle français participe certainement à ce charme), je ne peux en dire autant de la pièce dans sa globalité. Le flou et les ralentis présents dans les images vidéo donnaient un côté kitsch et n’offraient pas l’effet onirique escompté. De plus, les moments d’interaction avec le public n’apportaient rien de spécial à la pièce, pas plus qu’ils ne contribuaient à alimenter une relation de complicité entre la scène et la salle.

Difficile de donner la raison exacte de ce sentiment, mais Blindsided ne parvient pas à nous toucher. Sans nous laisser indifférents, la pièce n’arrive simplement pas à venir nous chercher. Je ne me suis pas sentie portée, je ne suis pas parvenue à habiter l’univers propre à Haley.  C’est comme si on avait ratissé trop large, dans le propos, les souvenirs présentés… Comme s’il manquait un je ne sais quoi pour rendre le tout… pas nécessairement parfaitement cohérent, mais, disons… harmonieux. Comme si on avait omis la broderie qui assemble le patchwork et qui fait que le tape à l’œil, au final, est réussi.

Reste que le travail de Reeves vaut le détour, car même si je ne me suis pas complètement immergée dans son œuvre, j’en ai apprécié plusieurs composantes, entre autres sa recherche artistique, sa proposition en elle-même, et la volonté de l’artiste d’y intégrer différents univers (langues, disciplines, médias) et de les faire cohabiter.



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