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Publié par le 28 nov, 2013 dans Cinéma | commentaires

Sunt o babă comunistă (I’m an Old Communist Hag)

Sunt o babă comunistă (I’m an Old Communist Hag) de Stere Gulea, présenté dans le cadre du 28e festival du film de l’Union européenne, du 14 novembre au 1er décembre 2013

L’Institut canadien du film, en collaboration avec la Délégation de l’Union européenne au Canada, tient en ce moment la 28e édition du Festival du film de l’Union européenne à Ottawa, à Vancouver et à Toronto. La première canadienne du plus récent film du réalisateur et scénariste roumain Stere Gulea, Sunt o babă comunistă, a eu lieu ce lundi 25 novembre à l’auditorium de Bibliothèque et archives Canada, rue Wellington, où sont projetés tous les films à Ottawa.

Le scénario de Sunt o babă comunistă est une adaptation par Gulea, Vera Ion et Lucian Dan Teodorovici du succès de librairie international du même nom publié par Dan Lungu, en 2007, dont une traduction française est parue en français chez Actes Sud sous le titre Je suis une vieille coco. L’auteur, professeur de sociologie, est notamment spécialiste de la vie quotidienne des femmes roumaines sous le régime communiste de Ceaușescu.

La cinématographie de Vivi Dragan Vasile n’emprunte pas beaucoup au documentaire et choisit plutôt d’illustrer par la fiction la nostalgie un peu étrange d’Emilia, personnage principal du film, brillamment interprétée par Luminita Gheorghiu. Sunt o babă comunistă insère tout de même au montage, de manière ponctuelle, à la fois de véritables images d’archive et des reconstitutions en 16 mm des souvenirs d’Emilia. Le film dresse ainsi un portrait délicat et nuancé de la Roumanie de 2008, plongée dans la crise financière mondiale et à cheval encore entre deux mondes, entre l’Europe et le bloc soviétique effondré, à mi-chemin entre la modernité et la douleur provoquée par le capitalisme qui n’a pas rejoint tout le monde en même temps.

communistadEmilia habite un modeste appartement avec Tucu, son mari. Ils sont tous les deux vieillissants, un peu gâteux mais franchement drôles, et attendrissants dans leurs manières. Leur fille Alice revient au pays avec son amoureux, un Américain, et un bébé dans le ventre. Emilia reçoit la nouvelle avec bonheur, mais est préoccupée par les soucis financiers du jeune couple. Alternant entre le drame et la comédie, le petit film de Gulea oscille très bien entre les deux registres, sans ironie – ou si peu. Sunt o babă comunistă ne cherche pas à glorifier le passé communiste de la Roumanie, ou encore à nourrir les illusions d’une certaine mélancolie comme les personnages du Good Bye, Lenin! de Wolfgang Becker peuvent le faire; au contraire, plutôt : le retour d’Alice chez ses parents pousse Emilia à revisiter son passé et à cuver son désir – au final très universel – de retrouver sa jeunesse perdue.

Le film ne réinvente rien, ni par son propos ni par sa structure, mais berce dans une ambiance douce-amère à laquelle il est intéressant de s’abandonner. On ne peut que saluer le jeu des acteurs, tous égaux dans la manière qu’ils ont de traduire leurs personnages, ainsi que les nombreux détails du long-métrage, qu’ils se trouvent dans les costumes, dans les éléments du décor ou dans leurs couleurs. C’est qu’il n’y a rien de kitsch dans Sunt o babă comunistă, pas de « négation absolue de la merde », pour reprendre les termes de Milan Kundera; il y a du beau comme du laid, mais c’est un peu à la manière d’un cinéma-vérité mis en scène que la pauvreté est abordée et que l’ostentatoire de la richesse des hommes d’affaires chinois est présentée, sans jugement, sans hiérarchie, dans le souci de montrer en se retenant bien de défendre quelque idéologie que ce soit.

Maria Ligor, ambassadrice de la Roumanie au Canada, a présenté le film comme un élément important de la nouvelle cinématographie roumaine. L’auteur de ces quelques lignes n’en connaît malheureusement aucun autre morceau, et ne peut donc pas tenter de situer Sunt o babă comunistă dans un champ plus vaste que celui de ses connaissances personnelles. Néanmoins, l’auteur ne peut que recommander aux festivaliers de Vancouver d’assister à la projection du film, qui aura lieu le 2 décembre prochain, à 20 h 35 (heure normale du Pacifique), à la cinémathèque de Howe Street – parce que là-bas aussi, il y a des gens dont la mère était hipster.

À propos de Pierre-Luc Landry


Pierre-Luc Landry a soutenu en 2013 une thèse de doctorat en création et en études littéraires à l’Université Laval. Il est membre fondateur de la revue numérique de création et de réflexion Le Crachoir de Flaubert et a fait partie de l’équipe de l’observatoire de la littérature contemporaine Salon double pendant cinq ans. Son premier roman, L’équation du temps, a été publié en 2013 aux Éditions Druide, à Montréal, et a été finaliste au Prix des lecteurs de Radio-Canada en 2014. Il est professeur à temps partiel et chercheur postdoctoral au Département de français de l'Université d'Ottawa et enseigne également au Collège militaire royal du Canada à Kingston.



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