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Publié par le 6 déc, 2013 dans Théâtre | commentaires

La concordance des temps – Evelyne de la Chenelière / Usine C

 

Photo: François Gélinas

Photo: François Gélinas

Le grand plateau de l’Usine C est ouvert à une expérimentation signée Jeremie Niel. Adaptée du premier roman éponyme d’Évelyne de la Chenelière, également présente sur scène, la pièce La Concordance des temps s’approprie une partie du texte, tout en conservant une latitude d’interprétation. Alors que la plupart des phrases prononcées sur scène par James Hyndman sont extraites du livre, une certaine portion de celles livrées par Évelyne de la Chenelière reste libre à l’improvisation, pourvu que les comédiens conservent la chute prévue au scénario.

La scénographie dépouillée renforce le sentiment d’errance qui se dégage de la pièce. Un banc de parc, un micro sur pied, une table et une chaise, une ouverture invoquant une fenêtre sont les seuls éléments flottants du décor soigné et minimal. Tous les détails semblent ainsi mis sous la loupe, par l’éclairage brut qui découpe les objets et les visages, par le son amplifié qui nous plonge dans l’inconfortable intimité des personnages. Assise sur une chaise bancale, Nicole (Évelyne de la Chenelière) mastique sa salade et ressasse ses pensées en attendant celui qui a été son amoureux. Un parallèle plus tard, Pierre (James Hyndman) tente d’assembler son esprit en cheminant vers ce qui semble être le rendez-vous qui cèlera leur rupture.

La trame de fond expose la notion d’être étranger au monde et à soi-même… sentiment compensé momentanément par la communion de l’amour, émotion ultime, mais éphémère. Les personnages, imparfaits et sublimés par les cicatrices de leur vécu, constatent avec surprise avoir réussi à accorder leur vie à celle de l’autre, pour ensuite en perdre aussi subitement l’harmonie. La pièce pousse ainsi une réflexion sur l’effet dramatique de la rupture et la finalité de la relation devient celle de l’être humain. La mort est imprégnée profondément dans le texte par des pensées telles que « Comment ne pas sans arrêt penser à la mort? » ou « Ce matin encore je me suis surpris de n’être pas mort dans mon sommeil » .

Photo: François Gélinas

Photo: François Gélinas

Les personnages témoignent de l’importance particulière qu’ils accordent aux mots, renouant l’intertextualité entre le théâtre et la littérature. L’interprétation, sur différents niveaux de langage, comprend de nombreuses répétitions, certaines évoquant davantage la lecture, le conte ou le jeu. Alors qu’un langage cinématographique empreint la représentation grâce à l’isolement visuel créé par l’éclairage et la puissance de la trame sonore, les images mentales par lesquelles on complète les parcelles de décors évoquent davantage le conte ou la lecture. Créant une distanciation un peu insistante, le metteur en scène apparaît sur scène à quelques reprises, renvoyant ses protagonistes à l’état d’acteur, qui tournent alors leur regard vide vers le public.

Évelyne de la Chenelière est magnifique dans ce rôle de femme brisée dont la force intérieure veille comme un courant de fond. La volonté d’exprimer l’errance humaine et « le vertige métaphysique de notre finitude » lie le mandat du Théâtre Pétrus (fondé par Jérémie Niel en 2005) au texte d’Éveline de la Chenelière. L’union de leurs influences pluridisciplinaires donne naissance à une œuvre résolument authentique, où l’équilibre entre les mots et le silence trouve sa juste place.

Vous avez jusqu’au 13 décembre pour voir la pièce.



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